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    Home » Après Macron : qui peut encore faire tenir le centre ensemble ?
    Politique

    Après Macron : qui peut encore faire tenir le centre ensemble ?

    août 23, 2026Aucun commentaire
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    Les successeurs de Macron

    Emmanuel Macron ne pourra pas se représenter en 2027. Son départ ne signifie pourtant pas nécessairement la disparition du macronisme. En dix ans, il a constitué un électorat, imposé une doctrine de gouvernement, bâti une majorité parlementaire et fait émerger plusieurs prétendants à sa succession. Mais rien ne garantit que ces éléments resteront réunis une fois leur fondateur sorti de la compétition. L’après-Macron sera donc probablement moins une succession qu’une bataille pour recomposer le centre. Le macronisme laissera moins un héritier qu’un territoire politique à reconquérir

    Un électorat qui s’est déplacé vers la droite

    En 2017, le succès d’En Marche repose sur une coalition exceptionnelle : une grande partie des électeurs de François Hollande, le centre et une fraction de la droite modérée se retrouvent derrière un même candidat.

    Cinq ans plus tard, cette coalition existe toujours, mais elle a profondément changé. En 2022, Emmanuel Macron obtient 27,85 % au premier tour avec un électorat plus âgé, davantage composé de retraités et plus nettement orienté vers le centre droit. Une part considérable des anciens électeurs de François Fillon le choisit désormais.

    Le macronisme reste puissant chez les diplômés, les cadres, les catégories favorisées et les électeurs attachés à l’Europe. Mais il est devenu beaucoup moins équilibré entre la gauche et la droite. Le candidat de 2027 devra donc hériter d’une coalition déjà transformée avant même le départ de Macron.

    Le macronisme a moins créé un électorat qu’il n’a agrégé plusieurs ensembles préexistants : les centristes durablement acquis à un espace pro-européen et réformiste ; les électeurs venus de la gauche ou de la droite, susceptibles de repartir ; enfin, les électeurs qui ont voté Macron pour faire barrage au Rassemblement national.

    La question n’est donc pas simplement de savoir qui récupérera ses voix, mais qui parviendra à maintenir ensemble des électeurs qui n’avaient parfois en commun que leur choix d’Emmanuel Macron.

    Une doctrine peut survivre à son fondateur

    Après dix ans de pouvoir, un corpus politique identifiable s’est formé. Il repose sur l’économie de marché, la valorisation du travail, le soutien à l’entreprise et à l’investissement, mais aussi sur l’intervention d’un État stratège dans l’industrie, l’innovation et les secteurs essentiels.

    S’y ajoute une conviction constante : la souveraineté française passe par une Europe plus puissante. Réindustrialisation, nucléaire, technologies, intelligence artificielle, défense européenne et souveraineté énergétique appartiennent désormais à un même ensemble.

    Le macronisme n’est donc plus réductible au social-libéralisme de ses débuts. Il est devenu un centrisme pro-européen associant marché, État stratège, innovation et souveraineté. Cette doctrine peut survivre à son fondateur. Mais elle ne suffit pas à constituer une famille politique. Le gaullisme possédait une histoire, des militants et une certaine idée de la France ; le socialisme, une culture collective. Le macronisme possède surtout une doctrine de gouvernement.

    Un centre solide, mais fragmenté

    En Marche avait été créé rapidement pour permettre la conquête de l’Élysée en 2017. Dix ans plus tard, le paysage est beaucoup plus complexe.

    Renaissance reste une force importante, mais le bloc central est réparti entre Renaissance, Horizons et le MoDem. Aucun parti ne possède seul l’ensemble de cet espace. Le centre dispose néanmoins d’élus, de parlementaires, de réseaux locaux et de moyens considérables. L’après-Macron ne commencera donc pas dans le vide.

    Le problème est même inverse : plusieurs organisations peuvent revendiquer le même héritage. Renaissance invoque la continuité avec Emmanuel Macron ; Horizons, son implantation territoriale et Édouard Philippe ; le MoDem, une tradition centriste antérieure au macronisme. Le centre est solide dans ses structures, mais divisé dans son incarnation.

    Philippe et Attal, deux stratégies concurrentes

    Édouard Philippe apparaît comme l’un des prétendants les mieux placés. Ancien Premier ministre, ancien membre de LR et fondateur d’Horizons, il peut réunir une partie du centre et de la droite modérée. Son profil correspond à l’évolution de l’électorat Macron en 2022 : retraités, cadres, électeurs de centre droit, anciens électeurs Fillon et catégories attachées à la stabilité économique.

    Sa distance avec Emmanuel Macron peut devenir un atout. Il connaît le pouvoir, mais n’est plus à l’Élysée depuis 2020. Il peut conserver certains fondamentaux tout en proposant une nouvelle étape. Sa difficulté est claire : plus il se déplace vers la droite pour récupérer l’électorat de LR, plus il risque de perdre l’aile gauche du macronisme.

    Gabriel Attal occupe une position différente. Plus jeune et plus directement associé à Renaissance, il peut incarner la continuité générationnelle. Son potentiel se situe davantage auprès des urbains, des diplômés, du centre et d’une partie du centre gauche.

    Si Philippe ressemble à l’héritier du macronisme tel qu’il est devenu en 2022, Attal peut tenter de reconstruire celui de 2017, plus équilibré entre centre gauche et centre droit. Mais son espace est étroit : Philippe lui dispute le centre droit, tandis qu’une offre sociale-démocrate peut récupérer les anciens électeurs de gauche.

