Le travail auquel se livre l’ensemble de la rédaction d’Antilla a pour seul objet d’éclairer les lecteurs et de leur permettre de comprendre, à partir de données vérifiées, la situation budgétaire de la Collectivité territoriale de Martinique. Il ne s’agit ni de distribuer les responsabilités de manière sommaire ni de prendre parti dans la controverse politique. À cet égard, le débat de l’Assemblée plénière prévu le 24 septembre ne saurait se réduire à un affrontement personnel entre Daniel Marie-Sainte et Serge Letchimy. Il devra porter sur le fond : l’évolution réelle de la dette, l’origine des déséquilibres, la fiabilité des comptes, les responsabilités successives et la crédibilité des mesures de redressement proposées.
Encours financier de 2015 à 2025
La dette financière consolidée de la Collectivité territoriale de Martinique est passée de 484,8 millions d’euros fin 2015, montant cumulé de la dette de l’ancienne Région et de l’ancien Département, à 1,044 milliard d’euros fin 2025. Elle a ainsi augmenté de 559,8 millions d’euros, soit 115,5 %. La série ci-dessous retient l’encours au 31 décembre de chaque année et distingue l’année électorale 2021, qui relève des deux exécutifs.
Évolution annuelle
| Année | Mandature | Encours en M€ | Évolution annuelle |
| 2015 | Dette héritée Région et Département | 484,8 | – |
| 2016 | Alfred Marie-Jeanne | 559,9 | +75,2 M€ et +15,5 % |
| 2017 | Alfred Marie-Jeanne | 566,6 | +6,7 M€ et +1,2 % |
| 2018 | Alfred Marie-Jeanne | 673,9 | +107,3 M€ et +18,9 % |
| 2019 | Alfred Marie-Jeanne | 669,6 | -4,3 M€ et -0,6 % |
| 2020 | Alfred Marie-Jeanne | 747,2 | +77,6 M€ et +11,6 % |
| 2021 | Année de transition | 849,4 | +102,2 M€ et +13,7 % |
| 2022 | Serge Letchimy | 881,7 | +32,2 M€ et +3,8 % |
| 2023 | Serge Letchimy | 920,4 | +38,7 M€ et +4,4 % |
| 2024 | Serge Letchimy | 954,8 | +34,5 M€ et +3,7 % |
| 2025 | Serge Letchimy | 1 044,5 | +89,7 M€ et +9,4 % |
Source :
OFGL, calculs établis à partir des balances comptables de la DGFiP. Les montants sont arrondis au dixième de million d’euros. A noter que OFGL signifie Observatoire des finances et de la gestion publique locales.Il rassemble et analyse les données financières des collectivités territoriales à partir, notamment, des balances comptables de la Direction générale des finances publiques. Il est placé auprès du Comité des finances locales. L’OFGL n’est pas une juridiction de contrôle comme la Chambre régionale des comptes. C’est un organisme public d’observation statistique. Pour la dette de la CTM, ses données permettent de connaître l’encours comptabilisé au 31 décembre de chaque année.
DGFiP signifie Direction générale des finances publiques. C’est une administration de l’État, rattachée au ministère chargé des Finances. Pour les collectivités territoriales, elle assure notamment : la tenue des comptes par l’intermédiaire des comptables publics ; l’encaissement des recettes et le paiement des dépenses ; le contrôle de la régularité comptable des opérations ; la production des balances comptables utilisées par l’OFGL.
Ainsi, les chiffres de dette publiés par l’OFGL sont calculés à partir des données comptables provenant de la DGFiP.
Comparaison des mandatures
Sous la première mandature, l’encours est passé de 484,8 millions d’euros fin 2015 à 747,2 millions fin 2020, soit une augmentation de 262,5 millions d’euros et de 54,1 % avant l’année électorale.
À la clôture de 2021, il atteint 849,4 millions d’euros. Cette dernière variation ne peut cependant pas être imputée intégralement à un seul exécutif.
