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    Actualité Caraïbe

    Ce que la Caraïbe voisine nous apprend de nous-mêmes

    septembre 23, 2026Aucun commentaire
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    Le secrétariat de la CARICOM publie depuis 1973 les chiffres du commerce de ses États membres. On les lit peu en Martinique. Pourtant ils décrivent des îles qui, pour plusieurs d’entre elles, vendent d’abord à leurs voisins. La Martinique siège à la Communauté comme membre associé depuis juin 2026, mais elle n’apparaît dans aucun de ces tableaux. En 2025, elle a vendu à ses voisins caribéens étrangers pour moins de cinq millions d’euros.

    Les tableaux du programme statistique régional de la CARICOM couvrent cinquante-deux ans, de 1973 à 2024. Ils donnent pour chaque pays membre ses exportations, ses importations, et la part de ce commerce faite avec les autres membres. Nous avons retenu huit pays : Trinité-et-Tobago, le Guyana, la Barbade, la Jamaïque, la Grenade, la Dominique, Sainte-Lucie et Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Tous les montants sont exprimés en dollars des États-Unis, et l’année de référence est 2024, la dernière publiée.

    Repères
    +1,12 Md $ US
    excédent de Trinité-et-Tobago avec la CARICOM en 2024, le seul des huit pays
    74,8 %
    des exportations de Saint-Vincent vendues à la CARICOM en 2024
    1,2 %
    pour le Guyana, dont le pétrole brut fait 81,1 % des ventes
    0,6 %
    des exportations martiniquaises vont aux membres de la CARICOM (2025)

    Un seul excédent sur huit

    Trinité-et-Tobago est le seul des huit à vendre davantage à la Communauté qu’il ne lui achète. En 2024, son excédent avec les autres membres atteint 1,12 milliard de dollars des États-Unis, pour 1,28 milliard d’exportations vers la région. Le solde de Trinité avec la CARICOM est positif chaque année depuis 1973, cinquante-deux années sur cinquante-deux.

    Les sept autres sont déficitaires en 2024. Le Guyana l’est de 1,11 milliard de dollars des États-Unis, la Barbade de 369 millions, la Jamaïque de 269 millions, Sainte-Lucie de 204 millions, la Grenade de 123 millions, la Dominique de 58 millions et Saint-Vincent de 35 millions. Pour la Grenade, Sainte-Lucie et le Guyana, le solde régional n’a été positif aucune des années publiées.

    Solde avec la CARICOM en 2024, en millions de dollars des États-Unis : Trinité-et-Tobago +1 117, Guyana −1 112
    Solde du commerce de marchandises avec les autres membres de la CARICOM, 2024.

    Des îles qui vendent d’abord à leurs voisins

    Saint-Vincent-et-les-Grenadines a vendu 74,8 % de ses exportations de marchandises à la CARICOM en 2024, soit 42,6 millions de dollars des États-Unis sur 56,9 millions. La région est son principal marché, et de loin. En 1973, cette part n’était que de 34,7 %.

    La Dominique suit, avec 54,1 % de ses exportations vendues dans la Communauté en 2024 (16,0 millions de dollars des États-Unis sur 29,5 millions). Viennent ensuite la Barbade (34,8 %), Sainte-Lucie (33,2 %) et la Grenade (29,1 %).

    Les montants restent modestes, de 12,7 millions de dollars des États-Unis pour la Grenade à 160,6 millions pour la Barbade. Mais la région absorbe de 29 % à 75 % des ventes de ces cinq îles à l’étranger.

    Part des exportations vendue à la CARICOM : Saint-Vincent 74,8 %, Dominique 54,1 %, Guyana 1,2 %, Martinique 0,6 %
    Part des exportations vendue aux États membres de la CARICOM. La Martinique figure pour comparaison, en 2025.

    Le Guyana, tourné vers le monde

    Le Guyana fait l’inverse. En 2024, la CARICOM n’a représenté que 1,2 % de ses exportations. Le pays a exporté près de trois fois ce qu’il a importé : son taux de couverture atteint 293,6 %.

