Six mois avant des élections incertaines, Haïti traverse une crise humanitaire d’une ampleur inédite. Les ondes de choc traversent toute la Caraïbe.
La moitié d’un peuple dépend de l’aide internationale. Le chiffre est vertigineux : 6,4 millions d’Haïtiens auront besoin d’aide humanitaire en 2026. Cela représente une augmentation de 6,7 % par rapport à 2025. Plus d’un habitant sur deux dépend des organisations internationales pour survivre.
Cette crise humanitaire s’étend à tous les secteurs. Sécurité, santé, alimentation, éducation vacillent ensemble. Les défis s’accumulent sans répit.
Violence armée : une escalade hors de contrôle
Le bilan humain dépasse l’entendement. Entre mars 2025 et janvier 2026, plus de 5 500 personnes ont été tuées. Ces morts résultent des affrontements entre gangs, forces de sécurité et groupes d’autodéfense.
Les chiffres de l’ONU corroborent ce désastre. Entre janvier et septembre 2025, au moins 4 384 morts ont été recensés. Le bilan inclut aussi 1 899 blessés et 491 enlèvements. La crise humanitaire s’aggrave chaque mois.
Port-au-Prince ressemble désormais à un champ de bataille. Des armes à feu, véhicules blindés et drones explosifs sont utilisés quotidiennement. Des dizaines de groupes armés contrôlent de vastes zones de la capitale.
Cette contagion s’étend désormais aux provinces. Le danger ne se limite plus à la capitale.
Les déplacements de population explosent
En septembre 2025, près de 1,4 million de personnes étaient déplacées. Cela représente 12 % de la population totale d’Haïti. Le mouvement s’accélère : 69 % des déplacements enregistrés ont eu lieu dans les provinces.
Les provinces les plus touchées sont le Centre et l’Artibonite. L’épicentre du drame s’étend bien au-delà de Port-au-Prince. Entre septembre et décembre 2025, le nombre de déplacés a augmenté de 23 % rien qu’en Artibonite.
Cette crise humanitaire s’accélère dans les régions rurales. Les familles fuient en masse les zones de conflit.
Système de santé effrondré et retour du choléra
Le constat sanitaire est implacable. Estimé à 40 %, l’exode des compétences médicales paralyse le pays. Les professionnels de santé fuient massivement.
À Port-au-Prince, deux tiers des établissements de santé sont hors service. Ils ont été attaqués, pillés ou incendiés. Un seul hôpital public doté de capacités chirurgicales reste opérationnel dans la capitale.
Dans ce contexte, le choléra réapparaît dangereusement. Entre janvier et octobre 2025, les autorités sanitaires ont enregistré 2 852 cas suspects. Le bilan officiel compte 186 cas confirmés et 48 décès. Plus d’un tiers concernent des enfants de moins de 9 ans.
L’ouragan Melissa a aggravé la situation en octobre 2025. Il a causé au moins 46 morts et détruit 842 400 habitations. Les infrastructures essentielles ont été ravagées.
Élections prévues : un calendrier fragile
Sur le plan politique, l’horizon reste brumeux. Le Conseil électoral provisoire a proposé le 30 août 2026 pour le premier tour. Le second tour est fixé au 6 décembre 2026. Le décret a été signé le 1er décembre 2025.
Cependant, le rétablissement de la sécurité est un préalable indispensable. Sans sécurité, le scrutin demeure impossible. Le président du CEP a martelé ce message clairement.
Un nouvel accord politique a été signé dans la nuit du 21 au 22 février 2026. Le Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections engage le Premier ministre, la classe politique et la société civile. Il prévoit que le Conseil des ministres exerce le pouvoir jusqu’aux élections.
Toutefois, ces engagements demeurent fragiles. Haïti n’a pas organisé d’élections depuis 2016. Son parlement est inactif depuis 2019. La crise humanitaire complique chaque étape.
Financement humanitaire gravement insuffisant
Le nerf de la guerre humanitaire fait cruellement défaut. Haïti figure parmi les appels humanitaires les moins financés au monde. Pour 2026, 880 millions de dollars sont nécessaires pour aider 4,2 millions de personnes vulnérables.
Or, l’année précédente, seul un quart des besoins a été couvert. En 2024, le taux atteignait 40 %. La situation s’est dégradée. Cette crise humanitaire en Haïti s’aggrave faute de moyens.
Une onde de choc qui traverse la Caraïbe
La crise humanitaire déborde largement les frontières d’Hispaniola. Plusieurs pays renvoient un grand nombre de migrants vers Haïti. La République dominicaine, les États-Unis et les Bahamas figurent au premier rang.
Entre janvier et octobre 2025, plus de 225 000 personnes ont été expulsées vers Haïti. Ce flux massif aggrave la crise humanitaire. Les retours forcés alimentent le désespoir.
La pression dominicaine ne faiblit pas. Depuis octobre 2024, la République dominicaine a durci sa politique migratoire. Elle expulse en moyenne plus de 30 000 migrants haïtiens par mois. Cette dynamique migratoire concerne l’ensemble du bassin caribéen, y compris la Martinique.
Par ailleurs, un nouveau Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti doit devenir opérationnel avant le 31 mars 2026. Cet appui devrait renforcer la gestion de la crise humanitaire sur le terrain.
Entre progrès réversible et incertitude régionale
Certains progrès ont été observés. Cependant, ils restent réversible selon les experts onusiens. À six mois du scrutin, Haïti avance sur une ligne de crête.





