La fin d’un modèle
La Martinique est arrivée au terme d’un cycle économique. Pendant plusieurs décennies, son développement a reposé sur un équilibre entre solidarité nationale, consommation intérieure, investissements publics, défiscalisation et initiative privée. Ce modèle a permis des avancées considérables, mais il montre aujourd’hui ses limites.
L’État ne dispose plus des marges budgétaires qui lui permettaient d’accompagner durablement cette trajectoire. Dans le même temps, la concurrence internationale s’intensifie, les marchés se recomposent et les économies insulaires n’ont d’autre choix que de renforcer leur compétitivité et leur capacité d’innovation.
La question n’est donc plus de savoir si nous devons changer de modèle, mais comment nous organiser pour réussir cette transition.
Retrouver une souveraineté financière
Les entrepreneurs martiniquais sont restés orphelins depuis la disparition du Crédit Martiniquais. Cette disparition a privé le territoire d’un outil de décision financière enraciné dans les réalités locales.
Il ne s’agit évidemment pas de reconstruire à l’identique une institution appartenant au passé. L’enjeu est beaucoup plus ambitieux : créer un nouvel instrument financier martiniquais, moderne, performant et ouvert sur le monde, capable d’accompagner les entreprises, l’innovation, les transitions énergétiques, le numérique, l’industrie, l’agriculture et l’économie bleue.
Les économies insulaires qui réussissent sont celles qui disposent d’outils financiers capables d’investir dans leur propre avenir.
Tirer les leçons de notre histoire
Le Crédit Martiniquais, associé aux mécanismes de défiscalisation issus de la loi Pons, a largement contribué au développement des années 1980, 1990 et 2000. Cette période a vu émerger des infrastructures touristiques, commerciales et industrielles qui constituent encore aujourd’hui une part essentielle de notre patrimoine économique.
Cette expérience démontre qu’une ingénierie financière performante peut accélérer les transformations lorsqu’elle s’inscrit dans une vision de long terme.
Mettre l’épargne martiniquaise au service de la Martinique
Chaque année, une épargne importante est constituée par les ménages martiniquais. Une grande partie de cette ressource finance cependant des investissements réalisés hors du territoire.
Il est temps de réfléchir à une stratégie permettant d’orienter davantage cette épargne vers notre propre développement.
Cela suppose la création de fonds d’investissement territoriaux, de véhicules spécialisés dans le financement des PME innovantes, des entreprises exportatrices et des projets structurants, ainsi qu’une réflexion sur la complémentarité entre retraite par répartition et dispositifs de capitalisation investissant utilement dans l’économie martiniquaise, dans un cadre sécurisé et rigoureusement régulé.
Construire une économie ouverte
La Martinique doit penser Caraïbe, Amériques, Europe et Afrique. Elle doit soutenir l’exportation de ses savoir-faire, favoriser l’émergence de champions régionaux, accompagner l’internationalisation de ses entreprises et attirer des capitaux au service de son développement.
L’ouverture n’est pas une menace ; elle est la condition de la croissance d’une économie insulaire.
Faire de l’excellence notre culture
Toutes les politiques publiques, tous les outils financiers et toutes les stratégies économiques resteront insuffisants sans une véritable culture de l’excellence.
Notre première richesse réside dans les femmes et les hommes de Martinique, dans leur niveau de formation, leur créativité, leur capacité d’entreprendre et leur volonté d’innover.
L’excellence n’est pas un slogan. Elle doit devenir une méthode, une exigence et une ambition collective.
Un pacte pour la prochaine génération
La Martinique possède les compétences, les entrepreneurs, les talents et l’épargne nécessaires pour réussir un nouveau cycle de développement.
Ce qui lui manque encore, c’est une ambition commune, portée par un véritable pacte de souveraineté financière associant les entreprises, les banques, les investisseurs, les collectivités, les universités, les diasporas et l’ensemble des forces vives du territoire.
L’avenir ne se construira pas en reproduisant les recettes d’hier, mais en inventant les instruments de demain. Si nous savons mobiliser notre intelligence collective, notre épargne et notre esprit d’entreprise, la Martinique pourra devenir une référence parmi les économies insulaires les plus innovantes et les plus performantes.
Mikaël Glondu-Monnerville





