En réaction à l’article de Gérard Dorwling-Carter, « Les faits historiques que tout Martiniquais doit avoir en mémoire », Catherine Jean-Baptiste invite à élargir le regard. Elle rappelle que, durant la période coloniale, les dépenses civiles et une grande partie des investissements réalisés dans les colonies étaient principalement financées par les impôts et les ressources prélevés localement, et non par les contribuables de l’Hexagone.
« Je répondrais à Gérard Dorwling-Carter par un fait historique que tout Français devrait avoir en mémoire »,
écrit Catherine Jean-Baptiste.
Elle fait référence au principe d’autonomie financière des colonies, consacré par l’article 33 de la loi de finances du 13 avril 1900. Ce texte prévoyait que les dépenses civiles et celles de la gendarmerie soient, en principe, supportées par les budgets des colonies. Des subventions de l’État pouvaient toutefois leur être accordées lorsque leurs ressources étaient insuffisantes.
Dans les faits, les administrations coloniales disposaient donc de budgets largement alimentés par les impôts, les taxes et les recettes perçus dans les territoires concernés. Les routes, les écoles, les hôpitaux, les réseaux d’eau et les autres équipements civils étaient ainsi principalement financés par les populations locales.
Pour appuyer son propos, Catherine Jean-Baptiste renvoie à un contenu de France Culture intitulé « Non, les Français n’ont pas payé la colonisation ». L’historienne Camille Lefebvre y rappelle que les dépenses civiles des colonies reposaient essentiellement sur leurs ressources propres et que l’argent provenant de l’Hexagone servait majoritairement aux dépenses militaires.
Des recherches économiques récentes menées par Denis Cogneau, Yannick Dupraz, Élise Huillery et Sandrine Mesplé-Somps aboutissent à une conclusion comparable. Selon leurs travaux portant sur l’empire colonial français entre 1833 et 1962, les dépenses publiques engagées par la France représentaient environ 1,3 % du produit intérieur brut métropolitain, dont près des quatre cinquièmes étaient consacrés au domaine militaire.
Catherine Jean-Baptiste souligne que les Antilles n’ont pas échappé à ce système. Elle cite notamment l’histoire de la fontaine Gueydon, inaugurée en 1856 afin d’approvisionner Fort-de-France en eau courante, comme un exemple permettant d’interroger l’origine réelle des financements et la contribution des Martiniquais aux équipements présentés comme des réalisations de l’administration coloniale. La fontaine Gueydon avait effectivement pour fonction première d’alimenter la ville en eau.
Cette mise au point ne vise pas à nier l’existence de dépenses consenties par l’État français dans les colonies. Elle invite plutôt à distinguer les dépenses militaires et administratives des investissements civils, et à rappeler que les populations colonisées ont très largement participé au financement des équipements construits sur leurs propres territoires.
Une réalité historique qui conduit à nuancer fortement l’idée selon laquelle la colonisation aurait constitué, pour les populations concernées, une politique de développement financée par la seule générosité de la métropole.
Catherine Jean-Baptiste





