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    Repère

    Évolution de la dette de la CTM sous les deux dernières mandatures. 

    septembre 19, 2026Mise à jourseptembre 19, 2026Aucun commentaire
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    Le travail auquel se livre l’ensemble de la rédaction d’Antilla a pour seul objet d’éclairer les lecteurs et de leur permettre de comprendre, à partir de données vérifiées, la situation budgétaire de la Collectivité territoriale de Martinique. Il ne s’agit ni de distribuer les responsabilités de manière sommaire ni de prendre parti dans la controverse politique. À cet égard, le débat de l’Assemblée plénière prévu le 24 septembre ne saurait se réduire à un affrontement personnel entre Daniel Marie-Sainte et Serge Letchimy. Il devra porter sur le fond : l’évolution réelle de la dette, l’origine des déséquilibres, la fiabilité des comptes, les responsabilités successives et la crédibilité des mesures de redressement proposées.

    Encours financier de 2015 à 2025

    La dette financière consolidée de la Collectivité territoriale de Martinique est passée de 484,8 millions d’euros fin 2015, montant cumulé de la dette de l’ancienne Région et de l’ancien Département, à 1,044 milliard d’euros fin 2025. Elle a ainsi augmenté de 559,8 millions d’euros, soit 115,5 %. La série ci-dessous retient l’encours au 31 décembre de chaque année et distingue l’année électorale 2021, qui relève des deux exécutifs.

    Évolution annuelle

    AnnéeMandatureEncours en M€Évolution annuelle
    2015Dette héritée Région et Département484,8–
    2016Alfred Marie-Jeanne559,9+75,2 M€ et +15,5 %
    2017Alfred Marie-Jeanne566,6+6,7 M€ et +1,2 %
    2018Alfred Marie-Jeanne673,9+107,3 M€ et +18,9 %
    2019Alfred Marie-Jeanne669,6-4,3 M€ et -0,6 %
    2020Alfred Marie-Jeanne747,2+77,6 M€ et +11,6 %
    2021Année de transition849,4+102,2 M€ et +13,7 %
    2022Serge Letchimy881,7+32,2 M€ et +3,8 %
    2023Serge Letchimy920,4+38,7 M€ et +4,4 %
    2024Serge Letchimy954,8+34,5 M€ et +3,7 %
    2025Serge Letchimy1 044,5+89,7 M€ et +9,4 %

    Source : 

    OFGL, calculs établis à partir des balances comptables de la DGFiP. Les montants sont arrondis au dixième de million d’euros. A noter que OFGL signifie Observatoire des finances et de la gestion publique locales.Il rassemble et analyse les données financières des collectivités territoriales à partir, notamment, des balances comptables de la Direction générale des finances publiques. Il est placé auprès du Comité des finances locales. L’OFGL n’est pas une juridiction de contrôle comme la Chambre régionale des comptes. C’est un organisme public d’observation statistique. Pour la dette de la CTM, ses données permettent de connaître l’encours comptabilisé au 31 décembre de chaque année.

    DGFiP signifie Direction générale des finances publiques. C’est une administration de l’État, rattachée au ministère chargé des Finances. Pour les collectivités territoriales, elle assure notamment : la tenue des comptes par l’intermédiaire des comptables publics ; l’encaissement des recettes et le paiement des dépenses ; le contrôle de la régularité comptable des opérations ; la production des balances comptables utilisées par l’OFGL.

    Ainsi, les chiffres de dette publiés par l’OFGL sont calculés à partir des données comptables provenant de la DGFiP.

    Comparaison des mandatures

    Sous la première mandature, l’encours est passé de 484,8 millions d’euros fin 2015 à 747,2 millions fin 2020, soit une augmentation de 262,5 millions d’euros et de 54,1 % avant l’année électorale.  

    À la clôture de 2021, il atteint 849,4 millions d’euros. Cette dernière variation ne peut cependant pas être imputée intégralement à un seul exécutif.

