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    la situation budgétaire de la CTM : une interview de Serge de Serge Letchimy.

    septembre 25, 2026

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    Oui, la crise budgétaire et financière était évitable en Martinique avec le recours à la veille et à l’analyse prospective !

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    Politique

    la situation budgétaire de la CTM : une interview de Serge de Serge Letchimy.

    septembre 25, 2026Aucun commentaire
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    Letchimy

    Depuis la la divulgation du rapport de la Chambre régionale des comptes sur la situation budgétaire de la Collectivité territoriale de Martinique, Antilla s’est attaché à rassembler le maximum d’informations pour permettre à ses lecteurs de comprendre la situation. les questions de finances publiques, la terminologie employée, sont complexes.
    Parallèlement à ce travail pédagogique, nous avons adressé au président du conseil exécutif, Serge Letchimy, un questionnaire écrit, afin d’obtenir des réponses précises et motivées, sans approximation possible. Il nous avait demandé d’attendre le 24 pour nous les retourner : il a tenu parole. Nous les publions dans la foulée.
    Gérard Dorwling-Carter  

    1. La responsabilité de l’exécutif actuel

    Question : Vous affirmez que votre mandature a hérité du déséquilibre financier de la CTM. Après cinq années d’exercice du pouvoir, quelle part de la situation actuelle attribuez-vous encore à cet héritage et quelle part assumez-vous au titre des décisions prises depuis 2021 ?

    Réponse :

    « Je veux d’abord rappeler une réalité essentielle : nous ne sommes pas arrivés en 2021 devant une page blanche. Nous avons trouvé une Collectivité déjà profondément fragilisée, avec des déséquilibres structurels, des stocks anciens, une programmation financière insuffisamment maîtrisée et de graves insuffisances en matière de fiabilité comptable

    Question :

    La dette est passée d’environ 744 millions d’euros en 2021 à 977 millions, soit une hausse de 28 %. Quels investissements précis ont été financés par ces 233 millions d’euros supplémentaires et quelle part de cet endettement a servi à compenser l’insuffisance d’épargne de la CTM ?

    Réponse :

    « Il faut d’abord remettre les bons chiffres dans leur réalité comptable. Entre 2015 et 2021, la dette de la CTM a progressé de 485 millions d’euros et, entre 2021 et 2025, l’encourt de l’emprunt a progressé de 157 millions d’euros soit plus de 2 fois moins. De plus, ces 157 millions d’euros ne représentent pas une enveloppe de 233 millions d’euros que l’on pourrait affecter, projet par projet, à telle ou telle dépense.

     

    Premier volet du plan d’optimisation voté len juin 2025 produit déjà des résultats. Au 30 juillet 2026, près de 75 millions d’euros de mesures avaient été effectivement mises en œuvre, avec un effet structurel estimé à 26,4 millions d’euros sur notre capacité d’autofinancement. À cela s’ajoutent 20,8 millions d’euros de mesures en cours, susceptibles de générer près de 10,8 millions d’euros supplémentaires  d’amélioration structurelle. 

    Mais nous considérons que ce premier effort n’est pas suffisant. C’est précisément le sens du volet 2 du plan d’optimisation des dépenses et des recettes.

    Et je veux insister sur un point : il ne s’agit plus simplement d’un document de travail ou d’intentions administratives. Lors de la séance plénière de l’Assemblée de Martinique des 24 et 25 septembre, plusieurs délibérations relevant de secteurs différents ont étésoumises au vote afin de traduire concrètement ce deuxième volet du plan d’optimisation. Nous entrons donc dans une nouvelle phase : celle de la mise en œuvre de décisions structurelles destinées à réduire durablement certaines dépenses, optimiser nos recettes et restaurer notre épargne.

    Le document de préparation du volet 2 identifie jusqu’à 78,5 millions d’euros de réductions de dépenses ou de recettes supplémentaires, avec 34 millions d’euros de mesures potentiellement actionnables dès 2027. Ces propositions couvrent plusieurs champs d’intervention de la Collectivité et ont précisément vocation à être traduites, après arbitrages, dans des décisions opérationnelles. 