Sous la mandature actuelle, entre fin 2021 et fin 2025, la dette consolidée augmente de 195,1 millions d’euros, soit 23 %. Sur le seul budget principal, elle passe de 849,4 millions à 1,006 milliard d’euros, soit 156,8 millions supplémentaires et une progression de 18,5 %. La différence constatée en 2025 provient d’une dette de 38,3 millions portée par le budget annexe Très haut débit.
Le traitement de l’année 2021
L’année 2021 doit être isolée dans toute comparaison politique. Le nouvel exécutif a été installé en juillet. En outre, 105 millions d’euros d’emprunts encaissés en 2021 correspondaient à des restes à réaliser inscrits en 2020. Le CÉSECÉM indique que 230 millions d’euros d’emprunts avaient été prévus, que 125 millions avaient été mobilisés en 2020 et que les 105 millions restants avaient été reportés sur 2021. Le stock constaté fin 2021 résulte donc, pour une part déterminante, de décisions de la première mandature.
Le rapport de la Chambre régionale des comptes
Le corps du rapport numéro 23 indique un encours de 744,4 millions d’euros en 2021 et de 977,1 millions en 2025. Ces valeurs ne constituent pas une série annuelle homogène. L’annexe financière du même rapport retient 849,4 millions d’euros en 2021, 881,7 millions en 2022, 920,4 millions en 2023 et 954,8 millions en 2024. Ces quatre montants correspondent exactement, à l’arrondi près, aux comptes de la DGFiP repris par l’OFGL.
Le rapport précise par ailleurs que les données financières de 2025 n’avaient pas pu être traitées lors du contrôle. Les données OFGL publiées en juillet 2026 sont donc plus récentes. Elles établissent l’encours 2025 à 1,006 milliard d’euros pour le budget principal et à 1,044 milliard pour l’ensemble consolidé. Le seuil du milliard d’euros a ainsi été franchi dès 2025 et non en 2026.
Le périmètre de la dette
L’encours présenté ici est un stock de dette financière au 31 décembre. Il couvre les emprunts bancaires et dettes assimilées du budget principal et des budgets annexes. Il ne mesure ni les nouveaux emprunts de la seule année ni l’ensemble des sommes dues aux fournisseurs et organismes sociaux.
La dette de 183,2 millions d’euros envers la Caisse d’allocations familiales relève d’un autre périmètre comptable. Elle ne doit pas être ajoutée mécaniquement à l’encours financier présenté dans le tableau. Enfin, aucun encours réalisé au 31 décembre 2026 n’est encore disponible. Toute donnée avancée pour 2026 constitue une prévision budgétaire et non un résultat annuel arrêté.
En résumé – Il faut distinguer le stock total de dette et l’augmentation imputable à chaque mandature.
Exécutif | Point de départ | Point d’arrivée | Augmentation |
Alfred Marie-Jeanne, fin 2015 à fin 2020 | 484,8 M€ | 747,2 M€ | +262,5 M€ |
Serge Letchimy, fin 2021 à fin 2025 | 849,4 M€ | 1 044,5 M€ | +195,1 M€ |
Pour Marie-Jeanne, il faut ajouter une précision : 105 M€ d’emprunts décidés en 2020 ont été encaissés en 2021. En les rattachant politiquement à l’ancienne mandature, les décisions d’endettement associées à celle-ci atteindraient environ 367,5 M€ au-delà de la dette héritée. Ce chiffre n’est toutefois pas un accroissement net, car les remboursements effectués en 2021 doivent également être pris en compte.
La présentation la plus rigoureuse est donc :
Marie-Jeanne : +262,5 M€ constatés jusqu’à fin 2020, auxquels s’ajoutent 105 M€ engagés en 2020 et encaissés en 2021.
Letchimy : +195,1 M€ de dette consolidée entre fin 2021 et fin 2025. Sur le seul budget principal, l’augmentation est de 156,8 M€.





