Oui, mais cette envie ne sera plus automatique. L’intelligence artificielle rend l’accès au savoir presque instantané : elle résume un livre, explique une théorie, compare des auteurs et répond à nos questions. Le risque est évident : confondre l’obtention rapide d’une réponse avec l’acquisition d’une culture.
Or se cultiver ne consiste pas seulement à accumuler des informations. Lire, c’est accepter la lenteur d’un raisonnement, rencontrer une pensée qui résiste, entrer dans une langue et parfois demeurer avec une question sans réponse immédiate. Un résumé peut restituer l’intrigue d’un roman ; il ne donne ni sa musique, ni ses silences, ni l’expérience intérieure de sa lecture.
L’IA pourrait donc produire deux effets opposés. Employée comme un raccourci permanent, elle risque d’affaiblir l’attention, la mémoire et le goût de l’effort intellectuel. Nous saurons peut-être davantage de choses, mais de manière plus superficielle. Nous pourrions devenir très informés sans être véritablement cultivés.
Mais utilisée comme un passeur, elle peut aussi ouvrir des portes. Elle permet de comprendre un texte difficile, de replacer une œuvre dans son époque, de découvrir des auteurs inconnus ou de construire un parcours de lecture adapté à sa curiosité. Elle peut conduire au livre plutôt que prétendre le remplacer.
La véritable question n’est donc pas de savoir si l’IA supprimera la lecture, mais si nous lui abandonnerons notre curiosité. Une machine peut nous fournir des connaissances ; elle ne peut pas décider à notre place de ce qui mérite d’être approfondi, admiré, contesté ou transmis.
Dans un monde où les réponses seront abondantes, la culture deviendra peut-être encore plus précieuse. Elle permettra de distinguer ce qui est vrai de ce qui est seulement vraisemblable, ce qui est essentiel de ce qui est simplement disponible.
Nous continuerons à lire si nous comprenons que lire ne sert pas uniquement à savoir : cela sert à penser par soi-même et à devenir autre. Gdc





