Article paru dans le magazine “Les Echos” de Janvier 2024

C’est l’initiative de mécénat la plus ambitieuse des DOM-TOM. Au point que cette institution devenue le premier site touristique de Martinique, s’est vue confier la gestion du musée-mémorial sur l’éruption de la montagne Pelée.

Alors que l’on vient de célébrer les 20 ans de la loi Aillagon sur le mécénat, les DOM-TOM en ont-ils tiré profit ? Selon Admical, ils ne s’adjugeaient que 0,7 % du total des dons déclarés en France en 2020, mais les entreprises mécènes y ont quadruplé en dix ans et le cumul des dons y a été multiplié par 6. D’après Bercy, la part défiscalisable du mécénat d’entreprise (60 % du don) a bondi Outre-Mer de 68 millions en 2022 à 108,8 millions en 2023.

Parmi les initiatives importantes, le fondateur de Meridiam, Thierry Déau, a apporté 300.000 euros par an sur trois ans à « Opéra en Guyane », programme de sensibilisation à l’art lyrique, tandis que l’entrepreneur Pierre Sainte-Luce (cliniques Manioukani) a injecté 200.000 euros dans la Fondation pour la mémoire de l’esclavage en Guadeloupe. La Caisse d’Epargne Cepac a de son côté accompagné plusieurs festivals aux Antilles, à La Réunion et en Guyane et les mutuelles AXA soutiennent la restauration du Sacré-Coeur de Balata en Martinique.

1.200 m2 d’exposition

Mais aucun de ces mécénats n’a l’envergure de la Fondation Clément en Martinique : un savant mélange – version caribéenne – de Bourse de Commerce par son choix d’exposer des artistes contemporains, et de Fondation Vuitton par ses événements muséaux tels « Césaire, Lam, Picasso », monté en 2013 avec la RMN-Grand Palais, « Hervé Télémaque » en 2016 avec le Centre Pompidou, « Afriques, artistes d’hier et d’aujourd’hui » en 2018 avec la FondationDapper…

Ses 1.200 mètres carrés accueillent actuellement « Révélation ! L’art contemporain du Bénin », une exposition d’ampleur présentée à Cotonou puis à Rabat (Maroc) et bientôt montrée à la Conciergerie à Paris et aux Etats-Unis. L’opération a été bouclée à Paris, lors d’une rencontre entre le président de la République béninois Patrice Talon et Bernard Hayot, à l’origine de la Fondation Clément et du distributeur GBH implanté dans les DOM-TOM. C’était une évidence pour ce dernier, car « le Bénin et la Martinique ont des liens tissés dans la souffrance de l’esclavage ».

La fondation est située au coeur d’un ensemble historique avec sa demeure créole du XVIIe siècle, ses chais de rhum, son parc de sculptures, le tout attirant 200.000 visiteurs par an. Les expositions y sont gratuites car Bernard Hayot veut attirer le maximum de Martiniquais et de scolaires. Ce sont les billets d’entrée à la rhumerie payés par les touristes internationaux qui participent au financement de cette offre culturelle. Un cercle vertueux.

Plus de 200 artistes montrés

Pas moins de 137 expositions, petites ou grandes, ont été produites ces deux dernières décennies, et plus de 200 artistes de la Caraïbe promus. « Nous avons démontré notre savoir-faire et généré un écosystème », se félicite Florent Plasse, directeur de la fondation. Tout est parti de la volonté de restaurer, dans les années 1980, le patrimoine récupéré lors du rachat du Rhum Clément, et de constituer des archives. Le sommet Mitterrand-Bush qui s’y est tenu en 1991 a apporté un coup de projecteur à cette habitation au moment où elle s’ouvrait au public.

L’idée a alors germé d’apporter de la visibilité aux artistes locaux en transformant une dépendance en galerie d’art, puis en réhabilitant une ancienne cuverie. Mais c’est pour accueillir la RMN-Grand Palais en 2013 que la Fondation a changé d’échelle, investissant 5 millions dans un bâtiment de 600 mètres carrés conçu par l’architecte Bernard Reichen. Dix ans plus tard, était construite pour 5 millions supplémentaires, une pinacothèque de 550 mètres carrés destinée à valoriser la collection permanente, riche des milliers d’oeuvres acquises aux artistes exposés.

Dotée de 2,45 millions d’euros par an pour produire expositions, publications et événements de type Journées du Patrimoine, la Fondation est une telle référence qu’en 2018 elle a remporté une délégation de service public de sept ans pour rénover et exploiter le musée municipal Frank Perret : depuis ce mémorial de l’éruption en 1902 de la montagne Pelée, a vu sa fréquentation passer de 15.000 à 49.500 visiteurs.

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