    L’écart tient à l’échelle. Les exportations du Guyana sont passées de 1,17 milliard de dollars des États-Unis en 2014 à 20,03 milliards en 2024, dans la foulée de la mise en production de ses gisements pétroliers en mer, fin 2019. Les ventes à la région ont elles aussi progressé, de 124 millions à 244 millions sur la même période, mais leur part s’est effondrée. Elle était de 20,5 % en 2004.

    Part régionale des exportations de 1973 à 2024 : Saint-Vincent 74,8 %, Dominique 54,1 %, Guyana 1,2 % en 2024
    Cinquante ans de commerce régional : trois trajectoires.

    Ce que vendent ceux qui vendent

    Les déclarations douanières des pays eux-mêmes disent ce qui se cache derrière ces parts. Deux familles se dessinent.

    Le Guyana, Trinité-et-Tobago et la Jamaïque vendent leur sous-sol et ce qu’ils en tirent. En 2024, le pétrole brut représente 81,1 % des exportations du Guyana, loin devant l’or (4,3 %) et le riz (1,3 %). Trinité exporte la chimie de son gaz : pétrole brut (20,4 %), méthanol (17,2 %), ammoniac (15,9 %), fer de réduction directe (7,1 %) et engrais azotés (5,2 %). La Jamaïque tire 39,2 % de ses ventes de l’alumine.

    Les petites îles vendent ce qu’elles transforment pour leurs voisines. Saint-Vincent exporte d’abord de la farine de blé (26,8 % de ses exportations en 2023) et des aliments pour animaux (16,6 %). Toute la farine part vers d’autres membres de la CARICOM, Antigua, Sainte-Lucie, la Dominique, la Barbade et Saint-Kitts en tête, et 96 % des aliments pour animaux suivent la même route. Ces deux produits portent, selon nous, l’essentiel de la part régionale de l’île. La Grenade a le même profil en 2024 : farine (16,3 %), aliments pour animaux (10,4 %), puis la muscade (8,4 %).

    La Dominique vend des bananes (12,5 % de ses exportations en 2023), du savon (10,8 %) et des tubercules (8,7 %). Son savon part à 99 % dans la Communauté, du Guyana à Saint-Vincent. La Barbade exporte des carburants (36,0 % en 2024), qu’elle ne raffine pas et réexporte selon nous, puis du rhum et des spiritueux (10,5 %) et des médicaments (5,7 %). Sainte-Lucie, dont la dernière année déclarée est 2020, vendait d’abord de la bière (15,2 %) et des bananes (7,9 %).

    Tableau des principaux produits exportés par nos voisins, en part des exportations
    Les principaux produits exportés, dernière année déclarée par chaque pays.

    Côté martiniquais, le rhum et les spiritueux forment le premier poste publié : 56,6 millions d’euros en 2025, 13,4 % des exportations. La Barbade et la Jamaïque vendent le même produit.

    La Martinique, absente des colonnes

    La Martinique est devenue membre associé de la CARICOM le 16 juin 2026, et a pris place pour la première fois à la conférence des chefs de gouvernement, en juillet à Sainte-Lucie. Les tableaux du secrétariat ne comptent que les États membres : elle n’y figure pas.

    Les chiffres des douanes françaises permettent de la placer à côté des autres. En 2025, la Martinique a exporté pour 422,5 millions d’euros de marchandises et en a importé pour 3,45 milliards. Son taux de couverture, 12,2 %, est du même ordre que celui de la Dominique ou de Saint-Vincent en 2024 (11,3 % chacune).

    Les débouchés, eux, n’ont rien de comparable. Plus de quatre exportations martiniquaises sur cinq (80,8 %) partent vers l’Hexagone et les autres départements d’outre-mer. Les ventes aux pays étrangers de la Caraïbe et du continent voisin totalisent 4,7 millions d’euros en 2025, soit 1,1 % des exportations. Réduites aux seuls membres de la CARICOM (Sainte-Lucie, Saint-Vincent et la Dominique), elles tombent à 2,7 millions d’euros, 0,6 % du total. Les chiffres martiniquais sont en euros et portent sur 2025, ceux de la CARICOM en dollars des États-Unis et sur 2024 : la comparaison porte sur des parts, pas sur des montants.

