Les défaillances d’entreprises connaissent une forte accélération dans les départements d’Outre-mer. Au deuxième trimestre 2026, 709 procédures collectives ont été enregistrées dans les DOM, soit une progression de 30 % sur un an. La Martinique figure parmi les territoires les plus touchés, avec une hausse de 45 %, dans un contexte marqué par les difficultés du commerce et des activités de services.
La situation financière des entreprises ultramarines continue de se dégrader. Selon la dernière étude publiée par Allianz Trade, les départements d’Outre-mer ont enregistré 709 défaillances d’entreprises au cours du deuxième trimestre 2026. Ce nombre progresse de 30 % par rapport à la même période de 2025. Sur l’ensemble du premier semestre, l’augmentation atteint 23 %.
Cette évolution constitue l’accélération la plus forte observée sur le territoire national. Elle intervient après une année 2025 déjà difficile, durant laquelle 2 321 entreprises ultramarines avaient fait l’objet d’une procédure collective, soit une augmentation de 16 %, contre 4 % à l’échelle nationale.
La Martinique particulièrement exposée
La Martinique enregistre une hausse de 45 % des défaillances au deuxième trimestre 2026. Elle se situe ainsi à un niveau proche de celui de la Guadeloupe, où l’augmentation atteint 46 %. La Réunion affiche, pour sa part, une progression de 36 %.
Ces chiffres confirment une fragilisation rapide du tissu économique dans les territoires insulaires. Pour de nombreuses entreprises, les difficultés ne résultent plus seulement d’un ralentissement ponctuel de l’activité. Elles traduisent une accumulation de tensions liées au niveau des charges, au financement, à la faiblesse de la consommation et à la succession des crises économiques.
La Réunion demeure le territoire qui concentre le plus grand nombre de procédures, puisqu’elle représente 48 % des défaillances enregistrées dans la zone ultramarine. Sa trajectoire reste fortement orientée à la hausse, malgré un léger recul de 2 % observé en 2025.
La Guyane est le seul département ultramarin à connaître une amélioration au deuxième trimestre 2026, avec une baisse de 29 %. Ce recul doit toutefois être interprété avec prudence. Il intervient après une envolée de 194 % en 2025, que l’étude attribue notamment à un effet de comparaison lié à la période post-Covid.

Le commerce et les services en première ligne
La dégradation ne concerne pas un seul secteur d’activité. Elle touche une part importante de l’économie ultramarine, avec une progression particulièrement marquée dans le commerce et les services.
Les défaillances augmentent de 33 % dans le commerce, contre seulement 3 % au niveau national. Dans le tertiaire et les services, la progression atteint 28 %, contre 8 % dans l’ensemble de la France. Pour Allianz Trade, ces résultats signalent une crise qui se diffuse dans l’ensemble du tissu économique ultramarin.
L’industrie est également concernée. Elle représente une part plus importante des défaillances dans les DOM qu’au niveau national et enregistre une hausse de 23 %, contre 4 % en France. L’étude avance notamment l’hypothèse de difficultés touchant les activités de transformation agroalimentaire.
L’hébergement et la restauration semblent, pour le moment, connaître une évolution moins brutale. Les défaillances y progressent de 8 %. Le secteur demeure également moins représenté dans les procédures collectives ultramarines que dans les statistiques nationales.
Cette évolution sectorielle est particulièrement préoccupante pour les économies ultramarines, dans lesquelles le commerce et les services occupent une place essentielle. Une multiplication des défaillances dans ces activités peut avoir des conséquences directes sur l’emploi, les fournisseurs, les bailleurs, les organismes sociaux et l’ensemble de la chaîne de paiement.
Un écart important avec la tendance nationale
La France entière reste confrontée à un niveau élevé de défaillances, mais la progression demeure nettement inférieure à celle constatée dans les DOM.
Au deuxième trimestre 2026, 18 004 défaillances d’entreprises ont été enregistrées au niveau national. Cela représente une hausse de 5 % par rapport au deuxième trimestre 2025, après une augmentation de 6 % au premier trimestre. Le premier semestre totalise 37 298 procédures collectives.
Le deuxième trimestre 2026 constitue ainsi un niveau historique pour cette période de l’année. Le précédent record, établi au deuxième trimestre 2025, s’élevait à 17 184 défaillances.
Dans les DOM, la progression de 30 % est donc six fois supérieure à l’augmentation nationale enregistrée sur la même période. Sur le premier semestre, la hausse ultramarine de 23 % est également très éloignée de la progression nationale, limitée à 5 %.

Les grandes entreprises ne sont plus épargnées
Les difficultés ne se limitent plus aux très petites entreprises. Depuis 2025, la hausse des défaillances se concentre à la fois sur les structures les plus petites et sur les entreprises réalisant les chiffres d’affaires les plus importants.
À la fin du mois de juin 2026, les entreprises défaillantes pour lesquelles les données financières sont disponibles représentaient un chiffre d’affaires cumulé de 38,7 milliards d’euros. Ce montant progresse de 17 % sur un an et se situe 59 % au-dessus de la moyenne observée entre 2006 et 2025.
Le passif cumulé auprès des fournisseurs atteignait, quant à lui, 8,6 milliards d’euros, soit une augmentation de 28 % en un an et un niveau supérieur de 70 % à la moyenne historique.
Ces données montrent que la disparition ou la restructuration d’une entreprise peut désormais provoquer des répercussions importantes sur ses sous-traitants et ses partenaires. Dans les économies ultramarines, où les acteurs sont souvent fortement interdépendants, la défaillance d’une société peut rapidement fragiliser plusieurs autres entreprises.
Plus de 70 000 défaillances attendues en 2026
Allianz Trade ne prévoit pas d’accalmie immédiate. La faiblesse de la croissance, l’inflation, les difficultés persistantes dans la construction et le maintien de taux d’intérêt élevés continuent de peser sur les entreprises. Les incertitudes géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, constituent également un facteur de risque supplémentaire.
Dans ce contexte, le nombre de défaillances pourrait dépasser 70 000 en France en 2026. Une diminution ne serait envisagée que progressivement en 2027, sous réserve d’une amélioration des conditions économiques.
Pour les entreprises martiniquaises et, plus largement, ultramarines, ces résultats constituent un signal d’alerte. La progression de 45 % enregistrée en Martinique traduit une vulnérabilité supérieure à la moyenne nationale. Elle souligne la nécessité, pour les entreprises, de surveiller davantage leur trésorerie, leurs délais de paiement, leur exposition aux impayés et la solidité financière de leurs clients.
Elle invite également les acteurs économiques et les pouvoirs publics à analyser plus précisément les causes locales de cette accélération. Au-delà du nombre de procédures collectives, c’est la capacité du territoire à préserver ses entreprises, ses compétences et ses emplois qui est désormais en jeu.





