JEAN JOSEPH LOUIS DE LUCY DE FOSSARIEU – SON LIVRE OUVERT

JEAN JOSEPH LOUIS DE LUCY DE FOSSARIEU – SON LIVRE OUVERT

« 15 Mars 2011

Un grand Martiniquais nous a quitté : Louis de Lucy de Fossarieu, par Edouard Boulogne.

La semaine dernière, la Martinique a perdu un grand serviteur; et un grand témoin : Louis de Lucy de Fossarieu.

Dans son édition martiniquaise France Antilles a publié, en hommage cet article ci-dessous.

« C’est une figure de la dissiden­ce qui est décédée mardi matin, Louis de Lucy, était âgé de 86 ans.

Né en novembre 1924, au François, il passera toute son enfance à Grand-Rivière, sans savoir que sa vie serait mar­quée par la guerre. Il n’a pas 20 ans lorsqu’il part en dissiden­ce, rejoignant les FFL Nous sommes en 1943 et les jeunes Martiniquais sont de plus en plus nombreux à pren­dre la mer pour grossir les rangs des troupes gaullistes. Pour cela, il fera preuve d’une audace certaine. C’est en sub­tilisant le bateau du gouver­neur vichyste de l’époque, le gouverneur Nicol, et avec la complicité du fils de ce dernier qu’il partira pour Sainte- Lucie, II participera à toute l’épopée des dissidents de la première heure, de Trinidad aux États-Unis, pour s’investir pleine­ment dans toute la campagne de France.

Après l’armistice, il restera dans l’armée, poursuivant sa carrière dans tes troupes para­chutistes. Il connaîtra ta guerre d’Indochine et le début de la guerre d’Algérie. Est-ce le conflit de trop pour lui? H a 30 ans et a le grade de capitaine, mais décide de quit­ter l’armée.

Louis de Lucy aura un par­cours moins périlleux dans le monde civil. II le lancera dans l’agriculture et plus particuliè­rement dans la banane, repre­nant l’exploitation de l’habita­tion Beauséjour, Conscient des difficultés que rencontre la filière, il fondera le groupement Gipam, avec des planteurs de banane, tout en invitant des planteurs d’agru­mes, de fruits et de légumes à rejoindre la structure. En 1993, à 69 ans, il se retire et se consacre à la mémoire de la dissidence.

Fier de son parcours, il ne manquera jamais l’occasion de valoriser l’engagement hardi des jeunes de l’époque qui ont risqué leur vie pour une certai­ne idée de la République et de la France. Par ailleurs, il sera président des anciens para­chutistes, ne manquant aucu­ne fête de la Saint-Michel, patron des bérets rouges. L’an dernier, il participa à la création de l’amicale martini­quaise des parachutistes, pas­sant le témoin à une autre génération d’anciens combat­tants. Il en était le président fondateur

Mardi matin, il a rendu son dernier souffle, serein et satis­fait du parcours d’une vie bien remplie ».

G.Gallion

Gaulliste, admiratif de la haute figure du général de Gaulle, Louis de Lucy s’est toujours refusé à accabler ceux qui, aux Antilles, sous la direction de l’amiral Robert, dans des circonstances extraordinairement difficiles, eurent la tâche de faire subsister, survivre nos îles.

Il s’explique à cet égard dans ses mémoires Journal d’un béké ( ma dissidence).

Il y raconte aussi comment, avec le fils ( de son âge ) du gouverneur ( vichyste ) de la Martinique, M.Nicols, avec la participation active du jeune homme ( le gouverneur étant devenu, apparemment, « aveugle et sourd » ) ils quittèrent la Martinique sur le petit voilier du représentant de l’Etat, en direction de l’île de Sainte-Lucie, où ils furent pris en charge par les représentants du général de Gaulle, en vue de recevoir la formation qui devait leur permettre de participer à la libération du territoire, en vrais « indigènes de la République ».