    Notre horizon reste 2030, mais le redressement commence maintenant. Le PPI 2026-2029, la prospective financière 2026-2030, le plan de trésorerie et les deux volets successifs du plan d’optimisation constituent désormais une seule et même trajectoire financière. 

    Notre engagement est de retrouver progressivement une épargne suffisante pour financer davantage nos investissements sur nos ressources propres, limiter le recours à l’emprunt et engager une réduction durable de notre niveau d’endettement. »

    4. Le réaménagement des emprunts

    Question :

    La Chambre estime que le réaménagement de seize emprunts sur vingt ans entraînera 54,5 millions d’euros de frais financiers supplémentaires et reportera la charge sur les générations futures. Pourquoi avoir retenu cette solution et quelles autres options avaient été étudiées ?

    Réponse :

    « Le réaménagement de la dette est une décision de gestion financière qui doit être regardée dans son ensemble. Nous avions devant nous environ 304 millions d’euros de capital restant dû sur seize emprunts, avec des échéances concentrées sur une période très courte. 

    Dans une Collectivité déjà fragilisée, confrontée à une baisse de son épargne et à des obligations sociales majeures, nous avions deux possibilités : laisser se former un véritable mur de remboursement qui aurait brutalement comprimé les politiques publiques et l’investissement, ou lisser une partie de cette charge pour retrouver temporairement des marges de manœuvre.

    Nous avons choisi de sécuriser la trajectoire financière à court et moyen terme. Oui, cette décision a un coût à long terme. La Chambre l’évalue à 54,5 millions d’euros supplémentaires sur toute la durée de l’opération. Je ne le conteste pas. Mais ce coût doit être rapproché du gain immédiat de capacité financière : le plan d’optimisation évalue à près de 14,8 millions d’euros l’allègement lié au réaménagement.

    Ce réaménagement n’est cependant pas une solution permanente. Il nous a donné du temps. Ce temps doit maintenant être utilisé pour diminuer l’emprunt nouveau, augmenter l’épargne et réduire l’encours. C’est exactement le sens des décisions prises en 2026.»

    5. Les entreprises payées avec quatre mois de retard

    Question :

    Le délai moyen de paiement de la CTM atteint 131 jours, contre un délai réglementaire de 30 jours. Quel est aujourd’hui le montant total des factures en attente, combien d’entreprises sont concernées et à quelle date vous engagez-vous à revenir sous les 30 jours ?

    Réponse :

    « Je veux être très clair : un délai moyen de paiement de 131 jours n’est pas satisfaisant. Une entreprise, particulièrement une TPE ou une PME martiniquaise, ne doit pas avoir à supporter pendant plusieurs mois les conséquences des lenteurs administratives de la Collectivité.

    Mais il faut également regarder d’où nous partons et les transformations qui ont été engagées.Lorsque nous sommes arrivés en responsabilité en 2021, le délai global de paiement était déjà de près de 65 jours, soit plus de deux fois le délai réglementaire de 30 jours. La chaîne de la dépense présentait donc déjà des fragilités structurelles. La situation s’est ensuite fortement dégradée à partir de 2023, notamment dans le contexte de la cyberattaque qui a profondément désorganisé le système d’information et le fonctionnement administratif de la CTM. En 2025, le délai global atteint 131,7 jours. 

    Notre responsabilité n’est évidemment pas de nous satisfaire de cette explication. Elle est de transformer durablement une organisation qui ne fonctionnait pas suffisamment bien. C’est précisément pour cette raison que nous avons engagé, dès 2024, une réforme profonde de toute la chaîne de la dépense, avec notamment la création du Service facturier, le SFACT, associant directement la CTM et la Direction régionale des finances publiques. 

    Le SFACT constitue un changement important de méthode. Des agents de la CTM et de la DRFiP travaillent au sein d’une même organisation de traitement de la dépense. Ce dispositif est opérationnel depuis 2025. Il est encore récent et la Chambre considère elle-même qu’il convient d’en mesurer les résultats sur une année pleine. Mais nous disposons déjà d’un enseignement très important : le délai de traitement comptable est désormais stabilisé autour de huit jours. 

