Réunis à Paris à l’occasion du B7 2026, les représentants des principales organisations patronales des pays du G7 ont adopté une déclaration commune destinée à nourrir les travaux des chefs d’État et de gouvernement.
Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, les mutations technologiques et les défis environnementaux, le document appelle à placer la compétitivité, la résilience et la croissance au cœur des politiques économiques.
Un monde économique à un tournant
Intitulée Business at Crossroads: Choosing Resilience, Competitiveness and Growth, la déclaration du B7 dresse le constat d’une économie mondiale confrontée à une accumulation de risques. Les conflits internationaux, les tensions commerciales, les perturbations des chaînes d’approvisionnement, l’inflation persistante et les contraintes pesant sur les finances publiques créent un environnement d’incertitude pour les entreprises.
À ces défis s’ajoutent l’accélération des transitions numérique et écologique, ainsi qu’une compétition technologique mondiale de plus en plus intense. Pour les organisations patronales du G7, ces transformations redéfinissent les conditions dans lesquelles les entreprises investissent, innovent, produisent et créent des emplois.
Le document résume cette situation en une formule : l’économie mondiale est arrivée à un « carrefour ». Pour les signataires, il ne s’agit pas d’une crise isolée mais de la convergence de plusieurs bouleversements qui se renforcent mutuellement : rivalités géopolitiques, révolution de l’intelligence artificielle, transition énergétique, dépendances industrielles et pression croissante sur les finances publiques.
« Le monde est devenu plus hostile », observe Peter Leibinger, président de la Fédération des industries allemandes (BDI), tandis que Patrick Martin, président du Medef et du B7 2026, souligne les conséquences économiques des conflits, des sanctions et des dépendances stratégiques qui pèsent aujourd’hui sur les économies avancées.
Les signataires estiment ainsi que le modèle économique qui a porté la mondialisation durant les dernières décennies est soumis à des tensions inédites. La question n’est plus seulement de soutenir la croissance, mais de garantir la capacité des économies à résister aux chocs tout en continuant à investir et à innover.
La compétitivité érigée en priorité
Au fil des 28 pages du document, un message revient avec insistance : « la compétitivité doit être placée au centre de cette agenda ».
Pour les organisations patronales, sans entreprises compétitives, il ne peut y avoir ni croissance durable, ni transition écologique réussie, ni souveraineté technologique. Elles considèrent que les gouvernements doivent créer un environnement plus favorable à l’investissement, à l’innovation et à l’entrepreneuriat.
Cela passe notamment par une réglementation plus stable et prévisible, un meilleur accès au financement, une énergie abordable et sécurisée ainsi qu’un renforcement des partenariats entre les secteurs public et privé.
Selon les signataires, la compétitivité ne constitue pas seulement un objectif économique. Elle conditionne également la capacité des pays du G7 à financer leurs infrastructures, soutenir l’emploi, développer les nouvelles technologies et faire face aux défis climatiques.
L’intelligence artificielle au cœur de la nouvelle compétition économique
Parmi les nombreux sujets abordés par le B7, l’intelligence artificielle occupe une place particulière. Le document la présente non seulement comme une innovation technologique majeure, mais aussi comme un levier de compétitivité susceptible de redessiner les rapports de force économiques dans les prochaines années.
Les organisations patronales considèrent que les gains de productivité liés à l’IA pourraient transformer l’ensemble des secteurs d’activité, de l’industrie aux services en passant par la santé, les transports ou encore l’administration publique. Elles appellent ainsi les gouvernements à accélérer l’adoption de ces technologies, y compris au sein des services publics, afin de créer un effet d’entraînement sur l’économie.
Cette ambition suppose toutefois des investissements considérables dans les infrastructures numériques, les centres de données, les réseaux de télécommunications et les capacités de calcul. Elle implique également un effort massif de formation afin d’accompagner les salariés dans l’évolution de leurs métiers.
Au-delà de la seule question technologique, le B7 voit dans l’intelligence artificielle un enjeu de souveraineté économique. Dans un contexte de concurrence accrue entre les grandes puissances, la maîtrise des données, du cloud, des semi-conducteurs et des outils d’IA est désormais considérée comme un facteur déterminant de croissance et d’influence.
Sept priorités pour renforcer la résilience économique
La déclaration s’articule autour de sept grandes priorités considérées comme stratégiques pour les années à venir :
- le commerce international,
- les matériaux critiques,
- le financement de la croissance,
- les infrastructures,
- le numérique,
- l’énergie et l’environnement
- les compétences et l’emploi.
Le document appelle notamment à restaurer davantage de stabilité dans les échanges mondiaux, à sécuriser les chaînes d’approvisionnement, à accélérer les investissements dans les infrastructures physiques et numériques, à renforcer l’accès aux matériaux critiques indispensables à la transition énergétique et à soutenir le développement des compétences adaptées aux nouveaux besoins de l’économie.
Les signataires plaident également pour une mobilisation accrue des capitaux privés afin de financer les infrastructures, l’innovation, la transition énergétique et l’adaptation climatique, tout en favorisant l’émergence de technologies de rupture telles que l’intelligence artificielle ou l’informatique quantique.
Un appel à l’action adressé aux dirigeants du G7
Au-delà des recommandations sectorielles, le B7 adresse un message politique aux dirigeants des principales économies avancées. Les organisations patronales mettent en garde contre les risques de fragmentation économique, de protectionnisme et de repli sur soi.
Elles défendent au contraire une coopération renforcée entre partenaires de confiance, fondée sur des règles communes, l’ouverture des marchés et la recherche de solutions pragmatiques face aux grands défis mondiaux.
Le document résume cette philosophie en une formule : « la résilience doit renforcer l’ouverture, et non la remplacer ». Les entreprises du G7 considèrent que la sécurisation des économies ne doit pas conduire à un affaiblissement des échanges internationaux, mais à la construction de partenariats plus solides et plus équilibrés.
Pour les signataires, les prochaines années seront déterminantes. « L’objectif n’est pas seulement de gérer les risques, mais de choisir la croissance », écrivent-ils en conclusion. Dans un environnement marqué par l’accélération des transformations technologiques, la compétition pour les ressources stratégiques et l’intensification des tensions géopolitiques, l’enjeu ne consiste plus seulement à résister aux crises, mais à construire les conditions d’une nouvelle phase de prospérité durable.
Si cette feuille de route s’adresse d’abord aux grandes économies du G7, plusieurs des enjeux qu’elle met en avant — infrastructures, transition énergétique, connectivité numérique, adaptation climatique ou encore développement des compétences — trouvent également un écho particulier dans les territoires ultramarins, confrontés eux aussi à la nécessité de renforcer leur résilience dans un contexte mondial de plus en plus incertain.





