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 Justin Pamphile : « Concernant l’élection de la CTM je ne suis pas de ceux qui regarderont la ‘caravane’ passer… »  (Publié le 1er nov. 2020)

 Justin Pamphile : « Concernant l’élection de la CTM je ne suis pas de ceux qui regarderont la ‘caravane’ passer… »  (Publié le 1er nov. 2020)
novembre 01
13:12 2020
Temps de lecture : 9 minutes

Confortablement réélu dès le premier tour pour un troisième mandat municipal au Lorrain, Justin Pamphile est également celui qui aura donné quelques sueurs froides à l’homme fort du Nord (un certain Bruno Nestor Azérot) pour sa première candidature à une élection législative, en 2017. A quelques mois d’une autre échéance électorale – et non des moindres – il était donc temps de reprendre des nouvelles de celui qui depuis juillet dernier est, en outre, le nouveau président de l’Association des Maires de Martinique. Justin Pamphile ne serait-il pas en train de passer les vitesses ? Interview.

ANTILLA : Réélu en mars dernier pour un troisième mandat de maire : vous vous êtes fixé une « limite » à ce niveau-là ?

Justin PAMPHILE : Tant que les gens veulent de vous et qu’ils vous le disent, on peut se présenter parce qu’on a un vrai projet : ce n’est pas durer pour durer, ou se présenter pour se présenter. A un moment donné les gens ont besoin que les choses bougent et changent. Donc il ne faut pas durer dans le sens de ce que j’ai connu par le passé, au Lorrain ou ailleurs : s’accrocher au pouvoir. L’expérience et la maturité politique doivent vous conduire à avoir une pratique municipale. Et avec l’expérience acquise accéder à d’autres responsabilités, et ne pas bloquer des générations. Parce que des gens ont parfois envie de se lancer, mais le poids politique des personnes en place fait parfois qu’il y a des hésitations. Je ne compte pas passer un temps indéterminé à la mairie, et que ce soit la ‘loi naturelle’ qui m’y enlève. Quand on a fait 3 mandats – maximum 4 – il faut laisser la place à d’autres. Quatre mandats c’est 25 ans : c’est un enfant que vous avez vu naître et qui est devenu adulte. Donc on fait ce qu’on a à faire ; de toute façon on n’aura jamais fini : il y aura toujours un chantier qu’on a commencé et qui ne sera pas terminé. Hé bien ceux qui vous succéderont le finiront ; on n’est pas indispensables.

Par conséquent un éventuel quatrième mandat serait votre dernier ?

Oui car des camarades autour de moi ont de la valeur, des qualités que je reconnais, et je pense qu’ils seraient tout à fait à même de continuer le travail de construction pour la société.

A l’issue de ce troisième mandat débuté en mars dernier, qu’aimeriez-vous voir avancer – ou aboutir – en termes de projets, chantiers et réalisations au Lorrain ?

Nous avons démarré le combat contre la dépense énergétique et pour le développement durable. On va lancer dans les prochains jours la dimension participative à son paroxysme. C’est-à-dire que pour réussir notre travail sur l’énergie renouvelable, et sans dévoiler le sujet, nous nous engagerons dans les jours prochains sur du ‘prêt participatif’, dans lequel nous mobilisons les habitants pour nous accompagner dans l’investissement. D’ici fin octobre je pourrai en dire un peu plus. Et tous les bâtiments et espaces publics de la ville seront équipés à la fois en production d’énergie et en autoconsommation, pour faire en sorte que la ville apporte sa contribution à ce combat qui s’ouvre devant nous : celui de la bonne gestion de ce que la nature nous a donné. Et quand on a coulé du béton, construit des bâtiments, des logements et des routes, il faut construire le contenu de l’attractivité du territoire.

Et que faites-vous en ce sens ?

