Par Fabrice Robinet
L’épisode climatique qui réchauffe le Pacifique continue de gagner en puissance et devrait atteindre son maximum à la fin de l’année. Pour la première fois, les prévisions de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) sont presque catégoriques : El Niño devrait persister jusqu’en février 2027, sur fond de températures océaniques exceptionnellement élevées.
Il ne s’agit plus de savoir si El Niño va durer, mais jusqu’où il va monter en puissance. Selon les nouvelles prévisions de l’OMM, le phénomène climatique, déjà solidement installé dans le Pacifique tropical, devrait devenir « très intense » au cours des prochains mois, accroissant les risques de sécheresses, d’inondations et de chaleurs extrêmes à travers le monde.
Les principaux centres mondiaux de prévision convergent désormais avec une rare netteté. La probabilité qu’El Niño persiste jusqu’en février 2027 avoisine désormais les 100 %. Jamais auparavant l’agence météorologique des Nations Unies n’avait émis une prévision avec autant de certitude concernant El Niño ou son homologue plus froid, La Niña.
« El Niño prend des proportions démesurées sous nos yeux. La science ne laisse aucune place au doute : la planète navigue en eaux inconnues, et ces eaux se réchauffent », a averti à cette occasion le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres. « Les températures de surface de la mer augmentent, les températures continuent de grimper et le monde est entré dans la zone dangereuse des phénomènes météorologiques extrêmes ».
Le phénomène devrait continuer à s’intensifier dans les prochains mois avant d’atteindre son maximum vers la fin de l’année, tandis que ses effets devraient se prolonger en 2027.

La probabilité qu’El Niño persiste jusqu’en février 2027 avoisine désormais les 100 %, selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM).
Un immense réservoir de chaleur
El Niño est un phénomène naturel qui revient généralement tous les deux à sept ans. Il se caractérise par un réchauffement des eaux du centre et de l’est du Pacifique équatorial qui modifie la circulation atmosphérique et, par ricochet, les températures et les précipitations à l’échelle planétaire.
Ce qui distingue l’épisode actuel est le contexte dans lequel il se développe, celui d’une planète déjà profondément réchauffée par les émissions de gaz à effet de serre et d’océans exceptionnellement chauds.
L’indice Niño 3.4, l’une des principales mesures utilisées pour suivre le phénomène, affichait une anomalie moyenne de 1,5 °C entre mai et juillet, puis de 2 °C en juillet. Entre la fin juillet et la mi-août, les relevés hebdomadaires ont encore augmenté, oscillant entre 2,2 °C et 2,6 °C au-dessus de la normale.
Plus spectaculaire encore, la chaleur ne se limite pas à la surface. Dans certaines parties du Pacifique tropical, les températures sous-marines ont dépassé de plus de 8 °C les normales en juillet et au début d’août. Cette accumulation de chaleur sous la surface conforte les prévisions d’une nouvelle intensification d’El Niño au cours des prochains mois.
Des effets très inégaux
Un El Niño très intense ne signifie toutefois pas que toutes les régions connaîtront des catastrophes de même ampleur. Ses conséquences varient selon les territoires et les saisons et sont également influencées par d’autres phénomènes océaniques et atmosphériques.
Pour la période allant de septembre à novembre, les modèles de l’OMM prévoient néanmoins des températures supérieures à la normale sur la quasi-totalité des terres émergées. Les régimes de précipitations devraient eux aussi porter plus nettement l’empreinte d’El Niño, augmentant les risques de fortes pluies dans certaines régions et de sécheresse dans d’autres.
La situation pourrait être encore modifiée par le développement attendu d’une phase positive du dipôle de l’océan Indien, une oscillation climatique susceptible de renforcer ou d’atténuer certains effets d’El Niño. L’Atlantique tropical devrait également rester plus chaud que la normale.






