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    Home » « Le changement c’est maintenant, ce n’était pas avant-hier » . Edouard de Lépine
    Politique

    « Le changement c’est maintenant, ce n’était pas avant-hier » . Edouard de Lépine

    août 12, 2026Mise à jouraoût 12, 2026Aucun commentaire
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    Ce 11 août nous rappelle qu’Édouard de Lépine nous a quittés il y a déjà six ans. Mais, au-delà des liens amicaux que ravive son souvenir, n’oublions pas ses mises en garde contre la dérive populiste qui précipiterait dans le chaos notre avenir martiniquais si on laissait faire ceux qui, sur l’autel du souverainisme, sacrifieraient les aspirations légitimes de la population au mieux-être et au mieux-vivre… En ce sens, ce texte, écrit le 3 juin 2012, garde donc toute son actualité ! Paix à son âme !

    Parce qu’elles se dérouleront moins de deux ans avant l’un des plus importants tournants de notre histoire — la mise en place de la nouvelle Collectivité et de l’Assemblée uniques, qui remplaceront le Département et la Région en même temps que notre vieux Conseil général (143 ans) et notre jeune Conseil régional (31 ans) —, les prochaines élections législatives revêtent un caractère exceptionnel.

    C’est en effet à la prochaine Assemblée nationale que devrait se décider, en définitive, le mode d’élection et la fonction de notre Assemblée unique, l’outil le plus important pour toute amélioration significative de notre situation au cours de la prochaine décennie. Un outil dont l’efficacité dépendra de la qualité et de la représentativité de ceux qui vont y siéger.

    C’est à eux qu’il appartiendra de négocier avec le pouvoir central, dans le respect de la Constitution, les habilitations, les adaptations et les moyens qui leur paraîtront indispensables pour jouer pleinement le rôle qu’on est en droit d’en attendre : tourner définitivement la page de la colonisation pour ouvrir celle d’une responsabilité de plus en plus grande dans la gestion de nos propres affaires.

    Il paraît que ce problème serait un faux problème et, en tout cas, « un problème de trop » que nous n’avons pas à aborder, et qui d’ailleurs n’intéresse pas les électeurs, beaucoup plus préoccupés par leurs difficultés quotidiennes concrètes que par le mode d’élection des futurs conseillers de la future Assemblée unique : le chômage, l’emploi, la vie chère, l’éducation, la santé, le logement insalubre, les transports, les pistes cyclables, le prix d’un « tombé-lévé » entre le Lamentin et le Morne-Pitault, la biodiversité, les NTIC.

    Il est vrai que nos 45 candidats peuvent compter sur la complaisance ou sur la complicité des journalistes pour éviter d’avoir à répondre aux questions qui fâchent ou qui pourraient gêner. Tout se passe donc dans cette campagne des législatives comme si le passage de notre ancien à notre nouveau statut était déjà hors sujet, l’essentiel étant déjà réglé, y compris et peut-être même d’abord pour ceux qui ont voté Hollande, en promettant le changement pour demain et qui semblent considérer aujourd’hui que le changement, c’était hier ou même avant-hier, puisque la principale revendication de la gauche depuis 30 ans, l’Assemblée unique, avait été déjà décidée avec la loi de juillet 2011, sans parler des miracles de l’imaginaire au service de la politique.

    On parle donc de tout et de n’importe quoi, dans cette campagne électorale, sauf de cette loi de juillet 2011 votée à la quasi-unanimité par le Parlement, majorité sarkozyste et opposition socialiste confondues. Cette loi fixe pourtant à la fois le mode de scrutin, baptisé « proportionnelle territorialisée », qui mettra en place l’instrument de notre libération, avec une prime de 20 % qui constitue une véritable obscénité politique pour la liste arrivée en tête, même avec une seule voix de majorité (0,01 % ?), et un mode de fonctionnement garantissant au moins pour SIX ans la stabilité de cette démocratie croupion.

    Au nom de quoi le gouvernement français pourrait-il à la fois justifier le respect de l’engagement pris par le candidat François Hollande de faire abroger purement et simplement l’ensemble de la réforme territoriale sarkozyste, pour 98 des 100 départements français et 25 des 27 régions de France, et le refus de toucher à la queue de cette réforme, pas moins sarkozyste que son corps, pour les deux seules collectivités de Guyane et de Martinique ?

    Pour respecter la volonté de la population ou celle des élus qui prétendent parler en son nom ? Le président du PPM, président du Conseil régional et de la coalition qui dirige cette assemblée, assure que cette loi serait un compromis, une notion tout à fait acceptable et même recommandable dans une situation aussi délicate que la nôtre et qui pourrait donc se comprendre, si ce qui était en jeu, ce n’était pas la mise à mort sans phrase de la représentation des cantons et, finalement, de nos communes, qui constituent le noyau dur de la démocratie territoriale parce qu’elles sont historiquement les plus anciennes et politiquement les plus stables de nos institutions.

