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Mieux connaitre notre histoire pour avancer enfin !

Mieux connaitre notre histoire pour avancer enfin !
février 15
02:49 2021

Connaitre son ignorance est la meilleure part de la connaissance.
Proverbe chinois

Ceci est la retranscription d’un échange sur Facebook qui fait suite à l’interview du maire de Schœlcher Luc Clémentéconcernant le nom de la commune. Le maire annonce qu’il n’est pas question qu’il débaptise la commune parce qu’il ne s’autorise pas à changer une décision prise à l’unanimité en 1888 par le premier conseil municipal de la ville.


 Un certain FDZ, que je ne connais pas, se permet un commentaire méprisant que seules permettent une grande naïveté et une ignorance crasse de l’histoire de son pays et de sa commune.

{J’ai mis en caractère gras l’insulte choisie par ce particulier car elle m’a paru singulière et j’ai souligné les indicateurs de mépris. Mes réponses (PV) sont en italique gras.}

FDZ : « Intervention frisant le ridicule du petit clémente… vraiment pathétique… ti fan a colon , oser dire qu’en 1888 le conseil municipal a voté à l’unanimité le nom schoelcher ! Mais qui composait ce conseil municipal luco??? Ou pa sa di nou sa ! Ti fan a colon ! »

PV : « FDZ avan ou palé konsa fodrè wou minm éfowpou konnèt konpozision konsèyla. Ayen ki nèg ek milatkomin-la. Paté ni bétjé, paté ni blan fwans. dé non(patronymes) ou ka trouvé shèlchè jis jòdi. Yosav sa yotéka . »

FDZ : « en 1888? »

PV : « oui misié. »

L’échange s’est arrêté là. Peut être l’interlocuteur blasé a-t-il« zapé » négligemment sur une autre actualité, ou alors confus et reconnaissant son inculture il a choisi de déclarer forfait. On peut même rêver d’une soudaine prise de conscience de ses lacunes et de son repli tactique pour s’informer (se cultiver dirais-je) afin de mieux attaquer à une autre occasion. On se réjouirait de savoir les iconoclastes, vandales, nos talibans des tropiques, capables de faire l’effort de combler leurs sérieuses lacunes historiques et d’élever le niveau du débat. Une meilleure connaissance de notre passé permettrait assurément de sortir des schémas préconçus, de ce regard binaire -noir contre blanc- et vice versa, de ce « noirisme » pan-africanistede pacotille. Mais il n’est pire aveugle que celui qui refuse de voir.

Que conclure finalement de cet échange ?

Que l’ignorance est à la base de ce nouveau militantisme agressif. Mais aussi que des générations d’enseignants et de parents ont failli dans leur mission de transmission de notre Histoire.

Pourtant, force est de reconnaitre que de son côté l’édilité de Schœlcher a beaucoup fait pour amener à une meilleure connaissance de l’histoire de la commune. A l’occasion de la commémoration de l’anniversaire de la création et du changement officiel de nom de la commune, dans le cadre des manifestations « Schèlchè ka sonjé », dans le bulletinmunicipal, et dans l’agenda de la ville ainsi que dans diverses prises de parole il a été question des conditions du changement de nom et des raisons de ce choix. La liste des conseillers municipaux de 1888 ainsi que des extraits de la délibération ont alors été publiés. Les portraits des maires ayant succédé à Michel Alexandre, le premier maire de la commune dont le mandat a duré du 20 mai 1888 au 15 mai 1892, ornent la galerie des portraits inaugurée à la mairie en 2019.

En présentant ses vœux dans l’agenda de l’année 2019, le maire Luc Clémenté affirmait ceci :

« Nos anciens ont fait le choix de baptiser notre commune du nom de Schoelcher. Cet acte fort officialisé par le décret du 25 novembre 1889, il y a précisément 130 ans, engage l’ensemble de la collectivité à porter les valeurs essentielles et les principes inébranlables de tolérance, de fraternité et de liberté, légués par Victor Schoelcher. Notre ambition est de faire le lien entre cette date, cet acte fondateur, et notre présent pour mieux engager notre avenir. »

Cette déclaration de Luc Clémenté témoigne, en même temps que de son immense respect des aînés, d’une connaissance sans faille de leurs motivations et ambitions. Il assume en parallèle un attachement à l’œuvre de Victor Schœlcher qui est loin d’être en contradiction avec la reconnaissance des combats de nos aînés avant, pendant et après 1848 et qui est loin surtout d’une attitude de « fan a colon » pour utiliser le vocabulaire singulier de notre interlocuteur.

Aimé Césaire, illustre martiniquais adulé par l’ensemble de la population était sur la même longueur d’onde que les conseillers de 1888, « Schœlcher ? disait-ilUn de ces grands hommes honnêtes que l’on rencontre de loin en loin dans les allées de l’histoire ».

Pour finir, je dirai que si l’occasion m’était donnée de rencontrer ce jeune homme (car j’ai l’intime conviction que FDZ est un jeune homme) :

Je porterais à sa connaissance que de 1848 à 1888 seulement 40 ans s’étaient écoulés et que les conseillers municipaux de 1888 avaient quasiment tous connu l’esclavage. Ils ont été les premiers à bénéficier du statut de citoyen et de ce qui en découlait grâce à l’insistance de Victor Schœlcher, c’est-à-dire l’instruction scolaire et le droit de vote ainsi que celui de briguer un mandat local ou national.

Je lui signalerais qu’avant l’arrivée de Schœlcher à la commission d’abolition on était loin d’envisager ces avancées puisque Perrinon (mulâtre qui représentait la Martinique) et les autres participants en étaient à discuter d’une émancipation par étapes et l’idée dominante était que les nègres ne seraient pas en mesure d’honorer le statut de citoyen et les droits en découlant.

J’insisterais pour qu’il comprenne que liberté n’entraine pas automatiquement droits civils et civiques comme on a pu le voir jusqu’à récemment aux USA et en Afrique du sud, voire dans certaines colonies françaises où s’appliquait pendant des dizaines d’années la politique de l’indigénat.

Alors, nous pourrions rêver que convaincu, il diffuserait à son tour le virus de la connaissance de notre histoire et qu’enfin d’un pas, puis d’un autre et ainsi de suite, nous pourrions faire avancer notre pays pour que la jeunesse y trouve de nouveau un avenir.

Philippe Théodore Vestris

A Schœlcher le 8 février 2021

« C’est l’ignorance, et non la connaissance, qui dresse les hommes les uns contre les autres. »

Kofi Annan


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