Bienvenue dans la ferme génétiquement modifiée du futur

Bienvenue dans la ferme génétiquement modifiée du futur

Vaches sans cornes, chèvres transformées en usines à médicament, cochons plus musclés, poulets immunisés: vous allez adorer les animaux génétiquement modifiés.

La sélection génétique n’est pas quelque chose de nouveau: depuis les débuts de l’élevage à la préhistoire, l’humain sélectionne les animaux pour obtenir une amélioration de leurs caractéristiques (développement musculaire, rendement, fertilité, aptitude à l’allaitement…).

Entre 1993 et 2010, le rendement d’une vache laitière française est ainsi passé de 5.000 litres par an à près de 7.000 litres, soit une hausse de 40% selon l’Institut de l’élevage. Le poulet a vu son poids multiplié par quatre entre 1957 et 2005.

Mais là où il fallait attendre plusieurs générations et tester des combinaisons incertaines, le génie génétique permet d’obtenir les modifications recherchées en une seule gestation, les animaux pouvant ensuite être reproduits par clonage ou par fécondation classique, selon la modification.

Si les plantes OGM occupent aujourd’hui 11% des surfaces cultivées dans le monde, un seul animal génétiquement modifié est pour l’heure autorisé à la consommation au Canada et aux États-Unis: un saumon doté d’un gène produisant une hormone de croissance. Une autorisation qui a mis plus de 20 ans à être accordée.

Cela s’explique par plusieurs facteurs. D’une part, la difficulté de mise au point des techniques génétiques. Les manipulations d’ADN génèrent souvent des mutations aléatoires et indésirables, comme une mortalité élevée ou des problèmes de santé. La procédure est aussi coûteuse et laborieuse.

Deuxièmement, la méfiance naturelle des consommateurs et consommatrices envers les aliments OGM ne favorise guère leur expansion. Enfin, d’autres techniques concurrentes sont développées parallèlement, par exemple, le changement dans l’alimentation du bétail, qui modifie les caractéristiques de la viande ou du lait de manière assez efficace, ou les produits de substitution comme l’«alt-meat».

Les progrès accomplis en matière d’ingénierie génétique offrent pourtant, pour celles et ceux qui en consomment, des perspectives vertigineuses en matière d’élevage: bienvenue dans la ferme du futur.

Vaches sans cornes

Les vaches sont susceptibles de blesser les autres animaux avec leurs cornes, ou de rester coincées dans la végétation. Elles prennent aussi plus de place dans les étables et lors de leur transport. La plupart des éleveurs choisissent donc de les écorner.

Seulement voilà: le procédé est douloureux et présente des risques d’infection secondaire. D’où l’idée de créer des vaches sans cornes grâce à la bioingénierie. En 2015, la compagnie américaine Recombinetic a réussi à obtenir deux vaches naturellement dépourvues de cornes en modifiant un gène nommé POLLED.

Buri, l’un des deux mâles nés de cette manipulation, a donné naissance à 17 veaux. Mais malgré les efforts de Recombinetic pour faire reconnaître sa technologie comme «sûre», la FDA (Food and Drug Administration) n’a jamais voulu délivrer d’autorisation pour commercialiser de la viande issue de ces animaux génétiquement modifiés.

Moutons «bons pour le climat»

Un mouton émet 8 kilogrammes de méthane par an, un puissant gaz à effet de serre qui contribue au changement climatique. De nombreux scientifiques se sont attaqués au problème de la pollution des élevages, en modifiant par exemple le régime alimentaire des animaux ou leur microbiote afin de réduire les bactéries qui produisent la fermentation dans l’estomac.

L’entreprise publique néo-zélandaise AGResearch procède par exemple à des sélections génétiques de moutons qui permettent de réduire les émissions de méthane jusqu’à 40%.

Autre piste explorée: un vaccin qui s’attaquerait aux bactéries productrices de méthane. La Nouvelle-Zélande, qui possède l’un des plus grand cheptels de moutons, est pionnière en la matière; l’archipel a lancé un vaste programme de recherche visant à réduire de 30% des émissions polluantes d’origine agricole d’ici 2030.

Chèvres «bio-usines»

En 2006, l´Agence européenne des médicaments a autorisé le premier médicament développé à partir de la technologie transgénique. Ce dernier, l’antithrombine (un anticoagulant), n’est pas fabriqué dans une éprouvette mais dans le pis d’une chèvre.