On travaille sur ce volet-là, celui de l’accompagnement de jeunes lorrinois ou de lorrinois assez matures sur la création d’activités. Nous accompagnons deux porteurs de projets, qui sont en train de créer un centre équestre ; nous accompagnons des agriculteurs sur de la biotransformation ; nous installons une cassaverie à vocation pédagogique ; nous faisons en sorte que nos sites patrimoniaux puissent bénéficier de l’impact numérique ; enfin nous lancerons dans les prochains jours un vaste plan de rénovation urbaine, où nous repartons à la conquête du centre-bourg. Alors je ne sais pas si on réussira tous ces axes entre 2020 et 2026, mais on les a tous pris à bras-le-corps et on devrait pouvoir y arriver.

« On n’est pas dans un combat politique à l’Association des Maires »

Il y a quelques mois vous avez été élu président de l’Association des Maires de Martinique (AMM) face à l’édile de Saint-Pierre, Christian Rapha : pourquoi cette volonté de présider l’AMM ? Quelles sont vos motivations ?

D’abord je remercie mes collègues pour leur confiance. Vous savez, on n’est pas dans un ‘combat’ politique à l’AMM, qui a vocation d’apporter sa contribution à la construction du pays Martinique, tout en faisant en sorte que la position des maires soit une position de laquelle sorte le consensus. Nous discutons de nombreuses problématiques et sommes les relais auprès des instances locales et de celles de l’Etat. Par exemple, le 13 novembre nous aurons une journée avec l’AFD (Agence Française de Développement) et préparons les élu.e.s à participer à cette manifestation où nous abordons la question du rôle de l’AFD, son positionnement par rapport au Covid et les financements possibles pour permettre aux communes de se développer. Donc l’AMM est dans son rôle, dans lequel nous mettons tout en œuvre pour fédérer et pas exclure. Il s’agit aussi de dynamiser l’AMM. Nous travaillons avec la ‘Direction des Affaires Culturelles’ (DAC), sur comment la DAC et les mairies peuvent travailler sur le champ de la culture ; nous travaillons avec la Préfecture sur des schémas d’organisation permettant que l’AMM puisse être un outil d’ingénierie susceptible d’accompagner les collectivités quand elle n’ont pas l’ingénierie interne. En fait nous sommes des facilitateurs, une sorte d’interface que nous voulons la plus positive possible. Avec le Conseil d’Administration – Fred-Michel Tirault, Hugues Toussay, etc. – on a cette volonté farouche de donner une nouvelle impulsion, sans être en compétition avec ce qui s’est fait dans le passé.

Et comment envisagez-vous votre mission de représentation de la Martinique au sein de l’Association des Maires de France (AMF) ?

Pas plus tard qu’aujourd’hui, j’étais en ligne avec François Baroin, le président de l’Association des Maires de France, et nous avons longuement discuté des difficultés auxquelles nous sommes confrontés. Nous avons abordé la question des finances des collectivités et de la garantie de ces finances, des difficultés économiques – tourisme, BTP, les métiers directement et fortement impactés par le Covid, etc. Je sais que François Baroin rencontre le gouvernement la semaine prochaine, donc c’était l’occasion pour nous de bien lui rappeler que l’AMF c’est aussi les collectivités d’outremer, et que les problématiques auxquelles nous sommes confrontées doivent également être remontées au gouvernement. Enfin nous avons discuté de l’octroi de mer, de la chute vertigineuse des recettes pour nos collectivités et de cette compensation indispensable pour éviter que nous ne soyons encore plus en difficultés.

Et l’ancien ministre de l’outremer que fut François Baroin a été objectivement réceptif à votre argumentaire ?

Oui, il ne découvre pas ces sujets et a cette qualité d’être très abordable et à l’écoute. C’est important pour nous d’avoir un relais de cette qualité-là, pour avoir la garantie que notre voix soit bien entendue.

« On n’est pas dans une transition, mais dans l’espoir

d’un renouvellement de générations »

Parlons politique maintenant. Que gardez-vous de cette première expérience des Législatives 2017 ?