    Sous la mandature actuelle, entre fin 2021 et fin 2025, la dette consolidée augmente de 195,1 millions d’euros, soit 23 %. Sur le seul budget principal, elle passe de 849,4 millions à 1,006 milliard d’euros, soit 156,8 millions supplémentaires et une progression de 18,5 %. La différence constatée en 2025 provient d’une dette de 38,3 millions portée par le budget annexe Très haut débit.

    Le traitement de l’année 2021

    L’année 2021 doit être isolée dans toute comparaison politique. Le nouvel exécutif a été installé en juillet. En outre, 105 millions d’euros d’emprunts encaissés en 2021 correspondaient à des restes à réaliser inscrits en 2020.  Le CÉSECÉM indique que 230 millions d’euros d’emprunts avaient été prévus, que 125 millions avaient été mobilisés en 2020 et que les 105 millions restants avaient été reportés sur 2021. Le stock constaté fin 2021 résulte donc, pour une part déterminante, de décisions de la première mandature.

    Le rapport de la Chambre régionale des comptes

    Le corps du rapport numéro 23 indique un encours de 744,4 millions d’euros en 2021 et de 977,1 millions en 2025. Ces valeurs ne constituent pas une série annuelle homogène. L’annexe financière du même rapport retient 849,4 millions d’euros en 2021, 881,7 millions en 2022, 920,4 millions en 2023 et 954,8 millions en 2024. Ces quatre montants correspondent exactement, à l’arrondi près, aux comptes de la DGFiP repris par l’OFGL.

    Le rapport précise par ailleurs que les données financières de 2025 n’avaient pas pu être traitées lors du contrôle. Les données OFGL publiées en juillet 2026 sont donc plus récentes. Elles établissent l’encours 2025 à 1,006 milliard d’euros pour le budget principal et à 1,044 milliard pour l’ensemble consolidé. Le seuil du milliard d’euros a ainsi été franchi dès 2025 et non en 2026.

    Le périmètre de la dette

    L’encours présenté ici est un stock de dette financière au 31 décembre. Il couvre les emprunts bancaires et dettes assimilées du budget principal et des budgets annexes. Il ne mesure ni les nouveaux emprunts de la seule année ni l’ensemble des sommes dues aux fournisseurs et organismes sociaux.

    La dette de 183,2 millions d’euros envers la Caisse d’allocations familiales relève d’un autre périmètre comptable. Elle ne doit pas être ajoutée mécaniquement à l’encours financier présenté dans le tableau. Enfin, aucun encours réalisé au 31 décembre 2026 n’est encore disponible. Toute donnée avancée pour 2026 constitue une prévision budgétaire et non un résultat annuel arrêté.

    En résumé – Il faut distinguer le stock total de dette et l’augmentation imputable à chaque mandature.

    Exécutif

    Point de départ

    Point d’arrivée

    Augmentation

    Alfred Marie-Jeanne, fin 2015 à fin 2020

    484,8 M€

    747,2 M€

    +262,5 M€

    Serge Letchimy, fin 2021 à fin 2025

    849,4 M€

    1 044,5 M€

    +195,1 M€

    Pour Marie-Jeanne, il faut ajouter une précision : 105 M€ d’emprunts décidés en 2020 ont été encaissés en 2021. En les rattachant politiquement à l’ancienne mandature, les décisions d’endettement associées à celle-ci atteindraient environ 367,5 M€ au-delà de la dette héritée. Ce chiffre n’est toutefois pas un accroissement net, car les remboursements effectués en 2021 doivent également être pris en compte.

    La présentation la plus rigoureuse est donc :

    • Marie-Jeanne : +262,5 M€ constatés jusqu’à fin 2020, auxquels s’ajoutent 105 M€ engagés en 2020 et encaissés en 2021.

    • Letchimy : +195,1 M€ de dette consolidée entre fin 2021 et fin 2025. Sur le seul budget principal, l’augmentation est de 156,8 M€.

    L’encours exact au jour de l’alternance, le 2 juillet 2021, n’étant pas publié, il est impossible de répartir parfaitement les 102,2 M€ d’augmentation enregistrés sur l’ensemble de l’année 2021.

    Ces chiffres ressortent de la consultation de 

    L’Observatoire des finances et de la gestion publique locales, Comptes consolidés des régions 2012 à 2025, calculs établis à partir des balances comptables de la DGFiP, données 2025 traitées en juillet 2026.

