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LA PÉNÉTRATION CHINOISE EN AFRIQUE DEPUIS L’AN 2000 PAR L’ENDETTEMENT DES PAYS AFRICAINS

LA PÉNÉTRATION CHINOISE EN AFRIQUE DEPUIS L’AN 2000 PAR L’ENDETTEMENT DES PAYS AFRICAINS
février 02
03:07 2022
IREF
En 1420 la Chine des Ming entame les premiers échanges commerciaux directs avec l’Afrique lors du premier séjour de Zheng He sur la côte Swahilie. Et bien que l’entrée en scène de ce pays dans le paysage des bailleurs internationaux date de l’an 2000, la première aide chinoise sur le continent s’est effectuée en 1960, auprès de la Guinée de Sekou Touré. Le 21 janvier 1964, Zhou Enlaï expose, dans un discours à Bamako, les grands principes de la doctrine chinoise d’aide au développement qui s’inscrit notamment dans l’imaginaire de la coopération sud-sud et se concrétise en 1970 par la construction du chemin de fer Tanzanie-Zambie.

Au départ, l’aide est surtout politique et se compose à 80% de dons, principalement destinés aux pays de la sphère soviétique. Dans les années 90, la conversion de la Chine au capitalisme mène à la création de deux banques d’Etat dont les actifs sont possédés par le Gouvernement : l’EximBank of China et la China Development Bank (CDB), toute deux vouées à devenir le bras armé de la politique internationale de l’empire du Milieu.

En 2000 est lancé le premier forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), censé avoir lieu tous les trois ans, complété en 2013 par le fameux projet des routes de la soie.  

La Chine, premier bailleur du continent africain

Depuis l’an 2000, les prêts accordés par Pékin sont passés de 127 M$ annuels à 5,8 Mds$ en 2019, avec un pic à 26,6 Mds$ en 2016 à cause notamment d’un prêt de 19 Mds$ à l’Angola. En plus d’une décennie, la Chine est devenue le premier bailleur bilatéral du continent africain. Bien que celui-ci ne soit destinataire que de 23% des prêts internationaux chinois, derrière l’Asie (29%) et l’Amérique latine (24%), ceux-ci sont en constante augmentation, comme le montre le tableau suivant :

Les flux d’IDE (investissements directs à l’étranger) chinois en Afrique sont également marqués par une poussée récente : pendant la période 2018-2018, ils rassemblaient 16% du total contre 8% chacun pour les Etats-Unis et la France, 6% pour les Emirats-arabes-unis et 5% pour le Royaume-Uni.

En 2009, la Chine est devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique subsaharienne rassemblant 2,7% de ses échanges en 2019. Les pays africains sont également les premiers récipiendaires de l’aide chinoise (42%) devant les pays asiatiques (38%) et le Moyen-Orient (9%).

Entre 2000 et 2019, les 140,9 Mds$ de prêts chinois sont à mettre en relation avec les 140,2 Mds$ des prêts des bailleurs multilatéraux et bilatéraux membres du CAD (Comité d’aide au développement), qui réunit les pays membres de l’OCDE. Six pays africains concentrent 67,1% des créances chinoises : l’Angola pour qui l’empire du Milieu représente 91% de la dette externe bilatérale et 43% de la dette externe, l’Ethiopie (77 et 24%), la Zambie (83 et 27%), le Nigéria (82 et 11%), le Cameroun (66 et 34%) et enfin le Soudan (16 et 8%). Le tableau suivant détaille le montant cumulé des prêts par sous-région d’Afrique subsaharienne pour la période 2000-2019 :

A-t-elle seule, l’Eximbank of China détient 57% des créances chinoises en Afrique contre 23% pour la CDB. Dans le cadre des Nouvelles Routes de la soie, la Chine fait montre d’un fort besoin de développement des infrastructures. Des projets signifiants sont ainsi financés tels que la voie express reliant les villes de Kampala à Entebbe en Ouganda, le Standart Railways Gauge au Kenya ou le câble de fibre optique sous-marin reliant l’Asie à l’Europe via Djibouti. Les principaux secteurs bénéficiaires des prêts chinois sont le transport (31,2%), l’énergie (25,5%) et le secteur minier 12,7%).

Les prises de participation chinoises au sein d’institutions historiquement présentes sur le continent africain se sont également renforcées. Le quota de la Chine au FMI est passé de 6,4 Mds DTS (droits de tirage spéciaux) en 2001 à 30,5 Mds DTS en 2021 et elle est montée au 6e rang des contributeurs de l’Association internationale pour le développement avec 1,2 Mds$ de dons.

Des stratégies de prédation avancées

La première caractéristique des prêts chinois en Afrique est sans doute leur grande opacité : on estime que 50% ne sont pas déclarés au FMI et à la Banque mondiale. Concrètement, cette dette cachée recouvre le plus souvent des prêts circulaires, c’est-à-dire des emprunts directement versés sur le compte de l’entreprise chinoise chargée du projet, sans passer par l’Etat emprunteur.

En outre, les contrats chinois imposent fréquemment l’obligation de créer un compte bancaire spécifique servant de garantie au remboursement, sur lequel les revenus des projets doivent être déposés, hors du pays emprunteur et sous contrôle chinois. Des clauses dites de cross-default sont également insérées : précisément, la Chine peut stopper un prêt et demander son remboursement immédiat si le pays fait défaut auprès des autres bailleurs, le règlement des contentieux se faisant, qui plus est, sous la houlette d’un tribunal chinois.

La CDB inclut même des clauses politiques : la moitié de ses contrats comprennent une clause de cross-default qui peut être déclenchée par l’expropriation d’entreprises chinoises ou même simplement par des actions « contraires aux intérêts de la Chine ou d’entités chinoises ». En cas de défaut de paiement, la Chine peut rompre les relations diplomatiques et obliger le pays emprunteur à un remboursement intégral et immédiat. Les Chinois ont également l’habitude d’obliger les emprunteurs à faire appel aux services d’entreprises chinoises pour leurs projets via un système de crédit export.

La Chine utilise ses prêts pour contrôler les pays qu’elle finance et les soumettre le cas échéant, via les Routes de la soie notamment. L’exemple du port de Hambantota au Sri Lanka est parlant : après s’être trouvé dans l’impossibilité de régler ses créanciers, le Sri Lanka a dû céder le port pour 99 ans aux Chinois, qui n’auront payé que 1,12 Mds$ pour son acquisition. Concrètement, l’empire du Milieu avance ses pions en Afrique et enregistre de beaux succès à l’encontre des naïfs pays européens, et au premier chef le nôtre. Quand cesserons-nous de mettre de l’idéologie dans nos relations avec l’Afrique ? Quand conditionnerons-nous l’octroi de notre aide et de nos prêts à l’utilisation de services d’entreprises françaises ? Des solutions simples dont personne ne semble s’étonner qu’elles ne soient pas utilisées


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