Contrat territorial de transition et d’engagement agroécologique
Une réponse à l’exclusion d’une partie des producteurs
Le Contrat territorial de transition et d’engagement agroécologique – CTEA – est un dispositif créé par la Collectivité territoriale de Martinique en partenariat avec l’État, représenté par la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt. Il répond à une difficulté structurelle : une part importante des petites exploitations produisant pour le marché local demeure en dehors du POSEI, soit parce qu’elle n’adhère pas à une organisation de producteurs, soit parce que ses volumes et ses circuits commerciaux ne correspondent pas aux critères habituels d’éligibilité.
Le CTEA vise donc à reconnaître et à accompagner cette agriculture insuffisamment intégrée aux dispositifs européens. Son ambition n’est pas seulement environnementale. Elle est également économique, sociale et territoriale — consolider les exploitations, améliorer leur capacité d’investissement, faciliter leur accès aux aides et renforcer la production destinée au marché martiniquais.
Un engagement contractuel de cinq ans
Le dispositif prend la forme d’un contrat d’une durée de cinq ans entre l’exploitant agricole, la CTM et l’État. Chaque exploitation doit faire l’objet d’un diagnostic technique, économique et environnemental. Ce diagnostic sert à établir un plan d’action personnalisé, assorti d’engagements agroécologiques et d’un accompagnement technique individualisé.
Le contrat doit permettre de suivre l’évolution de l’exploitation dans le temps — amélioration des pratiques, adaptation aux contraintes climatiques, meilleure gestion de l’eau et des sols, réduction des intrants, diversification de la production et consolidation du modèle économique. L’aide financière ne constitue donc qu’un élément d’un parcours plus large de transformation.
Les exploitations prioritairement concernées
Le CTEA cible en priorité les agriculteurs déjà engagés dans l’agroécologie mais non bénéficiaires du POSEI, les jeunes installés ou porteurs de projets destinés au marché local, ainsi que les nouveaux exploitants souhaitant remettre en culture des terres ou reconquérir du foncier agricole.
Cette orientation correspond à la structure de l’agriculture martiniquaise — près de 70 % des exploitations disposeraient de moins de cinq hectares. Ces petites unités assurent une partie importante de l’approvisionnement de proximité, mais disposent souvent de capacités financières, administratives et logistiques limitées.
Une aide forfaitaire découplée
Le contrat ouvre droit à une aide forfaitaire annoncée entre 3 000 et 10 000 euros, selon la surface éligible. Cette aide est dite découplée — son montant n’est pas directement calculé en fonction du volume produit ou commercialisé. Elle rémunère l’engagement de l’exploitation dans une trajectoire agroécologique et doit l’aider à supporter les coûts de la transition.
Le CTEA est également présenté comme une porte d’entrée vers certaines mesures du Fonds européen agricole pour le développement rural — FEADER — notamment la modernisation et la diversification des exploitations. Des taux bonifiés et des majorations ont été annoncés pour les jeunes et les nouveaux agriculteurs.
Un instrument de structuration progressive
Le CTEA peut contribuer à faire passer les producteurs indépendants d’une activité isolée à une organisation économique plus solide. Le diagnostic et l’accompagnement doivent permettre d’identifier les exploitants, de mieux connaître les surfaces et les volumes, d’améliorer la traçabilité, de planifier les cultures et de faciliter les investissements.
Le contrat peut également préparer le regroupement de l’offre, la mutualisation de la collecte et du stockage, l’accès à la transformation et la conclusion de contrats avec la restauration collective ou les distributeurs. Il ne doit donc pas être conçu comme une simple aide au revenu — il doit devenir un parcours de professionnalisation et de structuration.
Une mise en œuvre financière à sécuriser
Une enveloppe de deux millions d’euros a été évoquée pour la Martinique. Toutefois, une question écrite publiée à l’Assemblée nationale en novembre 2025 et signalée au Gouvernement en juin 2026 indiquait que la mise en œuvre concrète de l’aide demeurait attendue. Dans le même temps, la CTM a poursuivi les réunions d’information et les démarches de préinscription.
Il faut dès lors distinguer les différentes étapes — annonce politique, préinscription, signature du contrat, engagement juridique des crédits et versement effectif de l’aide. La réussite du dispositif dépendra de la stabilité pluriannuelle de son financement, de la simplicité des procédures et de la disponibilité d’un accompagnement technique permanent.
Pourquoi le CTEA ne peut pas remplacer le POSEI
Le CTEA apporte une réponse utile aux exploitants qui ne bénéficient pas du POSEI. Il reste cependant plus fragile qu’une mesure intégrée au programme européen. Son enveloppe est limitée et son financement dépend davantage des décisions budgétaires nationales ou territoriales.
Le risque serait de pérenniser une agriculture à deux niveaux — d’un côté, les filières historiques et les producteurs organisés bénéficiant d’aides européennes stabilisées ; de l’autre, les petites exploitations dépendant d’un mécanisme transitoire, plafonné et soumis aux arbitrages annuels.
Une passerelle vers la réforme du POSEI
Le CTEA doit être envisagé comme une passerelle et non comme une destination définitive. Dans un premier temps, il identifie, accompagne et modernise les producteurs indépendants. Dans un deuxième temps, des structures collectives économiques agréées pourraient regrouper leur offre, assurer la traçabilité des volumes et organiser les débouchés. Enfin, une réforme du POSEI-France devrait rendre ces structures éligibles aux aides européennes destinées à la diversification.
Cette articulation permettrait aux producteurs de rejoindre progressivement une organisation de producteurs lorsqu’ils y trouvent un intérêt économique, sans leur imposer une adhésion immédiate. Elle éviterait aussi que le CTEA devienne un dispositif parallèle durablement séparé du principal programme européen de soutien à l’agriculture ultramarine.
Le CTEA constitue donc une innovation utile parce qu’il reconnaît une agriculture longtemps restée à la périphérie des aides européennes. Il peut soutenir les petites exploitations, accélérer la transition agroécologique et préparer une meilleure organisation de la production destinée au marché local.
Sa réussite repose toutefois sur trois garanties – un financement effectivement disponible, un accompagnement technique durable et une articulation explicite avec la réforme du POSEI. Sans ces garanties, le CTEA restera une aide temporaire. Avec elles, il peut devenir la première étape d’une véritable structuration de la petite agriculture martiniquaise. Gdc





