La loi donne trente jours aux collectivités pour régler leurs fournisseurs. En Martinique, sur les 155 budgets publics mesurés par la direction générale des finances publiques au titre de 2025, 93 dépassent ce délai. Six sur dix. Le délai médian s’établit à 35,2 jours, et il s’améliore : il était de 37,8 jours un an plus tôt.
Trente jours. C’est le délai global de paiement que la loi impose aux collectivités territoriales. Au-delà, l’entreprise peut réclamer des intérêts moratoires. Encore faut-il oser les demander à un client dont on espère le prochain marché.
Cinq jours d’écart avec la loi semblent peu de chose. Rapportés à une entreprise de dix salariés qui facture 40 000 euros par mois, ils immobilisent en permanence près de 7 000 euros de trésorerie. Pour les fournisseurs des budgets les plus lents, l’attente ne se compte plus en jours mais en mois.
Où se situent les 155 budgets

Soixante-deux budgets tiennent le délai légal. Trente-sept le dépassent de moins de quinze jours. Mais vingt-six paient au-delà de quatre-vingt-dix jours, soit un sur six, et c’est là que se concentre la difficulté de trésorerie des fournisseurs.
Le retard se loge dans les annexes

Trier par nature de budget déplace le regard. Les communes paient à 30,9 jours en médiane, les centres communaux d’action sociale à 30,6 : elles frôlent la loi. Ce sont les budgets annexes qui décrochent : 43,4 jours pour les budgets administratifs, 39,1 pour les services industriels et commerciaux, 38,3 pour les caisses des écoles.
Sur les 34 communes recensées, 18 dépassent le délai légal, et les plus lentes atteignent quatre mois. Nous ne les nommons pas ici : la donnée est publique et vérifiable par chacun, mais un classement de mauvais payeurs demande d’avoir entendu les intéressés, ce que nous n’avons pas fait.
Deux précautions de lecture
L’unité est le budget, pas la collectivité. Un budget annexe porte le nom du service, non celui de l’organisme : le fichier compte ainsi un budget à 365 jours qui n’est qu’une annexe d’un établissement de formation. Passé un an, la moyenne ne mesure plus un retard : elle signale un budget presque sans facture.
C’est une moyenne annuelle, tous fournisseurs confondus, et non un délai propre aux petites entreprises, qui sont pourtant les plus exposées.
La tendance, elle, est bonne : le délai médian a reculé de 2,6 jours en un an, et le retard, s’il reste majoritaire, se resserre. Pour les entreprises qui vivent de la commande publique, chaque journée gagnée sur le paiement est une journée de trésorerie rendue.
Ces chiffres sont publics : la direction générale des finances publiques les met en ligne chaque année, budget par budget. Une entreprise peut donc y vérifier son propre client avant de s’engager. Peu le font.
Source : direction générale des finances publiques, délais de paiement des collectivités territoriales, exercice 2025 (data.economie.gouv.fr).
Traitement de l’observatoire économique d’Antilla sur les 155 budgets martiniquais recensés. Vérifié au 31 août 2026.





