Débat : Il n’y aura pas de nouvel ordre international post-pandémique

Débat : Il n’y aura pas de nouvel ordre international post-pandémique

 

May 24, 2020

Author

  1. Nicolas Tenzer

    Chargé d’enseignement International Public Affairs, Sciences Po – USPC

Nicolas Tenzer est est président du Centre d’étude et de réflexion pour l’action politique (CERAP), un think tank français neutre politiquement et indépendant de tout parti et groupe d’intérêts.

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La photo:  la compétition entre les grandes puissances ne changera pas de nature du fait de la pandémie. LukeOnTheRoad/shutterstock

 

L’analyse des conséquences géostratégiques de la pandémie de Covid-19 a donné lieu à des centaines d’articles. Certains s’étaient empressés d’appuyer l’idée d’une nouvelle donne internationale, voire d’un changement radical des équilibres entre puissances. Tantôt pessimistes – renforcement des frontières, montée en puissance des régimes dictatoriaux et populistes, menaces pour le libre-échange –, tantôt optimistes – solidarité accrue, consolidation du cadre multilatéral, globalisation non point arrêtée, mais mieux maîtrisée –, ils péchaient, comme nous l’avons déjà montré, par déterminisme et inférences hâtives, accordant peu de poids à la faculté de décision des démocraties.

Plutôt que de rupture, d’autres analystes, à notre sens plus prudents et plus avisés, perçoivent plutôt une poursuite de plusieurs tendances existantes, exacerbées toutefois, quel qu’en soit le sens, par la profonde crise économique, sociale et politique qui résultera inévitablement de la pandémie.

Ces tendances menaient déjà, avant la crise, à des situations de rupture. La pandémie peut avoir pour effet de conduire à des points de non-retour, non pas en tant que telle, mais parce que les dirigeants mondiaux risquent de consacrer leur attention à des phénomènes liés au traitement de la crise post-pandémique plutôt qu’aux éléments d’apparente permanence qui peuvent se révéler plus ravageurs. Ou, pour le dire autrement, ils auront peut-être plus tendance à soigner les nouvelles maladies qu’à traiter un mal chronique d’une létalité plus grande à moyen terme.

Les loups ne sont pas devenus des agneaux

S’il devait y avoir une différence de perspective majeure entre les régimes démocratiques et les autres, elle résiderait sans doute dans l’objet principal de leur attention. Les dirigeants démocratiques ont eu comme souci quasi exclusif depuis février ou mars de lutter contre la pandémie et d’en prévenir les effets en amont sur la société et sur l’économie. Ils ont aussi eu pour préoccupation d’aider autant que possible, quand ils le pouvaient, d’autres États frappés du même mal. Au niveau européen, au-delà des controverses justifiées sur l’ampleur des mesures et le niveau de solidarité, ils ont œuvré à maintenir une cohésion européenne et à atténuer les effets de la crise sur les pays les plus vulnérables. Leur horizon était celui-là. S’il est approuvé par les autres États membres, le plan franco-allemand de relance économique du 18 mai 2020 sera ainsi un signe majeur de la robustesse des institutions et du projet européen.

Emmanuel Macron écoute Angela Merkel lors d’une conférence de presse vidéo commune au Palais de l’Élysée, le 18 mai 2020, à Paris. Francois Mori/Pool/AFP

Les dictatures ont sans doute, à des degrés divers, tenté de répondre à la pandémie, mais cela fut loin d’être leur seule préoccupation. La Chine comme la Russie ont non seulement profité de la crise pour renforcer leurs actions de propagandecontre les démocraties libérales, (pour la première, avec une agressivité nouvelle), mais aussi tenté d’avancer leurs pions sur l’échiquier international.

Moscou a continué, quoique avec une intensité plus faible, ses attaques dans le Donbass. Elle a également persisté dans son offensive révisionniste sur le plan historique en attaquant cette fois-ci la Finlande et en tentant de réduire au silence les historiens qui continuent de vouloir faire toute la lumière sur les crimes de Staline. Malgré des propos plus critiques qu’auparavant tenus par certains proches du Kremlin à l’égard du régime d’Assad, mais qu’il ne saurait être question de surinterpréter, rien n’indique que le Kremlin ait renoncé à aider Damas à reconquérir, au prix de crimes de guerre, l’ensemble de la province d’Idlib.

Quant à Pékin, outre ses actions d’influence en Serbie et en Afrique, elle a entrepris d’accroître son emprise sur Hongkong, violant ouvertement les principes constitutionnels qui garantissaient son autonomie. Ses menaces à l’endroit de Taïwanse sont aussi intensifiées


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