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    Home » TRIBUNE. L’eau en Martinique : choisir la responsabilité plutôt que l’illusion. Par Serge Letchimy
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    TRIBUNE. L’eau en Martinique : choisir la responsabilité plutôt que l’illusion. Par Serge Letchimy

    avril 21, 2026Mise à jouravril 22, 2026Aucun commentaire
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    La question de l’eau en Martinique n’est plus un débat démagogique dans lequel se complaisent certains conservateurs figés. Elle est devenue un test politique majeur : celui de notre capacité collective à garantir un droit fondamental à chaque Martiniquaise et à chaque Martiniquais.

    Depuis des années, notre pays vit au rythme des coupures, des restrictions, des inégalités d’accès. Chaque carême vient rappeler, avec une brutalité indécente, devenue presque banale pour certains, que selon que l’on vive au nord, au centre ou au sud, l’eau n’arrive pas avec la même régularité, ni au même coût, ni dans les mêmes conditions.

    La création de l’autorité unique en Martinique a déjà été voté par des martiniquais élus par le peuple. Ce n’est plus une hypothèse. Ce n’est plus une option.  Il s’agira dès le vote de l’Assemblée Nationale à venir de mettre en œuvre, de légiférer dans notre pays la Martinique, sur une question aussi essentielle que l’eau. C’est une décision démocratique, claire, légitime et désormais irréversible.

    La situation que nous vivions n’est pas une fatalité climatique. Elle est le produit d’une organisation fragmentée, héritée, reconduite trop longtemps, et qui aujourd’hui montre ses limites, face à un manque de courage et de détermination.

    C’est pourquoi, le 5 janvier 2026, l’Assemblée de Martinique a pris une décision historique. À l’unanimité, elle a choisi de créer une autorité unique de l’eau et de l’assainissement par habilitation. Cette unanimité n’est pas un détail. Elle est un signal fort : lorsque l’intérêt général est clairement posé, la Martinique sait se rassembler pour avancer.

    Ce choix n’est pas idéologique, mais un acte démocratique, un vote et il n’a jamais été fait dans le dos des martiniquais. Dire cela c’est insulter la démocratie et insulter les élus.

    Aujourd’hui, jusqu’à 40 % de l’eau produite est perdue dans des réseaux vieillissants. Les investissements sont encore trop souvent dispersés. Les responsabilités sont diluées entre plusieurs structures. Et cela, malgré les efforts engagés ces dernières années, notamment par la Collectivité Territoriale de Martinique et les EPCI, permettant de réduire les coupures, ce que personne ne conteste depuis les travaux notamment de Seguineau ainsi que dans le nord et le sud.

    Face à cela, nous avons décidé de ne plus gérer les conséquences, mais de traiter les causes.

    Créer une autorité unique, c’est assumer une chose simple : il faut une gouvernance claire, identifiée, responsable, capable de piloter à l’échelle de tout le pays une politique cohérente de l’eau.

    C’est aussi faire le choix de la solidarité territoriale. Car l’eau ne peut plus être une question de frontières administratives ou d’égoïsme communal. Elle doit devenir un bien commun géré dans une logique d’équité.

    Les bénéfices attendus sont connus et concrets :

    • un prix unique de production de l’eau harmonisé et plus juste,
    • un prix unique de vente de l’eau sur l’ensemble du pays,
    • un prix social de l’eau défendu par de nombreux martiniquais,
    • une continuité du service renforcée,
    • une capacité d’investissement accrue et mieux coordonnée,
    • une interconnexion des réseaux permettant de mieux faire face aux périodes de sécheresse.

    Mais au-delà de ces objectifs, il y a une ambition : celle de construire une Martinique plus juste, plus résiliente, plus souveraine dans la gestion de ses ressources essentielles.

    Dans ce contexte, j’ai pris connaissance des positions exprimées récemment par Yan Monplaisir qui plaide pour une autre voie : celle d’une gestion reposant sur la coordination entre intercommunalités.

    Je veux lui répondre avec respect, mais avec clarté.

    Cette voie, nous la connaissons. Nous l’avons pratiquée. Pendant des années, la coordination a été présentée comme une solution. Dans les faits, elle n’a pas permis d’éviter les crises que nous continuons de subir aujourd’hui.

    Pourquoi ? Parce qu’une gouvernance fondée sur le volontariat, sur des équilibres fragiles entre acteurs multiples, ne résiste pas aux périodes de tension. Elle ne permet pas de trancher rapidement. Elle ne garantit pas l’efficacité des investissements. Elle ne crée pas les conditions d’une solidarité réelle.

    Il ne s’agit pas ici d’opposer les acteurs entre eux, ni de nier les efforts accomplis par les intercommunalités. Il s’agit de reconnaître une réalité : le modèle actuel a atteint ses limites.

    Ce que nous proposons avec l’autorité unique n’est pas une remise en cause des collectivités, de la proximité. C’est une organisation plus lisible, plus efficace, plus responsable.

    Ce n’est pas une recentralisation technocratique. C’est une intégration progressive des compétences, des savoir-faire, des femmes et des hommes qui font aujourd’hui fonctionner le service de l’eau.

    Et je veux être très clair : il n’y aura ni brutalité, ni précipitation. Il y aura du dialogue, de la concertation, du respect. Mais il y aura aussi de la détermination.

    Car le véritable enjeu dépasse les débats institutionnels.

    Il est dans le changement climatique, qui réduit les ressources en eau et accentue les périodes de sécheresse.

    Il est dans l’état de nos infrastructures, qui exige des investissements massifs et rapides.
    Il est dans la dignité des Martiniquais, qui ne doivent plus subir des coupures d’eau répétées dans leur quotidien.

    Chaque année sans réforme, c’est une année de perdue. Nous n’avons plus ce luxe.

    La décision a été prise démocratiquement, dans la transparence, par un vote clair qui ne saurait être contesté unilatéralement pour nourrir des polémiques politiciennes.

    Les EPCI ont toujours été associés à la réflexion. Ils ont été consultés à plusieurs reprises, notamment lors d’une rencontre réunissant Bruno Nestor Azérot, CAP NORD, Luc Clémenté, CACEM et André Lesueur, ESPACE SUD, le mardi 7 novembre 2023 au siège de la Collectivité Territoriale de Martinique, où le principe même de l’autorité unique a été acté.

    Dès le vote de l’Assemblée nationale, la Collectivité Territoriale de Martinique engagera sans délai la rédaction de la loi martiniquaise qui permettra la mise en œuvre de l’autorité unique de l’eau. Ce processus exigera du temps — deux à trois années — afin de garantir un dialogue approfondi, ouvert et respectueux, et d’explorer les scénarios les plus pertinents avant que l’Assemblée de Martinique ne se prononce définitivement.

    Cette décision, prise à l’unanimité à l’Assemblée de Martinique, nous oblige collectivement. Elle marque la fin du temps des hésitations et des demi-mesures.

    Le cap est désormais fixé, et nous le tiendrons avec détermination, à l’écart de toute facilité démagogique.

    Garantir l’accès à l’eau, partout et pour tous en Martinique, est une exigence fondamentale. C’est le combat que nous assumons pleinement.

    Serge LETCHIMY

    Président du Conseil Exécutif de Martinique

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