En 1999, louis de Lucy voulut bien me dédicacer, trop généreusement, son ouvrage, qui mériterait d’être promptement réédité.

Sa vie résonne comm eun appel et n’est pas sans évoquer l’antique choeur spartiate, cité par Plutarque dans sa vie de Lycurgue :

« Le choeur des vieillards:

Nous avons été jadis

Endurants et hardis.

Le choeur des hommes faits:

Nous le sommes maintenant

Prêts à braver tout venant.

Le choeur des enfants:

Et demain nous le serons

Et nous vous surpasserons. »

Du moins, tant qu’il y aura des hommes. »

Jacques Ghémard le mercredi 23 novembre 2016 –


The Miami News – 13 mars 1943 

Laurent le lundi 10 mai 2010 – Demander un contact


Louis de Lucy, Roger Ganteaume, Joël Nicöl).

www.lescrutateur.com 

laurent le jeudi 17 septembre 2009 – Demander un contact



Laurent
le mercredi 08 juillet 2009 – Demander un contact


Louis Lucy de Fossarieu

Laurent Laloup le mardi 21 avril 2009 – Demander un contact



www.madinin-art.net 

« Encore un mot sur la «Dissidence» par Louis de Fossarieu

Je remercie M. Monthieux pour son article dans « Antilla » du 15 mars venu soutenir mon témoignage concernant la motivation profonde des « Dissidents » antillais, partis entre 1941 et 1943, pour rejoindre le général de Gaulle. j’affirmais qu’elle résidait tout bonnement dans la volonté d’accomplir leur simple devoir de Français. C’est-à-dire de participer à la libération de leur Patrie occupée par les Allemands. je persiste et je signe.

Cependant, je relève dans le texte de M. Monthieux cette phrase me concernant: « Comme tous ses compagnons de l’époque, il a été blessé par le mépris essuyé à son retour en Martinique… ».

Je dois à tous ceux qui m’ont reçu avec enthousiasme, une amitié et une chaleur que je ne pourrai jamais oublier, de protester contre cette information.

Voici le récit de mon retour à la Martinique tel que je l’ai vécu et tel qu’il est définitivement gravé dans ma mémoire:

« Le 20 novembre 1945, j’embarque à Rouen sur le « San Bertrand » avec 2 ou 3 officiers, 59 gendarmes et 450 militaires venant des bataillons antillais no 1 et 5.

 

LES DISSIDENTS DES ANTILLES DANS LES FORCES FRANCAISES LIBRES COMBATTANTES, 1940-1945 une oeuvre de ABENON LUCIEN-RENE :

 » L’un des cas les plus flagrants de cet état d’esprit nous paraît être celui du jeune Louis de Fossarieu, dont nous avons relaté la mémo­rable évasion, avec le fils du Gouverneur. Dans son Journal d’un dis­sident, qu’il a bien -voulu nous laisser parcourir, il raconte son arrivée à Fort Dix et sa déception devant l’indiscipline du Bataillon n°l. Dorénavant, Louis de Fossarieu veut fuir ce qui lui semble intolérable. Comme il veut devenir pilote de chasse, après une entrevue avec le Colonel Brunswick, représentant du Général de Gaulle, il décide de partir. Une première escale le mène à Halifax au Canada. Avec les camarades antillais recrutés en même temps que lui, Joël Nicol, Jean Volny, Pierre Galonné, Louis Bailly et Bernard Duprez, il est affecté à une Ecole d’officiers, celle des Cadets de la France Libre. Il participe à une grande parade organisée à Londres le 14 juillet 1943, le jour même où son île optait pour la dissidence. Le 16 du même mois, il part pour Camberley, où se trouvait le camp auquel il était destiné. Il sera ensui­te envoyé à Ribbesford poursuivre son entraînement. Il a maintenant choisi d’être parachutiste, ce qui lui vaudra d’être lâché sur le Jura et d’entreprendre une brillante carrière militaire. »

par Louis de Fossarieu

Je remercie M. Monthieux pour son article dans « Antilla » du 15 mars venu soutenir mon témoignage concernant la motivation profonde des « Dissidents » antillais, partis entre 1941 et 1943, pour rejoindre le général de Gaulle. j’affirmais qu’elle résidait tout bonnement dans la volonté d’accomplir leur simple devoir de Français. C’est-à-dire de participer à la libération de leur Patrie occupée par les Allemands. je persiste et je signe.

