Du 15 mai au 5 juillet 2026, la Fondation Clément, au François, réunit trois expositions personnelles consacrées à la peinture. Mickaël Bé Caruge, Fred Eucharis et Hector Charpentier y déploient des univers distincts, traversés par une même interrogation : comment la toile donne forme à ce qui échappe au regard.
Trois accrochages, trois grammaires picturales, un même territoire de recherche. En programmant simultanément Mickaël Bé Caruge, Fred Eucharis et Hector Charpentier, la Fondation Clément propose moins un panorama qu’un dialogue.
Tous trois interrogent, chacun à sa manière, la tension entre la figure et l’abstraction, entre la matière posée sur la surface et ce qu’elle cherche à rendre présent. La peinture y apparaît comme un espace mental autant que plastique, un lieu où se négocie le passage du visible vers autre chose. C’est ce fil commun, plus que la simple proximité des dates, qui donne sa cohérence à la saison.
Mickaël Bé Caruge, le rêve comme atelier

Avec Rêve diurne, Mickaël Bé Caruge fait du songe un principe de travail. Rêver, rappelle l’artiste, c’est laisser aller sa pensée et son imagination, un geste dont l’origine latine, vagus, désigne ce qui erre. En peinture, ces projections parfois irréalisables deviennent une matière première, ce que l’artiste nomme le sel de la terre de son utopie.

L’exposition explore plusieurs voies. L’étiolement et la cohabitation d’images servent de principe de déconstruction du rêve. L’emphase d’une échelle qui dépasse le corps ou le détail ouvre à l’émerveillement. L’aspect diffus, enfin, est pensé comme une dissolution active et positive. Un corps qui n’est plus tout à fait humain, un déplacement dans le temps et l’espace, l’évocation du fil ténu entre la vie et la mort que figurait déjà le mythe grec des Parques : autant de seuils que la peinture rend franchissables. Pour Bé Caruge, l’onirique admet toutes les manifestations déconstruites ou absurdes, hors du monde intelligible, et c’est de là qu’il tire un modèle esthétique.
Fred Eucharis, du visible à l’essentiel

Le titre de l’exposition de Fred Eucharis dit son programme. Le peintre revendique des œuvres simplifiées et tactiles, posées sur des fonds indéfinis et abstraits, aboutissement de plusieurs années de pratique. Sa recherche, explique-t-il, court depuis ses quinze ans : éprouver ensemble la figuration et l’abstraction, la richesse des couleurs et des formes, observer ce qui l’entoure pour en saisir les mécanismes secrets.

2025 – Technique acrylique, 110x110cm – Photos : Robert Charlotte
Artiste caribéen, il place au cœur de son travail la lumière de son île et l’harmonie des scènes antillaises, nourri d’opéras, de jazz, de théâtre nô et de musiques caribéennes. Il revendique des filiations assumées, de Kandinsky à Roland Chanco, de Maurice Estève à Diego Rivera et Picasso, sans se plier aux modes, dans la recherche d’une synthèse des tendances de l’art contemporain. La matière, chez lui, se travaille comme une pâte savoureuse, posée avec douceur ou en touches vives, au service d’une gamme chaude et animée.
Hector Charpentier, la figurabstraction

Hector Charpentier présente Intemporelle, un temps pour elle, autour d’un concept qu’il a forgé au début des années 1990 : la figurabstraction. La notion répond de manière critique à l’opposition historique entre figuration et abstraction, en refusant d’avoir à choisir.

Ses toiles donnent à voir une image construite en strates successives, où la figure humaine, le plus souvent féminine, occupe une place centrale. Elle sert de point d’ancrage sensible, autour duquel se déploient champs chromatiques et structures abstraites. Ces plans dialoguent sans hiérarchie et ouvrent l’œuvre à une lecture à la fois plastique, symbolique et mentale. Le regard circule entre le visible et l’invisible, entre la présence du motif et sa transposition dans un espace spirituel. À travers cette démarche, le peintre interroge les conditions mêmes de la représentation et affirme la peinture comme lieu de synthèse entre matière, esprit et mémoire.
Un même seuil
D’un accrochage à l’autre, une parenté se dessine. Le rêve chez Bé Caruge, l’essentiel chez Eucharis, la figurabstraction chez Charpentier : trois façons de tenir ensemble la figure et son débordement, de faire de la toile un seuil plutôt qu’une surface. La Fondation Clément y ajoute, jusqu’au 28 juin, l’exposition collective La collection sort de sa réserve !, qui prolonge le parcours par une sélection d’œuvres issues de son fonds.
Pratique
Les trois expositions se tiennent du 15 mai au 5 juillet 2026 à la Fondation Clément, sur le site de l’Habitation Clément, au François. L’accès est gratuit, tous les jours de 9 heures à 18 h 30. Des visites commentées sont proposées chaque mercredi à 16 h 30, ainsi que des visites adaptées aux jeunes publics.
Philippe Pied & Roland Dorival





