Jamais Haïti n’avait atteint un tel seuil de désespoir. En juin 2025, près de 1,3 million de personnes fuient les violences de gangs. Les déplacés Haïti constituent un record absolu qui résonne jusqu’en Martinique, terre de diaspora et de solidarité.
Le chiffre tombe comme un verdict : 1,3 million de déplacés internes au 10 juin 2025. C’est une hausse de 24 % en seulement six mois. Ce bilan s’avère le plus lourd jamais enregistré en Haïti depuis que les agences onusiennes mesurent les flux de populations chassées par la violence armée. Derrière ce record se cache une réalité brutale : des familles entières qui fuient souvent sans rien, contraintes de tout abandonner pour survivre.
Port-au-Prince débordée : la violence gagne les provinces
Longtemps confinée à la zone métropolitaine de Port-au-Prince, l’emprise des gangs s’étend désormais bien au-delà de la capitale. Dans le département du Centre, les combats autour de Mirebalais et de Saut-d’Eau ont plus que doublé le nombre de déplacés. Le chiffre est passé d’environ 68 000 à plus de 147 000 personnes.
Dans l’Artibonite, la seule ville de Petite-Rivière concentre plus de 92 000 déplacés. Plus au nord, le nombre de personnes contraintes de fuir leur foyer a bondi de près de 80 %. En effet, 69 % des mouvements de populations enregistrés concernent désormais les provinces.
Cette diffusion territoriale de la violence signe, de fait, une nouvelle étape dans l’effondrement de l’État haïtien.
Des enfants en première ligne
Parmi les déplacés Haïti, les enfants représentent plus de la moitié des personnes concernées. Par ailleurs, le recrutement forcé de mineurs par les groupes armés a augmenté de 70 % en un an.
Les écoles ferment les unes après les autres. Plus de 900 établissements étaient fermés à la fin de l’année scolaire 2024. Certains ont été transformés en abris de fortune pour des familles sans toit.
Toutefois, le système de santé agonise également. À Port-au-Prince, un seul des trois grands hôpitaux fonctionne encore normalement. Les autres ont été mis hors service après des attaques répétées. En outre, la recrudescence du choléra et l’insécurité alimentaire aiguë – qui touche 5,7 millions d’Haïtiens – aggravent encore la détresse des populations.
Un plan humanitaire abandonné par ses bailleurs
Face à cette catastrophe, la communauté internationale reste spectatrice. Le Plan de réponse humanitaire 2025 est chiffré à 908 millions de dollars. Or, il n’est financé qu’à hauteur de 8 % à la mi-année.
Cela signifie qu’une fraction seulement des 3,9 millions de personnes ciblées reçoit une aide. Les secteurs les plus sinistrés sont l’accès à l’eau potable, la sécurité alimentaire, la santé primaire et la protection des femmes et des enfants.
La suspension, dès janvier 2025, de la quasi-totalité des financements américains a aggravé la situation. Cette décision de l’administration Trump a eu des conséquences directes : des centres de santé co-financés par Washington ont fermé. Des centaines de milliers d’Haïtiens sont privés de soins vitaux.
Par ailleurs, la multiplication des crises concurrentes – Ukraine, Gaza, Soudan – détourne l’attention et les financements. Haïti paie ainsi le prix de son invisibilité politique.
La Mission multinationale : trop peu, trop lentement
Déployée sous commandement kényan depuis 2024, la Mission multinationale de soutien à la sécurité peine à inverser la tendance. Elle manque d’effectifs, de moyens logistiques et de financements pérennes.
Néanmoins, ses actions ponctuelles dans certains quartiers de Port-au-Prince ont permis des réouvertures temporaires d’axes routiers vitaux. Ces routes sont essentielles pour l’acheminement de l’aide humanitaire.
Martinique : diaspora, solidarité et déplacés Haïti
La crise haïtienne n’est pas abstraite pour la Martinique. La communauté haïtienne y est historiquement enracinée, forte de plusieurs milliers de membres actifs. Ces personnes participent activement au tissu économique et associatif local.
Chaque nouvelle vague de violence à Port-au-Prince se traduit concrètement ici : appels téléphoniques sans réponse, transferts d’argent bloqués, nouvelles familles qui arrivent avec peu de ressources. Les arrivées irrégulières de ressortissants haïtiens aux Antilles françaises se maintiennent à un niveau élevé.
En Martinique, la préfecture enregistre des demandes d’asile en progression constante depuis 2022. Haïti figure parmi les premières nationalités concernées. Toutefois, le taux d’acceptation reste faible. Beaucoup se retrouvent dans des situations de grande précarité, faute de structures d’accueil suffisantes.
Une solidarité réelle, mais insuffisante
Plusieurs associations martiniquaises organisent des collectes régulières de médicaments, de vêtements et de denrées non périssables. Ces initiatives sont destinées à Haïti. Notamment, les associations au sein de la diaspora haïtienne jouent un rôle majeur.
La Collectivité Territoriale de Martinique soutient ponctuellement ces initiatives. Elle n’a toutefois pas formalisé un partenariat institutionnel durable avec les autorités haïtiennes. C’est pourtant ce cadre structurel qui manque le plus cruellement. La situation exige désormais une réponse organisée et de long terme.
Finalement, la tragédie haïtienne interpelle toute la Caraïbe dans son unité. Un peuple frère s’effondre à deux heures d’avion de Fort-de-France. La solidarité régionale n’est plus seulement un devoir moral : c’est une nécessité géopolitique. Découvrez aussi l’ampleur de l’insécurité alimentaire aiguë qui aggrave la crise des déplacés Haïti.





