Reconversions & Rémissions • Martinique • 21 octobre 2026
« La reconstruction, elle est à la fois physique, psychologique et sociale. »
Maintenue en petit comité au siège de l’ARS, à l’Étang Z’Abricots, la rencontre du 21 octobre a réuni institutions, associations, soignants et représentants des entreprises autour de l’après-cancer. Pour Juliette Renciot, qui portait l’événement en Martinique, ces échanges doivent nourrir un livre blanc et aider à construire des réponses communes.
Au stade Pierre-Aliker, à Dillon, la manifestation devait réunir les participants toute la journée, avec des échanges et un village associatif. Les mouvements sociaux ont conduit les organisateurs à revoir ce dispositif. Le mercredi 21 octobre, la rencontre « Reconversions & Rémissions » a finalement été accueillie au siège de l’Agence régionale de santé, à Fort-de-France, dans un format réduit.

Pour Juliette Renciot, élue de Fort-de-France et déléguée Martinique du think tank Au-delà de la Résilience France Outre-Mer, il importait de préserver cette rencontre. Elle salue la réponse favorable de l’ARS, tout en regrettant les conséquences du changement de lieu pour les associations. Le village prévu l’après-midi devait leur permettre de présenter leurs actions, notamment dans la lutte contre le cancer et l’activité physique adaptée. Toutes n’ont pas pu être présentes dans ces nouvelles conditions.

Juliette Renciot veut faire entendre tous les acteurs
Le projet qu’elle défend repose sur une méthode : réunir autour d’un même sujet les professionnels de santé, les associations, les institutions et les entreprises, puis confronter leurs expériences. Chacun connaît une partie du parcours. Les soignants accompagnent la maladie, les associations recueillent les difficultés du quotidien, les employeurs interviennent dans les conditions de reprise du travail. Pour Juliette Renciot, les réponses doivent tenir compte de ces différents regards.
Elle insiste particulièrement sur celui des entreprises, trop souvent oublié selon elle. Leur présence permet d’aborder les réalités de la reprise professionnelle et la place que leurs démarches de responsabilité sociale peuvent donner à l’accompagnement des personnes après la maladie.
« Si on ne tient pas compte des uns et des autres, on ne peut pas réfléchir pour avoir des solutions durables. »
Juliette Renciot, déléguée Martinique du think tank Au-delà de la Résilience France Outre-Mer

Un livre blanc pour éclairer les décisions

Cette rencontre doit, dans son esprit, déboucher sur une restitution sous la forme d’un livre blanc. L’objectif est de donner aux institutions une matière issue du terrain, sur laquelle appuyer leurs décisions. Il s’agit encore d’un projet, nourri par les échanges avec les professionnels, les associations et les acteurs économiques.
Juliette Renciot rattache également cette démarche au lien entre les habitants et les institutions. Elle entend le sentiment d’abandon que certains peuvent éprouver et appelle à maintenir le dialogue. Elle cite notamment le CCAS de Fort-de-France parmi les acteurs capables de rechercher des réponses d’urgence. Pour elle, rapprocher les interlocuteurs et tenir compte de la parole de chacun constitue une condition de réponses durables.
Se reconstruire dans toutes les dimensions de sa vie
Les entretiens recueillis lors de la rencontre montrent combien le retour à l’activité dépasse le seul calendrier des traitements. Le docteur Etienne Briand, secrétaire général de l’Union régionale des médecins libéraux de Martinique, insiste sur l’accompagnement global des patientes. Ce chirurgien, qui pratique la reconstruction mammaire, souligne la nécessité de pouvoir se projeter dans l’avenir, retrouver son environnement professionnel ou envisager une reconversion.

« La reconstruction, elle est à la fois physique, psychologique et sociale. »
Dr Etienne Briand, URML Martinique
Il met en avant le rôle des associations, des soins de support et de l’activité physique adaptée. Le docteur Patrick Escarmant, ancien chef du pôle de cancérologie du CHU de Martinique, qui intervient pour le GIP Martinique Santé, rappelle de son côté la place du médecin traitant et la concertation entre spécialistes. Il évoque aussi les actions d’information et de prévention conduites dans les écoles, les associations et les entreprises.

