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Cuba : « Que le gouvernement soit castriste ou pas, il y aura toujours une question d’indépendance vis-à-vis des États-Unis »

Cuba : « Que le gouvernement soit castriste ou pas, il y aura toujours une question d’indépendance vis-à-vis des États-Unis »
juillet 17
07:44 2021
Temps de lecture : 4 minutes

La police arrête un manifestant anti-gouvernement à la Havane, à Cuba, le 11 juillet 2021.

AP/Ramon Espinosa

Nina Soyez

Ce dimanche 11 juillet, des manifestants sont descendus dans les rues à Cuba pour clamer leur mécontentement face aux conditions de vie et à la crise économique et sociale qui perdure depuis des années sur l’île. Pourquoi ces protestations surviennent-elles maintenant ? Où en est l’embargo américain sur l’économie cubaine ? Entretien avec Stéphane Witkowki, Président du conseil d’orientation stratégique de l’Institut des Hautes Etudes d’Amérique Latine (IHEAL). 

TV5MONDE : Pourquoi les manifestations ont-elles lieu maintenant ?  Y’a – t- il eu un élément déclencheur ?

Stéphane Witkowki : Il faut d’abord être prudent sur les images qui circulent sur les réseaux sociaux, sur ce qui relève d’une part de spontanéité et d’une part de manipulation médiatique. Sur le fond, c’est vrai que la situation est très critique sur le plan économique et social. Mais, il y a une conjonction de plusieurs éléments.

Cuba sort d’une période post-Covid, pendant laquelle ils ont dû fermer leurs frontières pendant plus d’un an, entrainant une privation de devises de tourisme qui s’avère l’une des principales sources de devises du pays. Deuxième élément : Cuba est toujours confronté à un embargo qui dure depuis 1962. Il s’agit de l’embargo commercial et financier le plus important de l’époque contemporaine.

Des lois extra-territoriales, non-conformes au droit international, continuent d’être appliquées et dissuadent les investisseurs étrangers de pouvoir investir dans l’île. Il y a eu 243 mesures qui ont été adoptées par la présidence Trump, qui sont particulièrement coercitives vis-à-vis de l’île et qui ont beaucoup affaibli la situation économique et sociale du pays. Parmi ces mesures, il y a notamment l’empêchement des transferts des remesas, l’argent de la diaspora cubano-américaine vers Cuba, qui influait beaucoup d’argent dans l’économie.

Lors des derniers jours de la présidence Trump, l’administration américaine ait mis Cuba sur la liste de « États qui soutiennent le terrorisme ». Biden avait promis un certain nombre de changements avant son élection, mais pour l’instant il n’a rien fait. Tout le dispositif Trump est toujours en vigueur.

Les cubains ne peuvent pas accéder aux denrées alimentaires comme ils le souhaitent. Cuba est dépendant de l’étranger à 30% dans l’agro-alimentaire et 70% dans l’énergie.

                                                                                        

Par ailleurs, depuis une dizaine d’année, il y a une émancipation considérable de la société civile cubaine qui aspire à de vrais changements, notamment pour les 25 et 45 ans qui n’ont connu que le régime socialiste. Ils remarquent évidemment les niveaux de vie des touristes, et une forme de frustration se crée. Les anciens restent reconnaissants vis-à-vis du gouvernement et des acquis sociaux de la révolution (santé, éducation, logement). Il restent fiers de leur indépendance internationale et de leur souveraineté nationale. Mais il est vrai que les jeunes générations sont beaucoup plus sensibles à ce qu’elles peuvent voir sur les réseaux sociaux et aux différences de niveau de vie, qui provoquent des insatisfactions pouvant expliquer ce qui s’est passé dimanche.

TV5MONDE :  Quels sont les effets concrets de l’embargo sur l’économie cubaine?

Stéphane Witkowki : Concrètement, Cuba ne peut pas accéder depuis 1962 ni aux financements et prêts internationaux, ni au FMI et à la Banque mondiale. Toute entreprise étrangère qui souhaite travailler à Cuba peut le faire, mais à un prix très élevé. Aujourd’hui, il n’y a plus de banque à la Havane qui peut accompagner des entreprises. Cela empêche tout renforcement du secteur privé et des investissements étrangers.

Par ailleurs, les cubains ne peuvent pas accéder aux denrées alimentaires comme ils le souhaitent. Cuba est dépendant de l’étranger à 30% dans l’agro-alimentaire et à 70% dans l’énergie. Cette situation de dépendance envers ces deux ressources économiques majeures provoquent ces queues devant les stations de carburant, devant les boutiques alimentaires, mais aussi devant les pharmacies. Tous les aspects quotidiens sont atteints.

Barack Obama souhaitait lever l’embargo, mais il ne l’a pas fait. Avec Raul Castro, ils avaient annoncé le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays. Mais la levée de l’embargo dépend d’une loi du Congrès! Il faut donc une véritable volonté politique pour que cela se fasse. En sachant qu’il y a beaucoup de démocrates qui sont en faveur de l’embargo. Toutes ces répercussions sur l’économie cubaine reposent donc sur des aspects de politique intérieure nord-américaine. 

TV5MONDE : Diaz-Canel est sorti dans la rue avec ses partisans pour contrebalancer la manifestation de ceux qui protestaient justement contre le pouvoir. Comment intérpréter cette action assez rare de la part d’un dirigeant politique?

Stéphane Witkowki : Ce n’est pas tout à fait inédit. On est ici en plein combat d’image et de communication. Quand il montre sa présence dans la rue, en appelant les révolutionnaires et le peuple à défendre les acquis de la révolution, le message qu’il fait passer, c’est qu’une immense majorité des cubains sont derrière les principes de la révolution. Il ne faudrait pas que le monde imagine que tout le peuple cubain se soulève.

Cuba est un régime atypique issu d’une révolution populaire et nationale, qui n’a rien à voir avec les démocraties représentatives classiques. 

Cependant en 1994, il y avait une situation qui était aussi particulièrement difficile après la disparition de l’Union Soviétique. L’embargo avait été renforcé par Clinton et la situation économique était particulièrement dramatique. Il y avait eu un certain nombre de manifestations populaires très violentes. En août 1994, Fidel Castro était venu lui-même, physiquement, dans la foule, en demandant à la police de se mettre de côté pour discuter avec les manifestants. Le phénomène s’était arrêté ensuite, et la vie avait repris par la suite. Diaz-Canel a sans doute voulu s’inspirer de cela. Mais il n’est pas Fidel Castro. Ce n’est pas le même homme et ce n’est pas dans le même contexte.

TV5MONDE : On a l’impression que le président essaie de convaincre sa population coûte que coûte que le système cubain se doit d’être soutenu et promu, face à des pays majoritairement beaucoup plus mondialisés qui répondent à une économie libérale?

Stéphane Witkowki : Le régime cubain est atypique, issu d’une révolution populaire et nationale, et n’a rien à voir avec les démocraties représentatives classiques. Il faut aussi avoir à l’esprit la force d’influence des réseaux sociaux et des manipulations médiatiques possibles, comme on l’a vu dans la campagne présidentielle de Bolsonaro.

Par ailleurs, les cubains ont toujours connu un contexte particulier avec les États-Unis. Cela remonte au début du 18e siècle avec le président John Adams qui disait déjà que Cuba était naturellement dans sa zone d’influence. Pour eux, Cuba est un État des États-Unis comme un autre. Pendant toute son histoire, l’île a dû tenir tête à des empires différents. D’abord à l’empire espagnol pendant trois siècles, que les cubains ont fini par chasser


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