    L’héritage peut se disperser

    Le macronisme s’est construit en captant des morceaux d’autres familles politiques. Il peut se défaire selon le mouvement inverse.

    Son aile droite peut se répartir entre Édouard Philippe, LR et, pour une fraction, le RN. Son aile gauche peut rejoindre une social-démocratie pro-européenne. Son cœur centriste peut rester partagé entre Renaissance, Horizons et le MoDem.

    Dans ce scénario, ni les idées ni les électeurs macronistes ne disparaissent. C’est la coalition qui avait permis à Emmanuel Macron de gagner deux élections présidentielles qui cesse d’exister comme bloc unique.

    À droite, LR peut espérer récupérer une partie de l’ancien électorat Fillon. Mais il affronte deux concurrents : Édouard Philippe, qui peut maintenir ces électeurs dans le bloc central, et le RN, qui cherche à les attirer sur l’immigration, la sécurité et l’autorité.

    À gauche, une offre sociale-démocrate, modérée et pro-européenne peut reconquérir une partie des électeurs venus de François Hollande. Une gauche trop conflictuelle avec l’Union européenne ou trop étroitement associée à La France insoumise aurait davantage de difficultés. Le résultat obtenu par Raphaël Glucksmann aux européennes de 2024 a montré qu’un espace existe.

    Le macronisme pourrait ainsi être progressivement démonté par les deux familles dont il avait capté les électeurs dix ans auparavant.

    Le RN et l’affaiblissement du barrage

    Le cœur de l’électorat Macron reste éloigné du RN : il est plus diplômé, plus urbain, plus pro-européen et davantage attaché à la stabilité économique. Un basculement massif vers Marine Le Pen ou Jordan Bardella paraît donc peu probable.

    Une fraction de l’aile droite peut néanmoins devenir accessible au RN. Surtout, celui-ci peut bénéficier de l’affaiblissement du réflexe de barrage. Un électeur Macron n’a pas besoin de voter pour le RN afin de favoriser indirectement sa victoire : il peut simplement refuser de soutenir son adversaire au second tour.

    Le risque d’un « 21 avril » du centre

    Le centre peut continuer à représenter collectivement un électorat considérable tout en disparaissant du second tour. Si Édouard Philippe et Gabriel Attal se présentent simultanément, ils se partageront une partie du même électorat. Si LR récupère quelques points à droite et une gauche sociale-démocrate quelques points à gauche, la fragmentation augmentera encore.

    Le paradoxe serait alors saisissant : un espace représentant collectivement plus de 20 % des Français pourrait être éliminé parce qu’aucun de ses candidats n’atteindrait individuellement le niveau nécessaire.

    L’analogie avec 2002 possède toutefois une limite : chacun connaît désormais le risque. Le vote utile, les ralliements, une éventuelle primaire ou le retrait de certains candidats peuvent reconcentrer le centre avant le scrutin. La véritable question est de savoir si cette concentration interviendra suffisamment tôt.

    Assumer le bilan sans promettre l’immobilité

    Le candidat du centre devra résoudre une contradiction. Il ne pourra pas renier les dix années précédentes : pourquoi les électeurs de Macron choisiraient-ils quelqu’un leur expliquant que tout a échoué ? Mais il ne pourra pas davantage proposer une continuité intégrale.

    Le bilan contient des actifs : Europe, industrie, innovation, attractivité, emploi pendant une partie de la période et politique d’investissement. Il comporte aussi de lourds handicaps : dette, déficits, réforme des retraites, difficultés des services publics, immigration, sécurité et forte dégradation de la confiance politique.

    L’héritier devra revendiquer les fondamentaux tout en corrigeant la méthode et certaines politiques. Édouard Philippe peut défendre une continuité des orientations accompagnée d’une rupture dans l’exercice du pouvoir. Gabriel Attal devra plutôt proposer la continuité du projet assortie d’un renouvellement générationnel.

    Un territoire politique à reconquérir

    L’histoire montre qu’un camp peut survivre à son président. Georges Pompidou a succédé à de Gaulle en changeant de style ; Valéry Giscard d’Estaing a conservé le pouvoir dans la majorité sortante sans être le candidat gaulliste ; Nicolas Sarkozy a gagné en 2007 en revendiquant la rupture tout en appartenant au camp de Jacques Chirac.

    Mais l’histoire fournit aussi l’exemple inverse : en 2017, le retrait de François Hollande accompagne l’effondrement du Parti socialiste, dont Emmanuel Macron récupère une grande partie des électeurs. Une règle paraît néanmoins constante : on succède rarement à un président usé en promettant de continuer exactement comme avant.

    Le centre dispose encore d’un électorat, d’une doctrine, d’élus et de plusieurs candidats crédibles. Si l’un d’eux devient clairement mieux placé que les autres, le vote utile peut aspirer une partie des voix concurrentes. La progression du RN peut même accélérer cette reconcentration en poussant les électeurs modérés vers celui qui leur semblera le mieux placé pour l’empêcher de gagner.

    Emmanuel Macron peut donc disparaître sans que le macronisme disparaisse. Mais celui-ci ne sera vraisemblablement pas transmis intact à un héritier. Il laissera un territoire politique allant du centre gauche au centre droit, traversé par une culture européenne, réformiste et gouvernementale, désormais disputé par plusieurs prétendants.

    La question de 2027 ne sera peut-être pas de savoir qui héritera d’Emmanuel Macron, mais qui réussira à refaire ce qu’il avait accompli en 2017 : faire voter ensemble des Français qui, sans lui, n’ont plus nécessairement de raison de choisir le même candidat.

    Gérard Dorwling-Carter

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