    Cela nous permet d’identifier précisément le problème : aujourd’hui, l’essentiel du retard ne se situe plus au stade du paiement par le comptable public, mais dans les étapes administratives qui précèdent le mandatement. C’est donc maintenant sur cette partie de la chaîne que nous devons concentrer nos efforts.

    Nous avons également engagé un travail directement avec les fournisseurs. La CTM a notamment diffusé un guide de facturation rappelant les informations indispensables afin d’éviter que des factures incomplètes ou mal orientées soient rejetées et repartent dans un nouveau cycle de traitement. 

    Le SFACT n’est donc pas une réponse cosmétique. C’est une modification structurelle de notre organisation financière. Mais je veux être tout aussi clair : la création d’un outil ne suffit pas. Ce qui compte maintenant, ce sont ses résultats.

    Notre objectif reste le retour au délai réglementaire de 30 jours. Je ne souhaite simplement pas annoncer une date qui ne serait pas étayée par une trajectoire opérationnelle précise. Je préfère que nous présentions une diminution vérifiable, mois après mois, jusqu’au retour à la norme. Car derrière une facture en attente, il y a une entreprise, des salariés et parfois une trésorerie extrêmement fragile. Réduire nos délais de paiement est donc à la fois un impératif de bonne gestion publique et un enjeu économique pour la Martinique. »

    6. La progression des dépenses de personnel

    Question :

    Les charges de personnel sont passées de 229 à 263 millions d’euros alors que les effectifs auraient diminué d’environ 3 %. Quelle part de cette augmentation résulte des décisions nationales et quelle part provient des recrutements, promotions et choix d’organisation effectués par la CTM ?

    Réponse :

    « Il faut d’abord corriger une idée qui pourrait s’installer à la lecture de ces chiffres : l’augmentation de la masse salariale ne résulte pas d’une augmentation globale des effectifs. Entre 2021 et 2024, les charges de personnel sont effectivement passées d’environ 229 millions à 263 millions d’euros, mais dans le même temps les effectifs totaux de la Collectivité ont diminué de 2,83 %. 

    Comment l’expliquer ? D’abord par des décisions nationales qui s’imposent à toutes les collectivités : revalorisation du point d’indice, garantie individuelle du pouvoir d’achat, relèvement du minimum de traitement, attribution de points d’indice supplémentaires ou encore évolution des cotisations sociales.

    La Chambre chiffre l’impact des principales mesures nationales à environ 5,1 millions d’euros en 2022, près de 10 millions en 2023 et 7,8 millions en 2024, soit près de 23 millions d’euros cumulés sur trois exercices. 

    Mais un autre facteur est essentiel : la pyramide des âges de notre administration et le poids du glissement vieillesse-technicité. Une administration dont une part importante des agents avance dans sa carrière supporte mécaniquement un coût salarial plus élevé, même sans recruter davantage : progressions d’échelon, avancements, évolution indiciaire et agents plus nombreux dans les niveaux supérieurs de rémunération. C’est précisément ce que recouvre le GVT. La Chambre estime d’ailleurs que le GVT représente 29,6 % des principaux facteurs d’évolution de la masse salariale sur la période examinée. 

    Cette question de la pyramide des âges va devenir de plus en plus importante dans les prochaines années. Nous savons qu’une vague de départs à la retraite se prépare dans plusieurs métiers. À titre d’exemple, le travail actuellement conduit dans le cadre du deuxième plan d’optimisation anticipe le départ de 70 agents techniques territoriaux des établissements d’enseignement dans les deux prochaines années. 

    Notre enjeu est donc double : maîtriser la masse salariale sans déstabiliser le service public, et profiter progressivement des départs naturels pour réexaminer l’organisation, les besoins et les remplacements poste par poste.

    Nous ne souhaitons pas appliquer une règle aveugle consistant à ne remplacer personne. Certains métiers sont indispensables et certaines compétences doivent absolument être conservées. En revanche, chaque départ doit désormais constituer l’occasion de se poser trois questions : le poste doit-il être remplacé à l’identique ? Peut-il être redéployé ? L’organisation du service peut-elle être revue ?

    Il faut également rappeler que nous avons déjà fait évoluer la structure de l’emploi. Les effectifs non permanents ont diminué de 24,5 %, même si les emplois permanents ont progressé de 3,5 % et que le recours aux contractuels a augmenté sur certains métiers. 