Une expérience très positive. Le nord c’est 17 communes, donc il faut passer de la côte atlantique à la côte caraïbe et rencontrer les marins-pêcheurs, les maraichers, le monde de la restauration, de l’économie touristique, etc. Par conséquent arriver à mobiliser sur une si grande circonscription, c’est compliqué (sourire) : on vous connaît bien au Marigot, au Lorrain ou à Basse-Pointe, mais un peu moins à Case-Pilote par exemple, où on vous voit parfois au match, dans une veillée ou un enterrement, mais où il n’y a pas ce contact de proximité que vous avez sur votre territoire de vie. Donc ces législatives 2017 étaient une belle aventure, qui vous permet de construire une vision politique et de développement d’une partie du territoire martiniquais. Et d’être à l’écoute des besoins et problématiques de ses habitants. C’est vrai que s’il fallait recommencer, peut-être que je le referai. Mais on verra.

La prochaine échéance c’est en 2022, donc « après-demain » : vous êtes donc partant ?

(rires) C’est ‘’après-demain’’ mais il faut prendre les élections les unes après les autres. La première élection qui nous concerne aujourd’hui, c’est celle de la CTM.

A cinq mois de cette échéance majeure, que faites-vous dans cet « horizon » de plus en plus proche ?

Je rencontre et discute avec beaucoup de monde (léger sourire). Je discute avec des collègues qui traduisent ce qu’ils entendent du territoire et les attentes que les personnes peuvent formuler. Je ne dirai pas que j’ai une idée arrêtée, précise de ce que je voudrais faire ou pas, mais pour moi ces élections de la CTM sont des élections d’espoir.

C’est-à-dire plus précisément ?

On n’est pas dans une transition, mais dans l’espoir d’un renouvellement de générations, dans l’espoir du développement pensé, raisonné, de la Martinique, avec des hommes et des femmes qui tous – tous ceux que j’ai entendus – ont envie que les choses bougent et se fassent dans un esprit positif. Je pense que d’ici la fin du mois de novembre, je serai peut-être en capacité d’avoir une position claire, que je rendrai publique. Et ça me permettra vraiment de clarifier mon positionnement politique en toute transparence, sans aucune cachotterie ou forfaiture. En tout cas je ne serai pas de ceux qui regarderont la ‘caravane’ passer.

Très objectivement, au moment où nous parlons vous ne savez pas encore si vous serez sur une liste pour cette élection ?

J’ai une idée assez précise de ce que je veux pour mon pays. Mais il y a des éléments d’organisation, de préparation et d’arbitrage sur lesquels nous sommes en train de discuter. La discussion n’est pas fermée, et à la mi ou fin-novembre je pense que j’aurai une position ferme sur… l’avenir.

« Une personne a pris son téléphone pour demander de ne pas voter pour moi… »

Vous « discutez » avec des membres d’Ensemble Pour une Martinique Nouvelle (EPMN) et du PPM ?

Je discute avec ceux qui m’appellent.

Sans exclusive ?

Oui. Ceux qui ne m’appellent pas, évidemment je ne discute pas avec eux.

Eu égard à un passé encore très récent – et aux propos tranchants qui ont émané de votre part et de celle de certains « cadres » du PPM – vous pourriez faire de nouveau alliance avec ce parti, et donc avec EPMN ?

Pour collaborer avec EPMN, aurait-il fallu que je puisse avoir un échange avec eux.

Il n’y a donc pas d’échanges entre vous ?

Non, mais je ne suis pas en demande particulière. Il n’y a pas d’échanges. Je sais que pour la récente élection à la présidence de l’Association des Maires, il y a une personne en particulier qui a pris son téléphone pour demander de ne pas voter pour moi. Mais ce n’est pas grave.

Je suppose que vous ne me direz pas le nom de cette personne « en particulier » ?

