3 questions à Louis Boutrin -Avocat, président de Martinique-Écologie
à propos de la conférence organisée le 3 septembre
2026 à l’hôtel de l’assemblée, avenue des Caraïbes , à Fort-de-Fort-de-France,
1. Pourquoi organiser, pour cette rentrée, un forum citoyen sur les zones franches ? Que peut en attendre la Martinique ?
La Martinique traverse une crise économique, sociale et démographique profonde. Nos entreprises subissent les effets de l’éloignement, de l’insularité, de l’étroitesse du marché ainsi que du coût de l’énergie et des importations. Dans le même temps, notre territoire perd chaque année des habitants, notamment des jeunes et des compétences. Nous devons donc rechercher de nouveaux instruments capables de relancer la production, l’investissement et l’emploi.
Ce forum citoyen a précisément pour ambition d’ouvrir le débat au-delà du cercle des spécialistes. Il réunira trois approches complémentaires. Claude Gelbras présentera son plaidoyer en faveur d’une zone franche globale. David Zobda, maire du Lamentin et président de DÉFIA, expliquera comment une zone franche peut s’inscrire dans une véritable politique d’aménagement économique. Pour ma part, je présenterai le cadre juridique actuel, ses possibilités, mais aussi ses limites.
Notre objectif n’est pas de promettre une solution miracle, mais de soumettre au débat une proposition sérieuse, juridiquement réalisable et économiquement utile. Une zone franche ne doit pas se réduire à un avantage fiscal : elle doit devenir un véritable outil de transformation de la Martinique.

J’invite donc les chefs d’entreprise, les artisans, les agriculteurs, les professionnels, les élus, les étudiants et, plus largement, tous les citoyens intéressés par l’avenir économique de la Martinique à participer à cette réflexion collective, le 3 septembre 2026, à 18 heures, à l’ancien Conseil général.
2. La comparaison avec la Corse et Mayotte montre-t-elle qu’il existe plusieurs modèles de zones franches ? Quel modèle faudrait-il construire pour la Martinique ?
Oui. Il n’existe pas un modèle unique de zone franche que l’on pourrait transposer mécaniquement d’un territoire à un autre.
La Corse a bénéficié de dispositifs fiscaux adaptés à son insularité et à ses besoins de développement. Mayotte bénéficie désormais d’un régime exceptionnel, qualifié de zone franche globale, conçu pour répondre à une situation économique et territoriale particulièrement grave. La Martinique, quant à elle, relève déjà du régime des zones franches d’activité nouvelle génération. Mais ce dispositif demeure partiel, sélectif et encore insuffisamment lisible pour de nombreuses entreprises.
Ces expériences démontrent cependant une chose essentielle : lorsque les handicaps particuliers d’un territoire sont établis et qu’une volonté politique existe, le droit national comme le droit européen permettent d’adapter les règles.
Le modèle martiniquais reste donc à construire. Il ne devrait être ni la copie du modèle corse ni celle du modèle mahorais. Il devrait répondre à nos propres priorités : soutenir la production locale, favoriser la création d’emplois durables, reconquérir les espaces économiques délaissés, attirer les investissements, encourager le retour des compétences et permettre à nos entreprises d’exporter davantage dans la Caraïbe.
Je défends ainsi un dispositif à la fois territorial et sectoriel, combinant des mesures fiscales, sociales, financières et foncières. Ces avantages devraient être assortis de contreparties précises en matière d’emploi, de formation, d’investissement et de maintien des activités en Martinique.
La zone franche martiniquaise ne doit pas être une zone sans règles. Elle doit être une zone dans laquelle les règles sont enfin pensées en fonction des réalités de la Martinique.
3. L’énergie pourrait-elle devenir l’un des secteurs stratégiques d’une future zone franche ? Quel est votre point de vue d’écologiste ?