    Je ne dirai donc pas que toute l’augmentation de la masse salariale est imputable à l’État. Ce serait inexact. Il existe également des décisions de gestion, des évolutions de carrière et des recrutements que nous assumons. Mais il serait tout aussi faux de présenter les 34 millions d’euros d’augmentation comme le résultat d’une politique d’embauche massive : les effectifs ont diminué, tandis que la Collectivité a subi près de 23 millions d’euros de mesures nationales en trois ans et le poids d’un GVT significatif lié notamment à une population administrative vieillissante.

    7. La dette envers la CAF

    Question :

    La Chambre retient une dette de 183,2 millions d’euros envers la CAF, tandis que la CTM estime que 122,5 millions ont déjà été comptabilisés et que seuls 60,7 millions restent à intégrer. Acceptez-vous de publier un rapprochement ligne par ligne, validé par le comptable public, afin de mettre fin à cette controverse ?

    Réponse :

    « Oui, parce qu’il faut mettre fin aux confusions sur cette question. Je veux d’abord être absolument clair : la CTM ne conteste pas l’existence de la dette de 183,2 millions d’euros envers la CAF. Elle la reconnaît et elle l’apure.

    La question porte sur son traitement comptable et, surtout, sur le calcul de la capacité d’autofinancement. Sur les 183,2 millions d’euros, 122,5 millions avaient déjà été comptabilisés en 2024. Les retrancher une seconde fois dans le calcul de la CAF reviendrait donc à les comptabiliser deux fois. La correction complémentaire porte ainsi sur 60,7 millions d’euros. 

    Il ne s’agit donc pas d’une bataille pour nier une dette. Il s’agit d’une exigence élémentaire de sincérité : une charge ne peut pas être comptée deux fois.

    Depuis décembre 2025, les échéances prévues par le protocole sont honorées, parallèlement au paiement des acomptes courants du RSA et du RSO. Je n’ai donc aucune objection à ce qu’un rapprochement comptable précis soit présenté avec le comptable public : encours total, sommes déjà rattachées, charge résiduelle et échéancier d’apurement. La transparence est ici la meilleure réponse. »

    8. La fiabilité des comptes

    Question 

    Huit des dix recommandations formulées en 2021 sur la fiabilité des comptes n’auraient pas été suivies d’effet. Comment expliquez-vous ce retard, notamment l’écart de 6,99 milliards d’euros entre l’inventaire patrimonial de la CTM et celui du comptable public, et qui en porte la responsabilité administrative et politique ?

    Réponse

    « Cette question illustre probablement le mieux la profondeur du passif que nous avons trouvé. L’écart de 6,99 milliards d’euros est évidemment considérable. Mais il faut expliquer ce qu’il signifie : il ne s’agit pas de 6,99 milliards d’euros “disparus”. Il s’agit d’un écart entre l’inventaire patrimonial tenu par l’ordonnateur et l’état de l’actif tenu par le comptable public.

    La Chambre elle-même qualifie cet écart d’historique et relève l’absence de transmission régulière des flux d’inventaire nécessaires au rapprochement comptable. Ce problème ne s’est donc pas constitué en 2021. Il résulte de nombreuses années d’accumulation, notamment depuis la fusion des anciennes collectivités. Cela ne nous exonère pas. Nous aurions dû aller plus vite sur certains de ces chantiers.

    Mais aujourd’hui, le processus est engagé : schéma directeur immobilier et énergétique, intégration de l’inventaire dans le système d’information financier, rapprochement par familles de biens, accompagnement par le conseiller aux décideurs locaux, automatisation des amortissements, plan de provisions et pilotage spécifique de la qualité comptable.

    Le travail commence d’ailleurs à produire des effets : après les éléments complémentaires transmis par la Collectivité, la Chambre a elle-même requalifié cinq recommandations initialement considérées comme non mises en œuvre en recommandations partiellement mises en œuvre. 