Cependant, je relève dans le texte de M. Monthieux cette phrase me concernant: « Comme tous ses compagnons de l’époque, il a été blessé par le mépris essuyé à son retour en Martinique… ».

Je dois à tous ceux qui m’ont reçu avec enthousiasme, une amitié et une chaleur que je ne pourrai jamais oublier, de protester contre cette information.

Voici le récit de mon retour à la Martinique tel que je l’ai vécu et tel qu’il est définitivement gravé dans ma mémoire:

« Le 20 novembre 1945, j’embarque à Rouen sur le « San Bertrand » avec 2 ou 3 officiers, 59 gendarmes et 450 militaires venant des bataillons antillais no 1 et 5.

Le 9 décembre, nous arrivons à Fort-de-France. Mes deux « Vieux » m’attendent sur le quai. Ils m’accueillent en « héros national ». Ils rayonnent de bonheur. Moi aussi. je me blottis dans leurs bras comme cet enfant que je me sens soudain redevenu et nous vivons, muets d’émotion, quelques minutes exceptionnelles.

Après ce très court préambule, je rassemble la troupe. A la tête de mes 450 Antillais, je défile depuis la « transat » jusqu’au monument aux morts de la « Savane ». Une musique militaire nous précède. Une foule nombreuse et enthousiaste nous acclame. Nous cambrons les reins et roulons les épaules.

Nous empruntons la rue de la Liberté. Sur le balcon du « Cercle » qui la domine, je découvre mon père. Il pleure de joie en me regardant passer. Il me salue triomphalement des deux bras tandis qu’une vingtaine de ses amis l’entourent, le pressent et applaudissent à tout rompre. Je suis aussi ému qu’en ce jour du 18 juin 1945, où je défilais à la Concorde devant de Gaulle. Mais je ne me fais aucune illusion. Il est évident que ces ovations s’adressent beaucoup plus à l’émotion du père qu’à la gloire du fils.

Sur la Savane la foule est serrée et bruyante. Encadré de deux « dissidents » je dépose la gerbe traditionnelle devant le monument aux morts. Le clairon sonne. La Marseillaise retentit. Lémotion gagne spectateurs et participants. Le silence se fat suivi soudain d’un tonnerre d’applaudissements. La cérémonie se termine.

je donne l’ordre de rompre les rangs. Je rejoins mon père et ses chaleureux amis sur la terrasse du « Cercle ». Chacun me félicite avec chaleur et les « tits punchs » pleuvent autant que les compliments. C’est donc dans un excusable mais évident état d’ébriété que je vais enfin déjeuner à Didier, chez mon oncle Paul de Lucy. Bien entendu, toute la famille est au rendez-vous. Quelle chaleur dans leur affection! Si ça continue, je vais finir par me prendre réellement pour un héros.

