La Martinique a fait sa rentrée avec 61 160 élèves, soit 931 de moins qu’en 2025. Derrière cette érosion désormais structurelle se loge une question politique : la baisse démographique doit-elle commander mécaniquement la réduction des moyens, ou peut-elle devenir l’occasion d’améliorer les conditions d’apprentissage de ceux qui restent ?
Plus de 15 000 élèves perdus en dix ans
Les chiffres du rectorat confirment l’ampleur de la transformation : 61 160 élèves à la rentrée 2026-2027, soit une baisse d’environ 1,5 % en un an. Selon le SE-UNSA, la Martinique aurait perdu plus de 15 000 élèves entre 2016 et 2026, près de 20 % de sa population scolaire. Recul des naissances, vieillissement, départ de jeunes familles : l’évolution redessine durablement la carte scolaire et les besoins éducatifs du territoire.
Une réponse jugée essentiellement comptable
Pour cette rentrée, le syndicat fait état de la suppression d’environ 14 emplois enseignants dans le premier degré et de 57 équivalents temps plein dans le second, soit près de 71 postes. Le ministère objecte que les suppressions sont moins rapides que la baisse des effectifs et que l’encadrement s’améliore – neuf professeurs pour 100 élèves dans le premier degré. Le SE-UNSA manie ce ratio avec prudence : il ne dit rien des effectifs réels par classe, ni de la disponibilité des remplaçants, des personnels spécialisés et des accompagnants d’élèves en situation de handicap. D’où la proposition d’inverser la logique et de faire de la décrue un levier pour alléger les classes et développer une école inclusive.
Une rentrée jugée insuffisamment préparée
Au-delà des postes, le syndicat conteste les annonces officielles et affirme que tous les établissements ne disposaient pas d’un enseignant devant chaque classe. Locaux, matériels et transports ont perturbé la reprise : au lycée professionnel Marius-Cultier de Dillon, la rentrée a dû être retardée, selon le secrétaire général Carl Toussaint. Le SE-UNSA interpelle le rectorat comme la Collectivité territoriale sur l’entretien des bâtiments et des installations sportives.
De la maternelle à l’Université
Une déclaration du 23 août, signée par 55 membres de la communauté scolaire, élargit la contestation. Le collectif – UNSA Éducation, SNESUP-FSU, SNASUB-FSU, étudiants et Ansanm Pou Défann Lékol Matinik – dénonce les fermetures de classes et soutient la motion du 25 juillet 2025 de l’Assemblée de Martinique, qui évalue à au moins 850 millions d’euros la dette de l’État au titre des transferts de compétences – revendication qui gagnerait à être documentée. Les signataires réclament l’arrêt de « l’expatriation forcée » des enseignants nouvellement titularisés.
Redonner sa place au lycée professionnel
Trop souvent perçue comme une orientation par défaut, la voie professionnelle forme pourtant aux métiers dont l’économie martiniquaise manque, de la plomberie à l’électricité. Encore faut-il rapprocher les formations des besoins réels.
Pendant que les effectifs reculent dans les écoles, les inscriptions progressent au pôle martiniquais de l’Université des Antilles : aucune politique éducative ne se déduit d’une seule courbe démographique. La question n’est plus de savoir combien d’élèves la Martinique perd, mais de décider si ce reflux servira à comprimer les moyens ou à mieux former ceux qui restent.
Gérard Dorwling-Carter





