Quand la démographie étouffe les finances d’une collectivité pourtant riche en apparence
Dans la première partie de cette série, nous avons montré que la création de la Collectivité territoriale de Martinique avait permis de moderniser l’organisation institutionnelle de l’île sans produire tous les gains d’efficacité attendus. Ce deuxième volet montre que la crise démographique est devenue le moteur des difficultés financières, économiques et sociales du territoire.
La réforme institutionnelle de 2016 avait pour ambition de rendre l’action publique plus efficace. Pourtant, même une organisation parfaitement optimisée se serait aujourd’hui heurtée à une réalité beaucoup plus puissante : la transformation démographique de la Martinique.
Depuis plusieurs années, le territoire connaît un phénomène rare à l’échelle française.
La population diminue rapidement, vieillit tout aussi rapidement et voit partir une partie de ses forces vives. Cette évolution est devenue le principal déterminant des politiques publiques.
Au 1er janvier 2025, la Martinique compte environ 355 500 habitants. En une dizaine d’années, près de 25 000 personnes ont quitté le territoire et environ 40 000 depuis 2010. Le vieillissement s’accélère tandis que les jeunes actifs et diplômés poursuivent leur parcours hors de l’île.
Le budget primitif 2026 de la CTM atteint 1,519 milliard d’euros.
Ce montant impressionnant masque une réalité différente : une grande partie des crédits est absorbée par des dépenses obligatoires de solidarité, d’infrastructures et de services publics.
L’effet de ciseaux budgétaire enferme progressivement la collectivité. Les dépenses sociales augmentent avec le vieillissement tandis que les recettes progressent moins vite en raison du recul démographique et économique.
L’épargne brute n’est plus que d’environ 42,7 millions d’euros, soit 3,9 % des recettes de fonctionnement. La dette dépasse un milliard d’euros et les marges d’investissement se réduisent fortement.
À ces contraintes financières s’ajoutent les coûts durables du chlordécone et des échouages de sargasses, qui imposent des dépenses nouvelles sans créer de ressources supplémentaires.
Les dispositifs d’insertion, les appels à projets de la DEETS et les actions EPCI sont utiles, mais ils demeurent des réponses ponctuelles à des déséquilibres structurels beaucoup plus profonds.