Le 10 décembre 1945, nous montons sur l’habitation de mon père c’està-dire à Beauséjour au-dessus de Grand-Rivière. Nous y sommes en fin d’après-midi. L’entrée est occupée par un groupe d’une trentaine d’hommes et de femmes en tenue de dimanche. Ils nous arrêtent. Surpris, je me penche à la portière. je reconnais les ouvriers agricoles de Beauséjour et le personnel de la maison (ma vielle « da » en tête). Ils ont construit un arc de triomphe avec des tiges de bambou et des feuilles de cocotier. Ils me demandent de descendre. J’ouvre la porte de la voiture. Des bras robustes me saisissent et je me retrouve, sans savoir comment, sur de sympathiques épaules qui m’emportent et me font passer sous le bel arc de triomphe. Les applaudissements crépitent. je suis rouge de confusionje cache comme je peux des larmes qui me remplissent les yeux. Mon père, aussi surpris que moi, rayonne de bonheur et de fierté. Ma mère, plus calme et détendue, savoure sa joie discrètement, à petite gorgée. je n’ai jamais connu une telle émotion et je plonge avec délice dans ce « chez-moi » que j’adore et qui me reçoit « en héros ».

A cet accueil émouvant, je dois ajouter quelques observations qui me semblent utiles pour traduire l’ambiance dans laquelle j’ai vécu cet épisode de ma vie.

Je dois à ma famille, pétainiste et amie de l’amiral Robert, l’éducation patriotique qui m’a poussé à rejoindre le général de Gaulle en 1943.

Après la pitoyable défaite des armées françaises en 1940, j’ai été élevé dans l’idée que’ le devoir impératif de tous les Français était de se serrer les coudes afin de réorganiser leur pays sous forme d’une nouvelle démocratie plus solide, plus disciplinée et plus cohérente que notre défunte et pitoyable Ille République et qu’ainsi nous puissions préparer la revanche qui devait rendre à la France sa liberté et sa grandeur.

Cet objectif a été évidemment la raison du choix que j’ai fait en rejoignant le général de Gaulle dont le but était évidemment le même mais dont la stratégie, compte tenu de la tournure positive que prenait la guerre, se présentait alors beaucoup plus sûre, directe et payante. Grâce à Dieu, il avait raison.

A mon retour, je n’ai jamais senti que ce choix m’avait valu le mépris ni même l’indifférence de quiconque. Au contraire, j’ai été et suis toujours convaincu qu’il m’a beaucoup aidé à gagner l’estime de ma famille, de mes amis et de tous ceux avec qui j’ai eu l’occasion de travailler quelque soient la couleur de leur opinion politique et leur peau. Qu’ils en soient infiniment remerciés.

je souligne au passage un fait qui, curieusement, n’a jamais été évoqué: je suis parti en dissidence avec Roger Ganteaume et Joël Nicol. Ce dernier était le fils du gouverneur vichyste de la Martinique. Ce gouverneur, d’une remarquable droiture, avait quatre fils qui, tous les quatre, se sont engagés dans les unités de la France combattante et qui, tous les quatre, ont pris part aux combats de la libération.

Lorsque j’entends affirmer que les représentants de Vichy étaient tous des pro-allemands plus ou moins nazis,je ne peux m’empêcher de sourire et de regretter que nous n’ayons pas eu, en France, davantage de « pro-allemands plus-ou-moins-nazis » du modèle de notre gouverneur Nicol. Depuis la fin de cette guerre, j’ai appris à haïr le « parti pris » qu’il vienne de mon camp ou d’ailleurs.

Pour revenir à notre sujet initial, je dois cependant reconnaître que je regrette, avec tous mes amis « dissidents », qu’aucun monument, aussi modeste soit-il, n’ait été dressé, nulle part, en souvenir de notre petite épopée. C’est injuste. Elle le mérite.

Mais je crains que nous soyons le! premiers responsables de cette lacune et ceci pour des raisons qu’il est inutile de développer ici puisque, aujourd’hui, grâce au film d’Euzhan Palcy, l’affaire semble être dans le sac. Merci, chère Madame!

Alors je fais le rêve (apparemment fou, mais qu’importe!) que ce monument se matérialise vite et fasse revivre dans le coeur de notre jeunesse, l’esprit de la « Dissidence » de 1940, si éloignée de celui défiguré par quelques-uns de nos cadets en 2006. »

Laurent Laloup le dimanche 01 février 2009


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