    De quel compromis, d’ailleurs ? Les partisans du scrutin proportionnel intégral sur l’ensemble du territoire, MIM-RDM, et ceux d’une proportionnelle cantonale (???) sur neuf sections (PPM-EPNM) se seraient mis d’accord sur le découpage du pays en quatre sections au lieu de neuf. Inappréciable progrès que cette transformation de quatre circonscriptions prévues pour un scrutin uninominal majoritaire pour les élections législatives en quatre sections pour un scrutin de liste proportionnel pour notre nouvelle assemblée ! On ne se moque pas davantage de l’électeur.

    Ce compromis serait intervenu dans la commission mixte mise en place en juin 2010 par le Conseil régional, qui venait d’être élu (mars 2010), et le Conseil général, qui devait sortir neuf mois plus tard, en mars 2011. Non seulement cet accord n’a jamais été validé par le Congrès des deux assemblées auquel il devait être soumis, mais aucune de ces deux assemblées n’a eu à en débattre avant le vote du Parlement en juillet 2011. Claude Lise, au Sénat, et Alfred Marie-Jeanne, à l’Assemblée nationale, ont d’ailleurs voté contre cette loi, qui n’a jamais fait l’objet d’un compromis quelconque entre élus martiniquais.

    Et pas seulement à cause de l’obscénité de la prime de 20 %. Voir à ce sujet l’appréciation générale du rapport de Didier Laguerre, secrétaire général du PPM et responsable du groupe EPNM à cette Commission mixte et actuel suppléant de Serge Letchimy dans la circonscription du Centre : « Si quelques points de convergence ont pu être dégagés sur des aspects mineurs, nous en sommes restés à une mosaïque de positions différentes, voire divergentes… Je prends acte de l’échec de cette commission. » (Compte rendu de la commission mixte des élus du Conseil régional et du Conseil général, par Didier Laguerre, 16 septembre 2011.)

    En réalité, la loi du 27 juillet est un cadeau empoisonné de Sarkozy à la Martinique et à la Guyane pour diviser la gauche martiniquaise un peu plus qu’elle ne l’est déjà, même en accentuant le malaise dans sa propre famille, en tout cas à la Martinique, où la droite n’en finit pas d’avaler des couleuvres grosses comme des boas et de se déconsidérer chaque jour un peu plus, malgré les habits neufs dont elle voudrait parfois se couvrir ou l’éclair de lucidité et de courage qui peuvent illuminer de temps en temps la fameuse opacité de ce qui lui tient lieu de corpus politique.

    La gauche martiniquaise et, en tout cas, les progressistes martiniquais n’ont absolument pas le droit d’être, si peu que ce soit, complices de cette résistible dérive qui peut conduire n’importe où, sauf à l’autonomie et au socialisme dont nous rêvons.

    Autant nous devons être décidés à contribuer à la consolidation de la victoire de François Hollande et de la gauche française en assurant à son Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, et à son gouvernement la plus large majorité possible à l’Assemblée nationale, autant nous entendons demeurer vigilants quant à l’usage qui pourrait être fait par ceux que nous aurons envoyés siéger à l’Assemblée nationale.

    Les électeurs de gauche doivent poser clairement deux questions à tous les candidats et, d’abord, bien entendu, à ceux qui se réclament de la gauche :

    1. Êtes-vous pour ou contre le mode de scrutin prévu par la loi de juillet 2011 et pour cette prime obscène de 20 % accordée à la liste arrivée en tête, même avec une seule VOIX de majorité ?
    2. Êtes-vous pour ou contre un mode de scrutin mixte, proportionnel et majoritaire, qui garantisse à la fois la représentation de tous les courants politiques présents dans notre pays et celle de nos communes ?

    C’est sans état d’âme que nous n’accorderons notre confiance à aucun candidat qui refusera de s’engager clairement pour l’abrogation pure et simple de toute la réforme territoriale de Sarkozy, y compris, par conséquent, en ce qui concerne la Martinique, et pour une redéfinition, au niveau des élus martiniquais d’abord, des conditions du passage de notre statut actuel à celui de collectivité unique que nous avons souhaitée en 2010.

    En quoi nous sommes fidèles à l’idée qu’on se faisait autrefois, à gauche, du processus de ce passage : on discute d’abord, on négocie ensuite et on vote après, une fois le peuple parfaitement informé du contenu de la discussion et des résultats de la négociation. C’est la seule façon d’éviter la dépolitisation rampante dont nous sommes menacés, l’éloignement progressif des électeurs des consultations électorales qui les intéresseront de moins en moins s’ils ont le sentiment que les décisions sont pensées sans eux et parfois malgré eux, quand ce n’est pas contre eux.

    Le Robert, 03/06/2012

    Édouard de Lépine

    Note de la rédaction

    Ce texte nous a été adressé par un lecteur (MP), qui nous rappelle qu’en 2012, les problématiques de nature politique préoccupaient encore les militants. Mais que sont devenus ces militants politiques, tant de droite que de gauche ?

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