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    Home » “Aux origines de la Caraïbe” : Une exposition manifeste à la Fondation Clément
    Actualité Art/Culture

    “Aux origines de la Caraïbe” : Une exposition manifeste à la Fondation Clément

    décembre 16, 2025Mise à jourdécembre 16, 2025Aucun commentaire
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    « Accueillir cette exposition en Martinique, c’est offrir à notre jeunesse et à nos visiteurs la possibilité de découvrir ici, chez nous, les racines profondes de la Caraïbe. »

    Vingt ans après sa première exposition inaugurale, la Fondation Clément ouvre un nouveau chapitre de son engagement culturel avec “Aux origines de la Caraïbe“, une exposition d’ampleur exceptionnelle consacrée aux civilisations amérindiennes et à la profondeur historique du monde caribéen. Un projet ambitieux, scientifique et profondément politique au sens noble du terme, qui rassemble pour la première fois en Martinique des œuvres majeures venues de toute la Caraïbe, d’Europe et des Amériques.

    Selon notre estimation, plus de 1300 personnes avaient fait le déplacement pour cette exceptionnelle exposition

    « Faire dialoguer notre île avec le monde »

    Prenant la parole en ouverture, Bernard Hayot, président de la Fondation Clément, a rappelé le sens et la constance du projet porté par la Fondation depuis sa création.

    Depuis ses débuts, la Fondation s’est donné pour ambition de contribuer au développement culturel de la Martinique et de faire dialoguer l’île avec le monde. Vingt ans après la première exposition organisée en décembre 2005, et après la création de deux nouveaux lieux d’exposition permettant d’accueillir œuvres et publics dans les meilleures conditions, cette nouvelle exposition s’inscrit dans une continuité assumée.

    Pour Bernard Hayot, cette exposition permet de mieux comprendre une présence amérindienne persistante, trop longtemps invisibilisée, et de la reconnaître pour mieux la transmettre. Il a salué la ténacité du commissaire de l’exposition, grâce auquel un ensemble de pièces rares et précieuses, couvrant plusieurs millénaires d’histoire, a pu être réuni.

    Il a également remercié quelques-uns de ses collaborateurs comme Florent Plasse, Colette Sorel mais également tous les autres à avoir travaillé sans relâche pour cette exposition, dont le travail fut exemplaire, André Delpuech, le commissaire de l’exposition, et aussi les nombreuses institutions prêteuses, parmi lesquelles les musées de la Collectivité Territoriale de Martinique, la Direction des Affaires culturelles, le Service Départemental d’Archéologie, la République dominicaine, le musée ethnographique de Berlin, le musée du Vatican, ainsi que des institutions des États-Unis, de Porto Rico, de Guadeloupe et de Martinique.

    « Accueillir une telle exposition en Martinique est un acte fort, a-t-il souligné. C’est offrir à notre jeunesse, à nos chercheurs, à nos enseignants et à nos visiteurs la possibilité de découvrir ici des collections patrimoniales majeures qui racontent notre histoire. »

    Des milliers de jeunes sont attendus dans les prochains mois. Ils seront accompagnés par une équipe de médiateurs et de médiatrices spécialement formés pour l’occasion. Bernard Hayot a insisté sur le rôle central de l’accès à la culture, qui permet de dépasser les frontières et de nourrir une confrontation des regards rendue d’autant plus nécessaire par la situation insulaire.

    Le président du musée du quai Branly – Jacques Chirac : une mémoire caribéenne rassemblée

    « En rassemblant ces œuvres venues de toute la Caraïbe et du monde, cette exposition reconstitue les fragments d’une mémoire commune trop longtemps éclatée. »

    Prenant ensuite la parole, Emmanuel Kasarhérou le président du musée du quai Branly – Jacques Chirac a souligné le caractère historique de cette exposition, fruit d’une collaboration ancienne et appelée à se poursuivre entre les institutions.

    Il a rappelé que, pour la première fois, des objets venus d’Europe, des États-Unis, de la République dominicaine, de Porto Rico, de la Guadeloupe et de la Martinique convergent ici, en Martinique, comme : “autant de fragments dispersés d’une mémoire commune enfin rassemblée.”

    Il a inscrit cette exposition dans une histoire plus longue, remontant à 1994, lorsque Jacques Chirac, alors maire de Paris, avait organisé au Petit Palais une exposition consacrée aux chefs-d’œuvre des Grandes Antilles précolombiennes. À contre-courant des commémorations dominantes du voyage de Christophe Colomb, ce geste audacieux rendait hommage aux peuples de la Caraïbe et à la richesse de leurs civilisations.

    L’exposition présentée aujourd’hui prolonge cette intention de rééquilibrage du regard. Elle rappelle que les sociétés caribéennes précolombiennes étaient complexes, connectées, ancrées dans des réseaux d’échanges politiques, économiques et spirituels bien avant 1492. Elle rappelle aussi que la rencontre avec l’Europe s’est traduite par la disparition quasi totale des populations autochtones des Antilles, sans pour autant effacer totalement leurs héritages.

