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    Le Regard de Gdc

    CTM, dix ans après : quand France-Antilles rejoint le diagnostic.

    juillet 29, 2026Mise à jourjuillet 29, 2026Aucun commentaire
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    Un article de France-Antilles daté du 21 juillet dresse un bilan sévère mais nuancé de la Collectivité Territoriale de Martinique. Son constat rejoint, presque point par point, l’analyse que défend ANTILLA depuis des mois : la crise de la CTM n’est pas un simple échec de dirigeants, mais le produit d’une réforme inachevée et de contraintes structurelles. La convergence mérite qu’on s’y arrête.

    Il est rare que des médias aux sensibilités différentes convergent sur un diagnostic aussi précis. France-Antilles publie une lecture des dix premières années de la CTM qui dépasse la litanie habituelle – retards de paiement, lourdeurs, défiance – pour remonter aux causes : une fusion institutionnelle jamais achevée, un déséquilibre de gouvernance, des contraintes budgétaires croissantes et un choc démographique majeur. C’est, à peu de choses près, la grille que nous défendons ici depuis plusieurs mois. 

    Cette rencontre n’est pas anodine : elle dessine les contours d’un diagnostic partagé, au-delà des clivages politiques, susceptible de fonder un débat public enfin adulte sur l’avenir de la Collectivité.

    Une fusion qui n’a jamais fait culture commune

    Créée en 2015 par la fusion du Conseil général et du Conseil régional, la CTM devait simplifier l’action publique, supprimer les doublons et gagner en efficacité. Dix ans plus tard, elle est devenue le réceptacle de toutes les critiques. Mais l’essentiel se joue en amont du politique : les deux administrations d’origine ont conservé leurs méthodes, leurs pratiques, parfois leurs logiques, sans véritable transformation organisationnelle. 

    On a superposé deux maisons sans construire la troisième. 

    À ce défaut d’ingénierie s’ajoute un déséquilibre institutionnel : le pouvoir se concentre au Conseil exécutif, tandis que l’Assemblée de Martinique peine à exercer sa mission de contrôle.

     Une réforme qui affaiblit le contrôle démocratique tout en concentrant l’exécution porte en elle-même une part de ses dysfonctionnements.

    La responsabilité, dès lors, est collective et successive. Elle engage les concepteurs de la réforme, la première mandature conduite par Alfred Marie-Jeanne – qui a légué à ses successeurs une situation financière difficile –  et la majorité élue en 2021 autour de Serge Letchimy sur la promesse de réformer l’institution, désormais comptable de ses résultats. 

    Distribuer les torts n’a d’intérêt que pour éclairer les responsabilités ; il ne s’agit pas de désigner un coupable unique, ce qui serait commode et faux.

    L’effet de ciseaux : une autonomie financière en trompe-l’œil

    Le cœur du problème est budgétaire. La CTM affiche un budget de 1,519 milliard d’euros, mais sa liberté d’action est minime : 

    en 2026, plus de 95 % de ses dépenses de fonctionnement sont contraintes.   

     Elles résultent  d’obligations légales ou d’engagements contractuels. 

    Les seules politiques de solidarité pèsent plus de 400 millions d’euros, quand les compensations de l’État demeurent notoirement insuffisantes. 

     La part de l’État a même reculé de plus de 30 millions dans le budget 2026.

     C’est la définition même de l’effet de ciseaux : les dépenses obligatoires progressent plus vite que les recettes propres, et l’espace stratégique se referme d’exercice en exercice.

    Les indicateurs de soutenabilité confirment la tension.

     La capacité de désendettement approche 23,7 ans, très au-delà du seuil de 15 ans considéré comme préoccupant ;

     l’épargne nette, ce qui reste réellement pour investir une fois la dette honorée, est tombée autour de 14,6 millions d’euros — dérisoire pour un territoire de 355 000 habitants ;

     les dépenses d’intervention absorbent 58 % des recettes de fonctionnement. Le plan d’optimisation engagé (92 millions visés sur 2025-2026, plus de 60 déjà réalisés) a permis un compte administratif 2025 en léger excédent global, +3,52 millions d’euros. Résultat réel, mais fragile : un colmatage vertueux qui ne modifie pas la structure du bâti.

    On a superposé deux maisons sans jamais construire la troisième.