Le gène humain codant pour la protéine d’antithrombine est inséré dans le génome de l’animal, qui produit ensuite du lait contenant la molécule. D’après le laboratoire rEVO Biologics, qui commercialise le médicament sous le nom ATryn, on peut ainsi obtenir une grande quantité d’antithrombine (plusieurs grammes par litre) à moindre coût (30% à 50% d’économie par rapport au plasma humain).

D’autres études visent à transformer la chèvre en mini-usine à médicament. En 2020, des chercheurs néo-zélandais ont réussi à faire produire à des chèvres du cétuximab, un anticorps utilisé contre le cancer de l’intestin.

Porcs et poulets résistant au virus

Peste porcine, grippe aviaire, fièvre aphteuse… De graves épidémies déciment régulièrement les cheptels et les élevages. Des catastrophes économiques et sanitaires qui poussent les recherches génétiques à conférer une immunité naturelle aux animaux.

En 2013 est ainsi né Pig 26, le premier cochon résistant à la peste porcine africaine en copiant dans son génome des gènes de phacochères devenus résistants au virus. En 2011, des chercheurs britanniques ont quant à eux créé des poulets incapables de transmettre la grippe aviaire, en modifiant un gène altérant la réplication du virus dans l’organisme.

Une autre équipe tchèque a utilisé la technique d’édition génétique CRISPR pour obtenir des poulets résistants au virus de la leucose aviaire, une maladie qui rend, entre autres, les poulets maigres. Des discussions seraient en cours avec des éleveurs chinois et vietnamiens pour le développement commercial de ces poulets, selon le New Scientist.

Cochons moins gras

Allons-nous bientôt manger du saucisson et de la charcuterie allégée issus de cochons génétiquement modifiés? C’est l’objectif de chercheurs coréens, qui ont dévoilé en 2015 des porcs «super musclés» chez qui on a désactivé un gène codant pour la production de myostatine, qui inhibe la croissance des cellules musculaires.

Les cochons ont ensuite été clonés pour donner naissance à 32 porcelets avec une viande plus maigre. De nombreuses obstacles ont cependant été rencontrés, comme la difficulté de mise à bas résultant de porcelets plus gros ou d’autres problèmes de santé.

En 2018, d’autres chercheurs ont développé des porcs génétiquement modifiés avec une croissance 23% plus rapide et un taux de conversion de nourriture en viande 14,5% plus élevé, tout en produisant beaucoup moins de déchets phosphatés et azotés polluants dans leur lisier.

Chèvres cachemire avec plus de poils

Le cachemire rare et cher va-t-il devenir un produit banal? Peut-être, grâce à des chèvres génétiquement modifiées qui produisent plus de poils. En 2016, des chercheurs chinois ont inactivé un gène nommé FGF5 dans des embryons de chèvres cachemire, qui ont alors développé des poils plus longs et plus nombreux.

Dès l’âge de quatre mois, les animaux génétiquement modifiés ont ainsi produit 93 grammes de cachemire de plus par rapport aux chèvres normales, soit une augmentation de 46% environ – il faut entre 400 et 500 grammes de cachemire pour confectionner un pull.

Vache au lait non allergisant

2% à 3% des bébés sont allergiques au lait de vache, plus spécifiquement à certaines protéines du lait. C’est le problème auquel se sont attaqués les chercheurs néo-zélandais de l’institut public AGResearch, en donnant naissance en 2012 à la première vache au lait antiallergisant nommée Daisy.

En inactivant un gène codant pour la fabrication de la protéine beta-lactoglobulin, ils ont ainsi obtenu (après une centaine de tentatives) une vache au lait dépourvu de la fameuse protéine.

En 2011, des chercheurs chinois ont eux carrément injecté un gène humain dans l’ADN de 300 vaches laitières afin de leur faire produire un lait à «80% semblable au lait maternel», selon Li Ning, le directeur du projet. Ce dernier prévoyait alors une commercialisation dans les trois ans, mais cela s’est semble-t-il avéré plus compliqué que prévu puisqu’on n’a toujours pas vu ce lait humanisé dans les supermarchés.

Bien d’autres recherches sont en cours, visant par exemple à développer des cochons humanisés pour fournir des organes de rechange, des vaches plus tolérantes à la chaleur, ou même des poussins dont les oeufs femelles sont fluorescents afin d’identifier les oeufs mâles et les éliminer avant la naissance.


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