    Notre engagement est simple : les quinze recommandations de la Chambre seront mises en œuvre et l’Assemblée de Martinique sera régulièrement informée de leur état d’avancement. »

    9. La responsabilité de l’État

    Question :

    Vous invoquez la baisse des dotations de l’État, qui auraient reculé de 7,4 % entre 2021 et 2024. Mais les recettes fiscales de la CTM ont progressé de 10,3 % pendant la même période. Quel montant précis du déficit attribuez-vous à la sous-compensation des dépenses sociales par l’État et quel montant relève directement des choix de gestion de la CTM ?

    Réponse :

    « Il faut être extrêmement précis, parce que derrière les pourcentages se trouvent des évolutions très différentes. Oui, les ressources fiscales propres de la CTM ont progressé de 10,3 % entre 2021 et 2024. Mais parallèlement, les ressources institutionnelles, c’est-à-dire les dotations et participations, se sont contractées de 7,4 % sur la période. 

    Et lorsque l’on regarde les montants année par année, on mesure la brutalité du choc subi en 2024 : ces ressources sont passées de 343,8 millions d’euros en 2023 à 274,1 millions en 2024, soit près de 70 millions d’euros de ressources institutionnelles en moins en un an. 

    Je veux néanmoins être rigoureux : ces 70 millions ne correspondent pas à une baisse de 70 millions de la seule DGF de l’État. La catégorie “ressources institutionnelles” regroupe différentes dotations et participations. En revanche, ce chiffre illustre bien la volatilité et la contraction de ressources sur lesquelles la Collectivité doit pouvoir compter pour équilibrer ses finances.

    La Chambre reconnaît d’ailleurs elle-même que l’évolution de ces dotations influence directement la trésorerie et la capacité d’autofinancement de la CTM. Mais l’enjeu majeur va encore au-delà des dotations : c’est celui de la compensation des dépenses de solidarité nationale que la CTM assume concrètement.

    La Martinique connaît un vieillissement particulièrement rapide de sa population, une forte demande sociale et des dépenses obligatoires sur lesquelles la Collectivité dispose de très peu de marges de manœuvre. Les dépenses à caractère social représentent environ 44 % de nos charges de gestion, soit en moyenne plus de 400 millions d’euros par an. Et, sur ces dépenses, le reste à charge est considérable.

    Pour la seule année 2024, une lettre d’intention cosignée le 7 avril 2025 avec la ministre chargée de l’Autonomie et du Handicap a constaté un reste à charge de 39,7 millions d’euros pour l’APA et 35,9 millions pour la PCH. Cela représente 75,6 millions d’euros pour ces deux prestations seulement, sur une seule année. 

    Lorsque la CTM doit mobiliser 75,6 millions d’euros de ses propres ressources pour financer deux allocations relevant de politiques nationales de solidarité qui ne sont pas compensées à hauteur de leur coût réel, ces 75,6 millions ne sont plus disponibles pour constituer de l’épargne, entretenir les routes, rénover les établissements scolaires, soutenir les communes ou financer nos investissements. Cet effet se répète d’année en année.

    Il serait peu sérieux d’analyser la situation financière de la CTM comme si elle résultait exclusivement de décisions locales en faisant abstraction de dizaines de millions d’euros de dépenses sociales obligatoires restant chaque année à notre charge.

    D’ailleurs, l’État et la CTM ne donnent pas exactement la même lecture de la situation. Dans une réponse parlementaire publiée en mars 2025, le Gouvernement souligne qu’en 2023 la CTM a reçu notamment 144,4 M€ de DGF départementale et 44,3 M€ de dotation globale de décentralisation, et considère que l’ensemble des concours de l’État et de la fiscalité reversée a progressé entre 2020 et 2024. 

    Mais cette réponse ne fait pas disparaître la question centrale : les recettes transférées peuvent progresser et rester malgré tout insuffisantes face à la dynamique réelle des dépenses sociales obligatoires. C’est précisément pour cela que nous demandons non pas un traitement de faveur, mais une compensation mieux adaptée aux réalités démographiques et sociales de la Martinique.