    Le choc démographique, multiplicateur silencieux

    Aucune analyse financière de la CTM n’a de sens sans sa toile de fond démographique. Au 1er janvier 2025, la Martinique compte 355 500 habitants ; elle a perdu quelque 25 400 personnes en une décennie, l’équivalent de Schœlcher et du Diamant réunis, au rythme de 0,7 % par an. 

    Les soldes naturel et migratoire sont négatifs pour la cinquième année consécutive. Surtout, la structure d’âge bascule : 35 % de la population a 60 ans ou plus — record des régions françaises pour la troisième année de suite – et l’indice de vieillissement est passé de 0,75 à 1,26 entre 2015 et 2025.

    Ce basculement agit comme un multiplicateur : il gonfle mécaniquement les dépenses d’autonomie et d’accompagnement social au moment précis où le départ des jeunes diplômés et des actifs érode l’assiette fiscale, les compétences disponibles et le potentiel de développement. Moins de contribuables, plus d’ayants droit : l’effet de ciseaux budgétaire n’est que la traduction comptable d’un ciseau démographique. 

    La CTM ne gère pas une mauvaise passe conjoncturelle ; elle administre une transition de long terme sans en avoir les moyens transférés.

    Du diagnostic partagé à la question de fond

    La convergence entre France-Antilles et ANTILLA n’est pas une coïncidence éditoriale : elle signale qu’un seuil de lucidité collective est peut-être atteint. Reste à en tirer les conséquences: il existe un écart persistant entre la Collectivité telle qu’elle fut décrétée en 2015 – instrument de simplification et d’efficacité – et la Collectivité telle qu’elle fonctionne réellement, prise dans ses contraintes héritées. La crise de la CTM est d’abord l’écart entre ces deux réalités.

    Dix ans après, la vraie question n’est donc plus d’instruire le procès du passé, mais d’établir si l’institution est capable de se réformer elle-même : achever la fusion administrative, rééquilibrer les pouvoirs au profit du contrôle, et surtout renégocier avec l’État le partage de la charge démographique. Faute de quoi le consensus qui émerge aujourd’hui dans l’opinion ne servira qu’à mieux constater, ensemble, une impuissance annoncée. Le diagnostic est mûr ; il attend son traitement.

    Prochaines élections de la CTM en Martinique

    Les prochaines élections de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM) sont prévues en mars 2028. Elles permettront d’élire les 51 membres de l’Assemblée de Martinique, qui désigneront ensuite le président et les membres du Conseil exécutif.

    La campagne devrait principalement porter sur le bilan de la mandature, l’évolution institutionnelle, la situation financière de la CTM, la maîtrise des dépenses publiques, le développement économique, la démographie, la vie chère, l’eau et les transports.



    Au-delà des clivages politiques, un critère de crédibilité s’imposera à tous les candidats.

    La CTM connaît  – on l’a vu -des difficultés structurelles liées à sa création, son organisation et à son fonctionnement : gouvernance, efficacité administrative, soutenabilité financière, qualité des services publics, articulation entre l’Assemblée et le Conseil exécutif, ainsi que capacité d’investissement et de décision.


    Dans ces conditions, tout candidat qui ne proposera pas un programme précis, réaliste et chiffré pour résoudre les problèmes de fonctionnement de la Collectivité elle-même pourra difficilement être considéré comme crédible.

    Avant de promettre de nouvelles politiques publiques, il devra démontrer comment rendre la CTM plus performante, plus réactive et financièrement soutenable. C’est à cette condition que les engagements pris devant les électeurs pourront être effectivement mis en œuvre.

    LES CHIFFRES 

    Budget primitif 2026 : 1,519 Md€. Plus de 95 % des dépenses de fonctionnement contraintes ; solidarité > 400 M€.

    Désengagement de l’État : − 30 M€ dans le budget 2026. Compte administratif 2025 : excédent global net de +3,52 M€.

    Capacité de désendettement ≈ 23,7 ans (seuil préoccupant : 15 ans) ; épargne nette ≈ 14,6 M€ ; dépenses d’intervention = 58 % des recettes de fonctionnement.

    Démographie (INSEE, 1er janvier 2025) : 355 500 habitants ; − 25 400 en dix ans (− 0,7 %/an) ; 35 % de 60 ans et plus ; indice de vieillissement 0,75 → 1,26 (2015-2025).

    Gérard Dorwling-Carter

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