    La présence d’artistes contemporains dans le parcours témoigne de cette continuité : leurs œuvres prolongent, réactivent et réinventent ces mémoires, montrant que l’héritage caribéen n’est ni figé ni disparu.

    Une civilisation caribéenne à part entière

    “Cette exposition nous oblige à regarder autrement notre histoire : elle révèle la profondeur, la complexité et la richesse des civilisations amérindiennes, trop longtemps enfermées dans des récits partiels ou eurocentrés.”

    Le préfet Etienne Desplanques a insisté sur l’ampleur scientifique et symbolique du projet, embrassant près de 6 000 ans d’histoire. L’exposition ébranle les certitudes, remet en cause les visions trop souvent eurocentrées et met en lumière des civilisations raffinées, aux arts élaborés, loin des descriptions dévoyées des premiers récits coloniaux.

    Un hommage appuyé a été rendu aux archéologues, historiens et ethnologues, dont les découvertes successives permettent de dépasser des oppositions simplistes – notamment entre Taïnos et Caraïbes – et de rendre justice à la richesse des identités amérindiennes. Les fouilles archéologiques récemment menées à Sainte-Anne, en Martinique, dont les résultats sont qualifiés d’exceptionnels, contribueront encore à renouveler la compréhension de ces peuples. Les œuvres découvertes seront conservées et présentées en Martinique.

    Une dimension caribéenne et politique assumée

    « Reconnaître l’héritage autochtone, c’est reconnaître la Caraïbe elle-même, dans son unité, sa dignité et sa responsabilité envers l’avenir.

    La parole a également été donnée à Sylvanie Burton, présidente du Commonwealth de la Dominique, qui a souligné la portée régionale et politique de l’exposition. Elle a rappelé que les peuples caribéens autochtones, notamment les Kalinago, portent encore aujourd’hui un héritage vivant, au cœur des sociétés contemporaines.

    Pour elle, cette exposition affirme l’unité culturelle de la Caraïbe, de la côte vénézuélienne à Cuba, et rappelle que les sociétés amérindiennes possédaient des formes avancées de gouvernance, de spiritualité, d’organisation sociale et de savoirs maritimes. Elle a appelé à faire de cet héritage un pilier central du développement culturel caribéen et un socle pour les politiques publiques à venir.

    La voix kalinago : une mémoire vivante, une civilisation toujours debout

    « Notre histoire n’est pas enfouie dans le passé : elle vit encore dans nos peuples, nos traditions et notre relation à la terre et à la mer. »

    S’exprimant en tant que cheffe du peuple caraïbe kalinago, Anette Sanford, la représentante de la communauté autochtone a rappelé avec force que cette exposition touche au cœur même de l’histoire vivante de la Caraïbe.

    Elle a souligné que “Aux origines de la Caraïbe” ne parle pas seulement du passé, mais d’un héritage toujours présent. Les sociétés amérindiennes, et en particulier le peuple kalinago, ne relèvent pas d’une civilisation disparue : leurs descendants vivent encore aujourd’hui, notamment en Dominique, et portent une culture, des savoirs et une identité transmis de génération en génération.

    La cheffe kalinago a insisté sur la richesse et la complexité des sociétés amérindiennes précolombiennes : des sociétés organisées, dotées de systèmes de gouvernance, de cosmologies, de connaissances agricoles et maritimes avancées, ainsi que de réseaux d’échanges étendus à l’échelle de l’arc caribéen. Cette exposition permet, selon elle, de corriger des récits longtemps incomplets ou déformés, qui ont trop souvent minimisé ou nié ces apports.

    Elle a également rappelé que, malgré la violence de la colonisation et la destruction massive des populations autochtones, l’identité kalinago a résisté. Les langues, les traditions, les pratiques spirituelles, le rapport à la terre et à la mer constituent encore aujourd’hui le socle de la vie communautaire et de la transmission culturelle.

    Enfin, elle a exprimé l’espoir que cette exposition contribue à une meilleure reconnaissance des peuples autochtones de la Caraïbe, non seulement comme acteurs de l’histoire passée, mais comme composantes à part entière du présent et de l’avenir de la région.

    Pour elle, reconnaître cet héritage, c’est aussi assumer une responsabilité collective : celle de le protéger, de le transmettre et de lui donner toute sa place dans le récit caribéen.

    Une invitation à la découverte et à la transmission

    “Aux origines de la Caraïbe” est bien plus qu’une exposition. C’est une invitation à regarder autrement l’histoire de la région (de notre région à tous), à reconnaître la profondeur d’une civilisation caribéenne millénaire et à transmettre cette mémoire aux générations futures.

    En accueillant cette exposition, la Fondation Clément réaffirme son rôle majeur dans la vie culturelle martiniquaise et caribéenne : faire de la culture un levier de compréhension du monde, de fierté partagée et de dialogue entre les peuples.

    Philippe PIED

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