    Notre position est donc simple : nous assumons totalement ce qui relève de notre gestion, mais l’État doit également assumer le coût réel des solidarités nationales qu’il confie aux collectivités. »

    10. Les conséquences concrètes du redressement

    Question :

    La CTM annonce 75 millions d’euros de mesures d’optimisation, mais seulement 26,4 millions auraient un effet structurel. Dans le même temps, les investissements sont réduits de 40,2 millions. Quels projets seront maintenus, reportés ou abandonnés, et accepterez-vous de publier chaque trimestre un tableau distinguant les économies annoncées, engagées et effectivement réalisées ?

    Réponse :

    « Il faut d’abord préciser les termes du débat. Les près de 75 millions d’euros annoncés correspondent bien à des mesures mises en œuvre au 30 juin 2026. Ce montant comprend des économies, des recettes nouvelles, des cofinancements et les effets du réaménagement de dette.

    Parmi ces mesures, 26,4 millions d’euros ont un effet structurel annuel sur notre capacité d’autofinancement. À cela s’ajoutent plus de 20,8 millions d’euros de mesures en cours, susceptibles de produire 10,8 millions d’euros supplémentaires d’effet structurel. 

    Dire que seuls 26,4 millions seraient “réels” serait donc inexact. Les 75 millions sont des mesures réalisées ; les 26,4 millions mesurent leur effet récurrent annuel sur l’épargne. Ce sont deux indicateurs différents.

    Nous allons maintenant plus loin avec un second plan d’optimisation. Les pistes à l’étude représentent jusqu’à 69,2 millions d’euros de réductions de dépenses ou de recettes nouvelles sur 2027 et 2028. Ce redressement implique forcément des arbitrages. Nous ne pouvons plus maintenir indistinctement tous les dispositifs au même niveau, comme si la situation financière ne s’était pas dégradée.

    Mais notre principe est clair : protéger d’abord les politiques essentielles, les investissements structurants et les populations les plus fragiles ; revoir en priorité les dépenses non obligatoires, les dispositifs dont le niveau dépasse très fortement les références comparables, les doublons, les dépenses insuffisamment ciblées et les marges de fonctionnement de nos satellites.

    S’agissant des 40,2 millions d’euros d’investissements reprogrammés, la liste précise des opérations maintenues, reportées ou rephasées a été présentée dans le cadre de la PPI. 

    Et oui, je suis favorable à ce que nous rendions compte régulièrement des résultats du plan : mesures décidées, mesures engagées, mesures réalisées et effet structurel effectivement constaté sur notre épargne. Le redressement financier ne doit pas reposer sur des annonces. Il doit pouvoir être mesuré.

    Lorsque nous sommes arrivés en 2021, nous avons trouvé une Collectivité financièrement fragilisée par des années d’accumulation de déséquilibres, d’engagements et d’insuffisances comptables. Nous avons choisi de ne pas arrêter la Martinique pour autant : nous avons continué à investir, à protéger et à agir. Aujourd’hui, nous ouvrons une deuxième étape : celle du redressement. Je ne nie aucune difficulté, mais je refuse aussi que l’on fasse comme si tout avait commencé en 2021. Notre responsabilité est désormais de réparer ce qui doit l’être, de maîtriser ce qui dépend de nous et de rendre à la CTM des finances durablement soutenables. » 

    . Conclusion

    « Je voudrais terminer en remettant trois réalités au centre du débat. Parce qu’on ne peut pas parler sérieusement des finances de la CTM en regardant uniquement la photographie d’aujourd’hui et en effaçant le point de départ.

    Première réalité : la CTM n’est pas une Collectivité qui, depuis cinq ans, clôturerait systématiquement ses exercices dans le rouge. Oui, notre situation financière est tendue. Oui, notre épargne s’est dégradée. Oui, notre niveau d’endettement nous oblige à agir. Je ne contourne aucun de ces sujets.

    Mais il faut être précis sur les mots et sur les chiffres. Une Collectivité peut présenter un résultat global de clôture positif tout en ayant une épargne insuffisante et une situation financière structurellement fragile. Ce sont deux choses différentes. 

    En 2024, malgré les difficultés, le résultat global de la CTM était encore excédentaire de 2,66 millions d’euros. En 2025, le compte administratif adopté par l’Assemblée affiche à nouveau un résultat global net positif de 3,52 millions d’euros.

