Une coalition politique à l’épreuve de l’après-Macron
À moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027, une étude de la Fondation Jean-Jaurès réalisée à partir des données d’Ipsos et du Cevipof a mis en lumière une transformation profonde de l’électorat qui avait porté Emmanuel Macron au pouvoir en 2017 puis en 2022.
Selon le politologue Antoine Bristielle, directeur de l’Observatoire de l’opinion de la Fondation Jean-Jaurès, le macronisme apparaît aujourd’hui moins comme une famille politique cohérente que comme une coalition électorale dont les différentes composantes tendent à s’éloigner les unes des autres.
En 2022, près de 9,7 millions de Français avaient voté pour Emmanuel Macron dès le premier tour de l’élection présidentielle. Quatre ans plus tard, cet électorat ne forme plus un ensemble homogène.
Un électorat désormais divisé
L’étude distingue quatre groupes principaux :35 % des électeurs demeurent fidèles au bloc central et pourraient soutenir un candidat se réclamant directement de l’héritage macroniste.
27 % se positionnent davantage à droite, notamment sur les questions régaliennes, sécuritaires et migratoires.
23 % se rapprochent des sensibilités de gauche, en particulier sur les questions sociales et environnementales.
15 % apparaissent désabusés ou politiquement désaffiliés, sans préférence partisane clairement affirmée.
Cette fragmentation traduit l’affaiblissement de ce qui constituait la force originelle du macronisme : sa capacité à réunir des électeurs venus de la social-démocratie, du centre et de la droite modérée.
La fin du « en même temps » ?
Le succès d’Emmanuel Macron reposait largement sur une promesse de dépassement du clivage gauche-droite. Cette stratégie avait permis de rassembler des électorats aux attentes parfois contradictoires mais unis autour d’une même volonté de renouvellement politique.
Or, l’approche de la fin du second quinquennat semble révéler les divergences qui existaient au sein de cette coalition depuis l’origine.
Parmi les électeurs macronistes attirés par la gauche, 51 % déclarent qu’ils seraient satisfaits d’une victoire de Raphaël Glucksmann, contre 47 % pour Édouard Philippe. À l’inverse, une partie importante des électeurs situés à droite considère l’ancien Premier ministre comme le successeur naturel du macronisme.
Ces écarts illustrent l’existence de visions différentes de l’avenir du centre politique français.
Une formation construite autour d’un leader
L’une des principales conclusions de l’étude est que le macronisme demeure fortement lié à la personnalité de son fondateur.
Contrairement aux grands partis historiques, qui reposaient sur une doctrine, des réseaux militants et une implantation locale ancienne, le mouvement créé par Emmanuel Macron s’est construit autour d’un projet politique incarné avant tout par son leader.
Cette personnalisation du pouvoir a constitué sa force durant les campagnes présidentielles de 2017 et de 2022. Elle pourrait toutefois devenir une faiblesse au moment de la succession.