    Du sable, surtout

    Ce que la Martinique vend à ses voisins, c’est d’abord du tonnage. En 2025, elle a expédié 60 800 tonnes vers Sainte-Lucie pour 1,40 million d’euros, et 49 200 tonnes vers Saint-Vincent pour 1,17 million. À 23 euros la tonne environ, ce sont du sable et des granulats, des matériaux de construction en vrac. S’y ajoutent 1,95 million d’euros vers la partie néerlandaise de Saint-Martin. Toutes destinations confondues, Guadeloupe comprise, la Martinique a exporté en 2025 394 200 tonnes de sable pour 7,0 millions d’euros, et 39 600 tonnes de graviers et de pierres concassées pour 1,0 million.

    Dans l’autre sens, la Martinique a acheté aux membres de la CARICOM pour 25,5 millions d’euros en 2025, principalement au Suriname (11,8 millions) et à Trinité-et-Tobago (9,8 millions). Son solde avec la Communauté s’établit donc à moins 22,8 millions d’euros. Si elle figurait dans le tableau du secrétariat, elle rejoindrait la colonne des déficitaires.

    Si la Martinique figurait dans le tableau du secrétariat, elle rejoindrait la colonne des déficitaires comme d’autres.

    Ses vrais voisins commerciaux sont français. En 2025, la Martinique a vendu pour 118,5 millions d’euros à la Guyane, 53,7 millions à la Guadeloupe et 4,1 millions à Saint-Barthélemy, soit 176,2 millions d’euros : trente-huit fois ce qu’elle a vendu à l’ensemble de ses voisins étrangers.

    Exportations de la Martinique en 2025 : Guyane 118,5 M€, Guadeloupe 53,7 M€, Dominique 0,14 M€
    Exportations de la Martinique vers ses voisins en 2025.

    La Dominique, voisine sans échanges

    La Dominique est la plus proche voisine de la Martinique, de l’autre côté du canal qui porte son nom. En 2025, les deux îles ont échangé moins de 300 000 euros de marchandises : la Martinique lui a vendu pour 144 000 euros (108 tonnes) et lui a acheté pour 150 800 euros (60 tonnes). De 2019 à 2025, les expéditions martiniquaises vers la Dominique n’ont jamais dépassé 636 tonnes par an, niveau atteint en 2019. Aucun vrac ne circule entre les deux îles : le sable et les granulats martiniquais partent vers la Guadeloupe, Sainte-Lucie et Saint-Vincent.

    La Dominique vend bien des matériaux aux Antilles françaises, mais à la Guadeloupe. En 2025, celle-ci lui a acheté 22 300 tonnes de marchandises pour 830 000 euros, soit 37 euros la tonne environ. Selon nous, il s’agit pour l’essentiel de graviers et de pierres concassées : la Guadeloupe en a importé 30 200 tonnes la même année, à un prix à la tonne voisin. Ce flux atteignait 29 500 tonnes en 2023 et 10 900 tonnes en 2024.

    L’île qui écoule 54,1 % de ses exportations dans la CARICOM (2024) n’a vendu à la Martinique que pour 150 800 euros en 2025.

    Pourquoi si peu ?

    Selon nous, plusieurs raisons se cumulent. La Martinique produit peu de biens destinés à l’export, et les principaux, la banane et le rhum, sont vendus en Europe dans des circuits établis de longue date. Ses coûts de production, salaires et normes compris, sont ceux d’une région européenne, ce qui place ses produits au-dessus des prix pratiqués chez ses voisins. Les lignes maritimes qui la desservent sont d’abord tournées vers l’Europe, et le fret entre îles reste rare et coûteux.

    Ce sont des hypothèses de travail. Les séries de la CARICOM montrent en revanche une chose sans ambiguïté : des îles plus petites que la Martinique trouvent chez leurs voisins de 29 % à 75 % de leurs débouchés. L’adhésion de juin 2026 donne à la Martinique une place à la table. En 2025, ses ventes aux membres de la Communauté pesaient 2,7 millions d’euros : c’est son point de départ.

    Philippe Pied

    Sources

    Cet article s’appuie exclusivement sur des sources officielles : statistiques publiées par les institutions régionales, les administrations nationales et les administrations françaises. Les mesures chiffrées qui ne sont pas reprises d’un tiers sont les nôtres.

    Toute demande de précision : contact@veilledesmarches.com

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    Vérifié au 23 septembre 2026.

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