    Je le dis parce que dans le débat public, les mots ont un sens : une situation financière fragile n’est pas synonyme de faillite, pas davantage qu’une baisse de l’épargne ne signifie que les comptes de la Collectivité seraient chaque année en déficit.

    Deuxième réalité, et elle est fondamentale : en juillet 2021, nous ne sommes pas arrivés devant une page blanche. Nous avons trouvé un trou financier. Et quand je parle de trou financier, je parle d’une réalité très concrète : plus de 200 millions d’euros de dépenses et d’engagements antérieurs qu’il fallait financer, régulariser et, pour une partie, payer.

    En 2023, la CTM avait évalué à plus de 225 millions d’euros les factures non payées accumulées entre 2015 et 2021. La prospective financière 2026-2030 retient aujourd’hui une donnée actualisée et comptablement différente : 213,7 millions d’euros d’engagements non financés constatés en juillet 2021, soit environ 22 % des recettes de fonctionnement. Voilà notre point de départ.

    Ce n’était pas un déficit de 213 ou de 225 millions inscrit noir sur blanc sur une ligne d’un compte administratif. C’était précisément plus compliqué : un stock considérable d’engagements déjà pris, mais dont le financement devait encore être trouvé. Autrement dit, nous avons commencé cette mandature avec plus de 200 millions d’euros de passif financier à absorber. Et il fallait l’absorber sans mettre la Martinique à l’arrêt. C’est cela, la réalité de 2021. Et ce n’est pas une excuse : c’est le point de départ. On ne peut pas juger le chemin parcouru en effaçant la ligne de départ.

    Troisième réalité : la crise financière que nous connaissons n’est pas une singularité martiniquaise. Elle révèle aussi une crise beaucoup plus profonde du modèle de financement des collectivités qui exercent des compétences départementales.

    Regardons les chiffres nationaux. En 2024, l’épargne brute des départements français a chuté de 32,2 % en une seule année. Leurs dépenses de fonctionnement ont augmenté de 3,9 %, alors que leurs recettes ne progressaient que de 0,2 %. Leur dette nette a augmenté de 7,1 % et leur capacité moyenne de désendettement est passée de 4,2 à 6,7 années. Cela montre bien qu’il existe un problème structurel national. Pourquoi ? Parce que les départements et les collectivités comme la nôtre doivent financer des dépenses sociales obligatoires, rigides et croissantes alors qu’une partie de leurs recettes est volatile et dépend fortement de la conjoncture.

    Et la Martinique subit ce phénomène avec une intensité particulière en raison de sa démographie, de son vieillissement et du poids de ses dépenses sociales. Nous consacrons plus de 400 millions d’euros par an en moyenne aux dépenses sociales, qui représentent environ 44 % de nos charges de gestion. 

    Nous devons réduire nos dépenses lorsqu’elles peuvent l’être et nous devons mieux recouvrer nos recettes pour retrouver de l’épargne. Nous devons éalement réduire progressivement notre dépendance à l’emprunt. Nous devons améliorer nos délais de paiement et continuer à remettre de l’ordre dans nos comptes. C’est précisément pour cela que nous avons engagé le premier plan d’optimisation et que nous allons maintenant plus loin avec son deuxième volet, avec le PPI, la prospective financière 2026-2030 et le plan de trésorerie.

    On peut discuter de nos choix, on peut contester nos décisions, mais on ne peut pas effacer le point de départ. Nous avons commencé cette mandature avec un trou financier de plus de 200 millions d’euros d’engagements à absorber. Cinq ans plus tard, ce passif a été progressivement pris en charge, les comptes globaux récents restent positifs et un redressement structurel est engagé. Le véritable enjeu maintenant est d’aller au bout de ce redressement et de rendre à la CTM les moyens financiers d’agir durablement pour la Martinique. »

     

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    Audience plénière de la CTM du 24 septembre 2026 – Questions à l’exécutif.

    septembre 24, 2026
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    La Veille des Marchés
    vendredi 25
    septembre
    98 jours
    Entre le vote du tarif 2026 et le jour où il s’applique, il s’écoule trois mois et une semaine.
    25/06/2026 vote
    01/10/2026 application
    Jusqu’à cette date, c’est le tarif de 2025 qui est opposable aux importateurs.
    Sources officiellesvérifiées
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