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La Traite Négrière : Un Problème Scientifique et Politique Par ORUNO D. LARA. CERCAM

La Traite Négrière : Un Problème Scientifique et Politique Par ORUNO D. LARA. CERCAM
juin 11
20:00 2020
Un Problème Scientifique et Politique
Examinons un problème fondamental, celui de la traite négrière et ses rapports avec les Africains. Ce problème comporte deux solutions : une solution scientifique et une solution politique.
Sur le plan scientifique, la solution est simple : nos investigations ont montré la participation active des chefs coutumiers (souverains, chefs de village, etc…) dans le processus de traite négrière, leur contact avec les négociants européens. Deux collègues africains peuvent confirmer cette activité : Djibril Tamsir NIANE et A. Félix IROKO, deux amis historiens. Le premier étant le père de Katoutchka, la célèbre mannequin disparue à Paris. Je suis très inquiet pour IROKO, car le gouvernement du Bénin refuse de le laisser sortir pour répondre aux invitations extérieures. Il faudrait se pencher sur son cas. Au Bénin, l’ancien Dahomey, tous les visiteurs peuvent passer sous la Porte du Non-Retour, une formule qu’on se garde bien de leur expliquer, et pour cause ! Quand les courtiers africains embarquaient les captifs sur les vaisseaux négriers du littoral, il était bien spécifié qu’ils ne devaient aucunement revenir dans ce pays, chez eux, même morts. Dans la tradition de l’ancien Congo, il y avait des Xingula, des officiants, qui devaient chaque jour balayer les âmes des morts qui voudraient se mêler encore aux vivants. Cette Porte, au vrai, parle beaucoup trop, à vrai dire !
Enfin un dernier mot sur cette question. Des collègues de Ouagadougou m’ont invité à participer  à un débat autour de ce problème pour tenter de trouver des explications à ces ventes de captifs par des Africains. Il y avait un  collègue sénégalais qui travaille aux USA. C’est dire donc que sur le plan scientifique, la question est résolue.
Les Africains ont fait un choix délibéré dans les années 1440-1460, de négocier avec les Européens, de payer les marchandises européennes avec des hommes, des femmes et des enfants, après une brève phase de paiement en poudre d’or. 
A cette époque, deux autres circuits de traite fonctionnaient, en particulier le circuit transsaharien des Arabo-musulmans.
N’ayant pas assez de poudre d’or à offrir aux Européens, les Africains leur ont imposé un paiement en chair humaine. A prendre ou à laisser. Quelques économistes africains se désolent aujourd’hui de ce  choix. Mais à l’époque ! Comment résister à toutes ces marchandises venues d’Europe sur les caravelles : en particulier les tissus brillants venant de Flandres, les instruments métalliques et les fusils ? Que de récits accompagnent ce gigantesque marché. Ainsi ce jeune marié Africain qui, pour une barrique de tafia, aurait vendu son épouse, pourtant « blindée par son père » à des négociants danois !
Sur le plan politique, la question ne se pose plus de cette manière. Les gouvernements africains refusent de prendre en compte leur propre histoire. Curieusement il y a une décennie, quand on a commémoré l’abolition de la traite négrière par les Anglais, un de ces chefs coutumiers du Nigéria s’est manifesté haut et fort dans la presse internationale. Que disait-il ? Je résume : « J’ai besoin absolument d’argent, disait-il. Pour remplir mes caisses je ne vois qu’une solution, réactiver les anciens circuits… mes courtiers, les descendants des familles anciennes qui ont pratiqué la traite, sont disposés à suivre mes directives. Si on me donne l’autorisation, je me remets à pratiquer cette vente qui a tant rapporté à mes ancêtres. »
Evidemment c’était mettre les pieds dans le plat. Beaucoup de gens en ont ri. Moi, j’avoue qu’en pensant à mes ancêtres esclaves, j’ai été parcouru par des frissons.
A l’UNESCO, le problème de la traite a été posé uniquement sur le plan politique par des hommes comme M’BOW, GLÉLÉ, et Doudou DIENE, ce qui a freiné considérablement la vulgarisation internationale  des investigations des experts. Laissant le champ libre au verbiage des ignorants. Depuis quelques années, l’UNESCO est paralysé par ce problème, ne voulant pas déplaire aux gouvernements africains impliqués. Pourtant un chef d’Etat, le sénégalais Abdou DIOUF, revenant des USA, faisant escale à Pointe-à-Pitre, a dit aux journalistes qui l’interrogeaient sur les réparations, à peu près ceci : « vous comprendrez que je ne peux rien vous dire, car nous les Africains, nous serons obligés de participer au paiement de ces réparations.
Pour une fois, les dimensions scientifique et politique se rejoignaient.
L’Histoire, la traite négrière, le système esclavagiste et les abolitions de l’esclavage sont devenus maintenant des enjeux de pouvoirs politiques. Les politiciens pensent se construire des nids de gloire dans les arbres de la culture. Passe un Hurricane qui balaie tout sur son passage ! Seules subsistent les pierres granitiques de l’Histoire, la grande Histoire, celle qui résiste aux assauts du temps et des dépressions spatiales et politiques.
ORUNO D. LARA
***
ADDENDA
Restons sur le plan scientifique.
La formulation « NègvannNèg » n’est valable qu’au XIXe siècle, à partir de 1805.
Du XVIe  au XVIIIe siècle, précisons que ce sont des Africains qui ont vendu aux Européens sur les comptoirs du littoral des captifs  africains, capturés par des Africains sur des marchés africains et à l’intérieur du continent africain.
Avec la définition suivante : Captifs Africains = NÈGRES
Soulignons pour être clair que du XVIe au milieu du XIXe siècle, les Européens ne pouvaient pas accéder aux marchés de l’intérieur de l’Afrique. Les royaumes, chefferies et autres unités politiques du continent possédaient alors des armées assez fortes pour interdire toute pénétration des Européens. Ce n’est que dans la deuxième moitié du XIXe siècle que les Européens, accompagnés de troupes et de matériels militaires modernes (mitrailleuses et canon), sont parvenus après bien des obstacles, voire des défaites (CHAKA a vaincu l’armée anglaise) à briser cette interdiction, ouvrant la route des conquêtes. La conquête de l’Afrique s’est effectuée entre 1880 et 1920.
Ce sont les sociétés africaines qui, je le répète, ont imposé aux marchands européens qui, à l’origine voulaient de l’or en poudre, d’être payés avec des « pièces d’Inde » comprenant des hommes, des femmes et des enfants. « Pièces d’Inde » n’étant qu’une mesure de cette marchandise  à l’instar du mètre, du litre ou du kilo.

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