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    Home » Aux grands hommes (noirs) la patrie reconnaissante
    Tribunes

    Aux grands hommes (noirs) la patrie reconnaissante

    mars 22, 2021Aucun commentaire
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    KEYSTONE-FRANCE VIA GAMMA-KEYSTONE VIA GETTY IMAGES

    J’appelle à l’entrée de Gaston Monnerville au Panthéon. À part Félix Éboué et Alexandre Dumas, comment expliquer qu’aussi peu d’hommes et de femmes incarnant notre diversité y soient inhumés?


    Huguette Tiegna
    Députée du Lot (LREM) et ingénieure de formation

    Le Général de Gaulle (à droite), Gaston Monnerville, président du Sénat (au centre) et Michel Debré, président du Conseil (à gauche) sortant dans les jardins du Palais de l’Élysée à Paris, le 1 juin 1960. (Photo by Keystone-France\Gamma-Rapho via Getty Images)

    2021 marquera le 30e anniversaire de la disparition de Gaston Monnerville. Vous ne le connaissez pas? C’est normal. La République, qui lui doit pourtant tant de sacrifices et de dévouement, l’a oublié. Un homme noir, parmi les trop rares députés et ministres issus de la diversité, engagé volontaire dans les deux guerres mondiales, résistant de la première heure, représentant de la France à Londres lors de la création de l’O.N.U, grand commis de l’État, serviteur de la Nation, Président du Sénat, pourquoi n’en parle-t-on jamais? Est-ce dû à sa couleur de peau? Son lieu de naissance? Ses origines sociales? Il fut comme moi élu du Lot. Aujourd’hui, j’estime qu’il est de mon devoir de lui rendre l’hommage, la renommée et le respect qu’il mérite. C’est pourquoi j’appelle à une panthéonisation de Gaston Monnerville.

    Petit-fils d’esclaves, fils des Outre-mer, né en Guyane à 7000 km de Paris, issu de parents modestes, il a défendu nombre de nos principes fondamentaux, dont l’école laïque et républicaine, fondamentale à ses yeux pour rassembler les citoyens. Sa mémoire nous rappelle la nécessité de résorber les fractures territoriales qui se sont creusées au cours des dernières décennies. Cet homme ne considérait pas la politique en termes de partis politiques. C’était un rassembleur et sa démarche doit aujourd’hui nous guider.

    Ne passons donc pas à côté de cet anniversaire et rattrapons le temps perdu, avant qu’il ne soit vraiment trop tard. Reconnaissons enfin publiquement ce fils des Outre-mer. Il serait bon que notre Président de la République, dans sa politique d’apaisement des mémoires, puisse aider à souscrire à cet hommage, pour voir Gaston Monnerville renaître à la lumière et servir d’exemple à nos jeunes. Ne laissons pas seuls les Outre-mer porter une part de notre Histoire commune, de nos luttes et victoires qui ont vu s’inscrire en lettres d’or en nos cœurs tant de noms venus de loin porter l’étendard de nos valeurs républicaines.

    Le Panthéon a pour mission de rendre un hommage posthume à des citoyens éminents, c’est le temple d’une mémoire républicaine et le miroir des visages de notre identité nationale. Alors, comment expliquer qu’à part Félix Éboué et Alexandre Dumas aussi peu d’hommes et de femmes incarnant le reflet de la diversité de nos origines y soient inhumés? Pourquoi la France n’est-elle pas capable de montrer à ses enfants que, peu importe leur couleur, ils ont leur place dans notre société, à la tête de nos institutions, dans nos mémoires. Il est tant que cela change. La France d’aujourd’hui se conjugue au pluriel.

     Il serait bon que notre Président de la République, dans sa politique d’apaisement des mémoires, puisse aider à souscrire à cet hommage.

     Chères citoyennes, chers citoyens, élues, élus, lorsque notre patrimoine historique et culturel est riche de personnalités qui incarnent aussi justement les principes qui nous guident, il faut savoir leur rendre hommage. L’amnésie mémorielle n’est pas acceptable. Trop de femmes et d’hommes en lesquels nos jeunes, en perte de repères, auraient pu s’identifier sont devenus absents de nos manuels d’Histoire et espaces publics. Il est de notre responsabilité de préserver leur récit, de le transmettre aux nouvelles générations. Apprendre pour ne pas reproduire les erreurs du passé, se souvenir ensemble pour construire un avenir harmonieux où chacun aura sa place. Dans un contexte où les violences envers les minorités augmentent, témoigner collectivement de notre gratitude envers un citoyen descendant d’esclaves serait un geste fort et rassembleur; à ce grand homme la patrie reconnaissante.

    Ensemble, il nous faut faire justice et réparation à toutes ces femmes et hommes oubliés de la République et commençons maintenant par Gaston Monnerville qui, plus que bien d’autres, mérite sa place au Panthéon.

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