Quand le cancer touche le chef d’entreprise
La situation des dirigeants malades constitue un autre point fort des échanges. Catherine Rodap, présidente du Medef Martinique, décrit l’angoisse qui peut s’ajouter au choc du diagnostic : les salaires restent à verser, les fournisseurs à payer, les emprunts et les loyers à honorer. Comment organiser ses soins lorsque l’entreprise dépend aussi de sa présence ?

Elle demande une meilleure visibilité sur les étapes du parcours de soins et les interlocuteurs disponibles. Connaître les possibilités d’accompagnement peut aider les dirigeantes et les dirigeants à anticiper les conséquences sur leur activité. Elle souhaite aussi que les temps de coopération et d’information se poursuivent régulièrement, au-delà d’Octobre rose.
« Comment rendre l’information sur ce qui se fait accessible à tous et au bénéfice de tous ? »
Catherine Rodap, Présidente du Medef Martinique
Mieux informer les salariés et les employeurs

Laurence Déluge, directrice générale du GIP Martinique Santé, partage cette préoccupation. La maladie du responsable interroge la continuité de l’entreprise et la situation de ses salariés. Elle évoque une réflexion engagée avec le Medef autour d’un guide destiné aux employés comme aux employeurs, pour les aider à comprendre comment réagir face à l’annonce d’un cancer.
Ce guide reste une piste de travail, distincte du livre blanc présenté par Juliette Renciot. Laurence Déluge rappelle que des outils existent déjà, mais que les expériences des patients et des associations font émerger de nouveaux besoins. L’enjeu est de rendre l’information plus accessible au moment où les personnes doivent prendre de nombreuses décisions.
Un accompagnement de proximité dans le Nord
Cette attente d’un accompagnement de proximité trouve un écho dans le témoignage de Fabienne Azerot, présidente d’Elle’s Martinique. Diagnostiquée d’un cancer du sein en 2023, elle raconte avoir identifié, au cours de son parcours, un besoin dans le nord de l’île. Un questionnaire auprès de femmes concernées a conforté son projet d’association, créée avec des proches.

Avec Cindy Modestine, vice-présidente, elle insiste sur les besoins qui persistent après les traitements, y compris dans la vie professionnelle. Toutes deux sont également cheffes d’entreprise au sein de la même structure. Leur message est clair : « aucune femme ne devrait rester seule face à la maladie ».
L’association fonctionne avec des moyens limités. Ses responsables recherchent des soutiens et espèrent, en 2027, développer leur accompagnement et disposer d’un lieu d’accueil. Ce projet rejoint la préoccupation exprimée par Juliette Renciot : faire dialoguer ceux qui connaissent les besoins et ceux qui peuvent contribuer à y répondre.
Une rencontre maintenue au siège de l’ARS
Un programme réorganisé. Prévue sur toute une journée au stade Pierre-Aliker, à Dillon, la manifestation a été accueillie en petit comité au siège de l’ARS, à l’Étang Z’Abricots, en raison des mouvements sociaux. Le programme initial annonçait notamment des tables rondes sur le parcours de soins, de l’annonce du cancer à la rémission, puis sur la reconstruction physique, psychologique et sociale.

Les prises de parole à l’ouverture. Annie Chandey pour la Ville de Fort-de-France, Yolaine Largen pour la CTM, Lorette Luce pour Amazone Martinique, Catherine Rodap pour le Medef, Jean José Julien pour Cyparis, Laurence Déluge pour le GIP Martinique Santé et Gaëlle Disy, secrétaire générale de l’ARS Martinique, ont participé à l’ouverture officielle.

Des institutions et des associations autour de la table. Parmi les participants et intervenants figuraient également Catherine Michalon, pour la Ville de Fort-de-France ; Joëlle Félixine Belloiseaux, pour la CAF ; Fatiha Nehal et le docteur Patrick Escarmant, pour le GIP Martinique Santé ; Audrey Pomier Flobinus, directrice de cabinet du GIP ; le docteur Etienne Briand, pour l’URML ; ainsi que Fabienne Azerot, pour Elle’s Martinique. Juliette Renciot portait la rencontre au titre du think tank Au-delà de la Résilience France Outre-Mer, dont Charles Nebot est également membre.
Les échanges ont rapproché des expériences médicales, associatives et professionnelles autour d’une même question : comment mieux accompagner la vie après le cancer ? Leur prolongement attendu, à travers le livre blanc et les outils envisagés, sera de transformer ces constats en réponses utiles aux personnes concernées.
Philippe Pied et Roland Dorival




