C’est la question que posait Eddie Marajo dans le cadre de l’émission À Contretemps je produis pour la chaîne de télévision ZITATA TV. Le 19 mars 1946 constitue pourtant l’un des plus grands tournants institutionnels de l’histoire martiniquaise contemporaine. La départementalisation a mis fin au statut colonial et ouvert progressivement l’accès à l’égalité juridique, aux protections sociales et à une intégration pleine dans la République française.
Pourquoi alors le 80e anniversaire de cette loi fondatrice est-il resté relativement discret, y compris parmi les défenseurs du cadre institutionnel actuel ?
Une première explication tient peut-être au fait que la départementalisation est devenue une évidence institutionnelle. Ce qui est acquis se célèbre parfois moins que ce qui demeure conflictuel ou douloureux dans la mémoire collective.
Deuxième élément : la départementalisation fait aujourd’hui l’objet d’une relecture critique. Vie chère, dépendance économique, faibles marges de décision locale ou difficultés structurelles alimentent un débat sur les limites du modèle construit après 1946.
Troisième élément : commémorer fortement 1946 reviendrait aussi à rouvrir le débat institutionnel martiniquais actuel — assimilation, autonomie, pouvoir normatif local ou évolution statutaire.
Il existe ainsi un paradoxe : ceux qui défendent le plus fortement les acquis de la départementalisation n’en sont pas toujours les principaux commémorateurs. Comme si l’événement fondateur était devenu si intégré au paysage politique qu’il ne semblait plus nécessiter de célébration particulière.
Or comprendre 1946, c’est comprendre une part essentielle de la Martinique contemporaine.