    De l’Observatoire des finances et de la gestion publique locales, Comptes des régions 2012 à 2025 et comptes consolidés des départements pour la reconstitution de l’encours au 31 décembre 2015.

    Du CÉSECÉM, Avis sur le compte administratif 2020 de la CTM, adopté le 23 juillet 2021.

    De la Chambre régionale des comptes de Martinique et de la réponse de la CTM; il s’agit du rapport numéro 23 transmis pour la séance de l’Assemblée de Martinique du 24 de  septembre 2026, notamment des pages 42, 56 et 80. 

    Gérard Dorwling-Carter

    Post Scriptum:

    Dès la mise en ligne de cet article, un lecteur. Assidu nous a demandé d’insérer la précision suivante. Nous le faisons sans discontinuer, ce débat sur la situation financière de la collectivité étant de la plus haute importance et requérant une attention citoyenne particulière.

    « L’année 2021 ne peut être considérée comme neutre

    L’évolution de la dette de la Collectivité territoriale de Martinique doit être analysée en tenant compte non seulement des dates comptables, mais aussi du calendrier budgétaire et politique. À cet égard, l’année 2021 constitue une année charnière qui ne peut être artificiellement neutralisée ni entièrement imputée au nouvel exécutif.Entre 2015 et 2021, sous la mandature d’Alfred Marie-Jeanne, l’encours de la dette serait passé de 484 millions à 849 millions d’euros. L’augmentation atteint donc 365 millions d’euros, soit une progression d’environ 75 %. Lorsque Serge Letchimy prend ses fonctions, à la fin du mois de juin 2021, le budget de l’exercice a déjà été adopté, dès janvier, par la majorité précédente. Le montant prévisionnel des emprunts et les grands équilibres financiers de l’année ont donc été déterminés avant l’alternance.
    Dans ces conditions, retenir les 849 millions d’euros comme point de départ de la mandature Letchimy ne constitue pas un artifice favorable au nouvel exécutif. Cela permet, au contraire, de distinguer les deux séquences politiques : d’une part, le passage de 484 à 849 millions d’euros sous la précédente majorité ; d’autre part, l’évolution de 849 millions à environ un milliard d’euros sous l’actuelle mandature. Cette seconde augmentation représente environ 150 millions d’euros, soit près de 18 %.

    La comparaison fait apparaître une différence importante : près des trois quarts de l’augmentation enregistrée depuis 2015 se seraient produits avant l’arrivée de Serge Letchimy, contre environ un quart depuis 2021. Autrement dit, l’exécutif actuel n’a pas créé la totalité du milliard d’euros de dette : il a hérité d’un encours qui atteignait déjà approximativement 85 % de ce montant.

    Cette présentation ne doit cependant conduire ni à exonérer la majorité actuelle de sa propre gestion ni à accabler mécaniquement la précédente. Chaque emprunt doit être rapproché des investissements qu’il a financés, de la capacité de remboursement de la CTM et de l’évolution de son épargne. Mais elle impose de ne pas attribuer à Serge Letchimy des décisions budgétaires arrêtées avant son entrée en fonction.

    Pour lever définitivement toute ambiguïté, trois données devraient être publiées : l’encours de dette au 31 décembre 2020, son montant exact au moment de l’alternance de juin 2021 et l’encours au 31 décembre 2021. Il faudrait également distinguer les emprunts simplement autorisés par le budget voté en janvier de ceux effectivement mobilisés avant et après le changement d’exécutif. En effet, le vote d’une autorisation d’emprunt ne signifie pas nécessairement que la totalité de la somme a été encaissée.

    La formulation la plus rigoureuse serait donc la suivante : 2021 n’est pas une année neutre, mais une année de transition dont l’analyse doit tenir compte du budget voté par l’ancienne majorité et des emprunts effectivement mobilisés par chacun des deux exécutifs. Toute autre présentation risquerait de fausser la répartition des responsabilités et, par conséquent, la compréhension de la trajectoire financière de la CTM. » Fin de citation  

     

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