165 000 réclamations en un an. Le chiffre du Défenseur des droits pour 2025 ne se commente pas — il s’impose. Ce n’est pas la marque d’une institution dynamique qui inspire confiance : c’est le thermomètre d’une fièvre que l’on refuse de traiter.
Derrière les pourcentages, des visages. Des étrangers bloqués par une plateforme numérique qui dysfonctionne, privés d’emploi, d’études, de droits — et condamnés à l’errance administrative. Des enfants confiés à l’ASE que l’État maltraite au lieu de protéger. Des discriminés dont les dossiers s’accumulent sans que la machine répressive se mette en branle. La République proclame l’égalité ; elle administre l’inégalité.
Ce rapport n’est pas un bilan technique. C’est un acte d’accusation que les gouvernements successifs rangent dans un tiroir. Car l’alerte n’est pas nouvelle : elle est répétée, documentée, chiffrée, année après année. L’indifférence qui lui répond est elle aussi un choix politique.
On pourra toujours arguer de la complexité, des contraintes budgétaires, de la transition numérique. Ces excuses ne tiennent plus. Quand 41 % des saisines concernent les étrangers — contre 10 % il y a cinq ans —, c’est un système qui se grippe volontairement. Quand des mineurs non accompagnés se voient refuser l’accueil que la loi leur garantit, c’est l’État lui-même qui viole la loi. Il est temps de le dire sans détour.