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    Home » Karen et Becky, nouveaux avatars de la suprématie blanche aux États-Unis
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    Karen et Becky, nouveaux avatars de la suprématie blanche aux États-Unis

    juin 21, 2020Aucun commentaire
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    François Oulac — 13 juin 2020 à 9h01

    Par la force des réseaux sociaux, ces deux prénoms sont devenus des sobriquets désignant les femmes blanches qui incriminent injustement des Noir·es.

    Amy Cooper, surnommée «Karen de Central Park». | Capture d'écran via Christian Cooper / Facebook
    Amy Cooper, surnommée «Karen de Central Park». | Capture d’écran via Christian Cooper / Facebook

    C’est l’autre fait divers qui a rouvert les plaies américaines: alors que le 25 mai dernier à Minneapolis, George Floyd mourait sous le genou du policier Derek Chauvin, à l’autre bout du pays, le même jour, se jouait un différent drame racial.

    Ce matin-là, Christian Cooper, 57 ans, afro-américain, se balade sous les arbres de Central Park pour observer les oiseaux. Dans la partie boisée du parc baptisée The Ramble, les animaux de compagnie doivent obligatoirement être tenus en laisse.

    Lorsqu’il croise Amy Cooper (même patronyme mais aucun lien familial), 41 ans, il lui reproche de ne pas tenir son chien. La femme, blanche, refuse de l’écouter. Le ton monte. Christian sort son téléphone et filme. Partagée sur Facebook et Twitter, la vidéo sera visionnée plusieurs millions de fois.

    L’échange capturé par Christian Cooper est édifiant. Amy Cooper ordonne à l’homme, aux intentions pacifiques, d’arrêter de la filmer. Face au refus de Christian, celle-ci s’énerve. Elle sort son propre téléphone et cette phrase, qui ne manquera pas de choquer les internautes: «J’appelle la police, je vais leur dire qu’un homme africain-américain menace ma vie.»

    Caroline, Patty et les autres

    Quand Melody Cooper, la sœur de Christian, tweete la vidéo, son choix de mots n’est pas anodin: «Quand les Karen baladent leur chien sans laisse.»Conspuée sur les réseaux sociaux, licenciée par son employeur, Amy Cooper est rapidement rebaptisée «Karen de Central Park».

    Outre son accusation abusive, les observateurs ne manquent pas de relever la façon dont elle appuie sur «homme africain-américain» dans la vidéo –comme si elle savait ce qu’il se passerait pour Christian Cooper si les policiers intervenaient.

    L’histoire est tristement banale. «Central Park Karen» rejoint une litanie de femmes blanches autrices de bad buzz racistes devenues la risée du pays: «Cornerstone Caroline», «BBQ Becky», «Permit Patty»… Leur point commun? Reprocher à des personnes noires d’exister.

    Jennifer «BBQ Becky» Schulte a appelé la police parce que deux hommes noirs faisaient un barbecue dans un parc d’Oakland, en Californie.

    Teresa «Cornerstone Caroline» Klein est une New-Yorkaise qui a accusé un enfant de 9 ans d’attouchement sexuel.

    Alison «Permit Patty» Ettel a pour sa part dénoncé une fillette noire vendant de l’eau devant sa maison.

    À LIRE AUSSI «Permit Patty», symptôme d’une société américaine qui entretient les injustices raciales

    «Je veux parler au manager!»

    Ces sobriquets sont monnaie courante depuis des années. Le site KnowYourMeme retrace les origines de Karen, l’amie que personne n’aime, à 2004 avec le film Mean Girls.

    Quant au surnom Becky, le dictionnaire anglophone Merriam-Webster suggère qu’il remonte au moins à 1992, année de sortie du classique rap «Baby Got Back» de Sir Mix-a-Lot.

    Ce qui est nouveau, c’est leur régénération par la pop culture. En 2016, sur son morceau «Sorry», Beyoncé accuse son mari Jay-Z d’avoir eu une liaison avec une certaine «Becky with the good hair», provoquant l’ire du public.

    Qui est «Becky»? Impossible de le savoir, malgré les innombrables spéculations. Mais l’expression «beaux cheveux», qui désigne les cheveux lisses dans la communauté afro-américaine, ne laisse aucun doute sur la couleur de peau de l’accusée. Damn white women!

    Karen est une déclinaison de Becky. Plus âgée, plus dangereuse aussi, c’est une soccer mom d’âge mûr, arrogante et procédurière. Les mèmes pullulent à propos de cette figure repoussoir, anti-vaccins, volontiers complotiste, dont la phrase-clé serait: «Je veux parler au manager!»

    Des figures connues y sont associées, comme la célébrité télé Kate Gosselin ou l’éditorialiste ultra-conservatrice Tomi Lahren, version outre-Altantique de notre Eugénie  Bastié.

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