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    Home » Commémoration de l’abolition de l’esclavage : un message présidentiel entre mémoire et limites
    Le Regard de Gdc

    Commémoration de l’abolition de l’esclavage : un message présidentiel entre mémoire et limites

    juin 3, 2025Mise à jourjuin 3, 2025Aucun commentaire
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    Il y a, dans le vent de mai, une gravité feutrée, une solennité qui s’invite dans les allées du souvenir. Paris, s’apprête à accueillir, dans l’écrin des jardins du Trocadéro, un mémorial dédié à la mémoire des victimes de l’esclavage colonial. Sous les frondaisons, la République s’incline, inscrivant dans la pierre et la verdure les noms de 224 000 « Nouveaux libres ». Un jardin mémoriel, promis  par tweet du  chef de l’État, « lieu de calme, de recueillement et de partage », où la Nation, par la grâce du marbre et du silence, adresse un message de reconnaissance et de réconciliation.

    Le président, dans son message, a salué l’immense travail de ces centaines de bénévoles qui, trente années durant, ont arpenté les archives, reconstituant l’identité d’ancêtres promis à l’oubli. Il a rappelé la République, unique libératrice, celle qui, d’un décret, fit tomber les chaînes. Il a loué la mémoire, la reconnaissance, la commémoration. Mais, à l’heure où les tambours du passé résonnent, n’aurait-il pas fallu entendre, aussi, les échos persistants de l’injustice ? Car la mémoire, si précieuse soit-elle, ne saurait suffire à panser les blessures vives de l’histoire.

    Il est permis, en citoyen conscient, d’éprouver une forme de regret devant ce cantonnement au seul devoir de mémoire. Les mots présidentiels laissent dans l’ombre les inégalités et discriminations héritées de l’esclavage et de la colonisation. Nos réalités ultramarines, faites d’écarts, de silences et de fractures, réclament davantage qu’un hommage rendu à la République, aussi solennel soit-il.

    L’abolition ne fut pas un don, mais une conquête arrachée de haute lutte.

    Plus encore, la République s’érige, dans le récit officiel, en unique artisan de la liberté. Or, l’histoire, la vraie, celle qui palpite dans la nuit des plantations et dans la lumière des insurrections, est tissée des luttes, des fuites, des révoltes, des rêves d’émancipation portés par les esclavisés eux-mêmes. Ce sont eux, ces femmes et ces hommes debout, qui ont fragilisé l’édifice de l’oppression par mille actes de résistance : sabotages, désobéissances, fondation de sociétés marronnes, soulèvements retentissants comme celui de Saint-Domingue, qui fit naître la première république noire indépendante. L’abolition ne fut pas un don, mais une conquête arrachée de haute lutte.

    Oublier ces combats, c’est  infantiliser les victimes, les réduire à l’impuissance, alors qu’elles furent, au contraire, les forges vivantes de leur propre liberté.

    C’est aussi, peut-être, manquer à la justice de l’histoire… Pourtant, comme on l’a vu, le même président osa, à propos de l’Algérie, nommer personnellement la colonisation pour ce qu’elle fut : « crime contre l’humanité », « vraie barbarie ».

    La France, sur l’esclavage, a préféré la reconnaissance à la repentance, la vérité à l’excuse. Avancer, dit-on, sur le chemin de la réconciliation mémorielle, sans tomber dans la concurrence des douleurs.

    Pourtant, la mémoire ne doit pas être un mausolée, mais un ferment. Elle doit, au-delà des cérémonies, inspirer des actions concrètes pour réparer et combattre les inégalités héritées de l’histoire coloniale, elle-même enfantée par l’esclavage. La mémoire, certes, mais aussi la justice et l’engagement pour l’égalité réelle.

    Le mémorial du Trocadéro, fruit d’un patient labeur, n’est pas l’œuvre d’un président, mais celle de descendants d’esclaves, de chercheurs, de militants, de citoyens qui ont voulu, par-delà l’écume des discours, honorer la mémoire de leurs aïeux. C’est là, dans cette obstination à faire surgir du néant les noms effacés, que réside la révolution mémorielle commencée en 1998. Honorer la mémoire des victimes de l’esclavage, affirment les promoteurs du projet, c’est là l’acte de réparation le plus important. Nous adhérons à cette analyse.

    Alors, que reste-t-il du message présidentiel ? Peut-être l’essentiel n’est-il pas dans le tweet, mais dans ce jardin où, bientôt, fleuriront les noms retrouvés, et où la mémoire, loin d’être figée, continuera de murmurer à l’oreille de la Nation : « Souviens-toi, et agis. »

    Gérard Dorwling-Carter

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