(sourire) Je ne veux pas entrer dans des petits cancans, ça ne m’intéresse pas, j’ai dépassé ça, je suis loin de tout ça. Je n’étais pas son choix à lui mais j’étais le choix d’autres. Et ce choix-là était le choix majoritaire. Avec Christian Rapha nous avons de très bons contacts ; c’est le 4ème vice-président de l’AMM et nous avions convenu que s’il gagnait je travaillerais avec lui, et vice-versa. D’ailleurs c’est peut-être cela que certains n’ont pas compris : l’Association des Maires n’est pas un espace politisé mais dans lequel il faut justement préserver les relations des maires entre eux, pour que l’image que nous renvoyons vers le pays ne soit pas une image de conflits et cancans, mais d’hommes et de femmes qui veulent construire ce pays-là de manière très positive.

«Je ne suis pas au service d’un parti, je suis au service des gens qui votent pour moi»

Vous évoquiez votre « positionnement politique » : aujourd’hui quelle est votre relation à La République en Marche (LREM) ?

Je n’y ai jamais été encarté. A l’époque j’ai fait partie d’un comité politique local pour essayer de dynamiser les choses, mais j’ai vite arrêté. C’était un peu compliqué, je me souviens qu’on avait lancé à l’époque un ‘avis de recherche’ me concernant… Et ça m’avait un peu ‘amusé’. A partir du moment où vous collaborez avec des personnes qui au lieu de vous appeler ou vous envoyer un SMS lancent un ‘avis de recherche’… Il faut être sérieux en politique, donc j’ai préféré immédiatement arrêter ce type de relation. Je suis un homme de contact, et surtout de parole. Et quand je donne ma parole j’essaie de tout faire pour la tenir. Vous savez, beaucoup essaient aujourd’hui de s’en cacher mais beaucoup de martiniquais ont appelé à voter Macron. Et ont voté pour lui en 2017. On était alors dans une configuration très particulière, face à Marine Le Pen au second tour. Comme en 2002, avec Jacques Chirac face à Jean-Marie Le Pen. Je ne suis pas un homme de droite mais en 2002 j’ai voté pour Chirac, car une seule voix pour Jean-Marie Le Pen était une voix de trop.

Vous êtes pourtant de ceux que certains appellent les « premiers marcheurs » de Martinique, c’est-à-dire qui soutenaient Emmanuel Macron avant le 1er tour de la présidentielle 2017 ?

Pour l’élection présidentielle on avait effectivement constitué une sorte de groupe qui soutenait cette candidature-là. Mais il ne faut pas oublier les éléments de l’histoire. Quel était l’état de la gauche à ce moment-là ? Macron était celui qui incarnait à la fois un centre-droit et un centre-gauche, qui n’avait pas un positionnement très à droite mais était plutôt au centre. Hé bien entre un candidat au centre, un d’extrême-gauche et une d’extrême-droite, j’ai choisi ce qui me paraissait le plus faire consensus. Mais s’il fallait refaire le même choix, peut-être que je ne le referai pas. Mais je n’en sais rien puisque nous ne sommes pas encore dans la configuration, de manière contemporaine, de l’élection présidentielle. On verra ce qui va se passer.

Vous vous « définissez » donc comme un homme de gauche sans étiquette partisane ?

Oui, un homme de gauche. Et j’ai fait le choix de n’être dans aucun parti politique parce que l’expérience montre que quand on est dans des partis… c’est assez compliqué. Je connais des amis qui dans des partis politiques ont eu à subir la rudesse de l’organisation de ces partis. Je suis plutôt un homme libre ; je ne suis pas au service d’un parti, je suis au service des gens qui votent pour moi. J’aurai du mal à subir une organisation parfois un peu rigoureuse. Et qui quelquefois peut vous faire prendre des décisions contraires à des valeurs que vous portez.

                                                                        Propos recueillis par Mike Irasque

 

 

 

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