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Les grandes fragilités du cinéma après la crise : la dette et la distribution

Les grandes fragilités du cinéma après la crise : la dette et la distribution
mai 24
03:43 2021
Temps de lecture : 4 minutes

Les financiers du septième art assurent qu’exploitants, producteurs et distributeurs sortent tous plus ou moins affaiblis de sept mois de fermeture des salles

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pour Le Monde

Enfin ! Après des mois de sommeil, les salles de cinéma ont rouvert mercredi 19 mai avec des dizaines de films à l’affiche. Mais financièrement, comment le secteur du septième art sort-il de plus d’un an de pandémie ? Remerciés d’une ligne à la fin du générique mais jouant un rôle primordial, les principaux banquiers du cinéma analysent les différentes fragilités de ce secteur.

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« Toute la filière repart avec un niveau de dettes qu’elle n’a jamais connu », assure Anne Flamant, directrice du département cinéma et audiovisuel de Neuflize OBC. La banque a mis en place, depuis 2020, 150 prêts garantis par l’Etat (PGE) dans différentes entreprises du cinéma pour un montant total de 100 millions d’euros. Des sommes qu’il faudra bien rembourser dans les trois ou quatre ans et qui pourraient plomber les emprunteurs les plus fragiles. Henri de Roquemaurel, directeur du pôle image et médias de BNP Paribas, a lui aussi accordé 91 PGE à des sociétés de production et de distribution et 21 à des exploitants, pour un total de 144 millions d’euros. « Des sommes qui varient entre 8 000 euros pour les plus petits et plus de 10 millions » détaille-t-il.

Ces financements « ont permis de tenir en termes de trésorerie, si bien que nous avons constaté jusqu’à aujourd’hui une baisse du nombre des faillites et des défaillances dans le secteur » par rapport aux précédentes années, précise Anne Flamant. Mais elle redoute que « cela devienne beaucoup plus difficile à partir de la fin 2021 et en 2022 » .

Interruptions et surcoûts

L’effet de la pandémie n’a pas eu la même incidence selon les métiers, même si« tous étaient touchés », déplore Karim Mouttalib, directeur général de l’Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles (Ifcic). « La crise a obligé les exploitants à reporter de nombreux investissements », dit-il. A tel point que les garanties de crédits et les prêts qu’il leur accorde ont littéralement fondu en 2020, passant de près de 23 millions d’euros… à zéro. Si les exploitants ont tant bien que mal résisté à la crise, c’est grâce « au chômage partiel qui les a sauvés, aux PGE, aux réductions de coûts et aux aides du Centre national de la cinématographie (CNC) », assure Henri de Roquemaurel. Il a également reçu 22 demandes d’exploitants de taille intermédiaire pour un total de 60 millions d’euros de prêts pour la relance (PPR), afin de renforcer leur structure financière.

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La production ressort assez secouée par la crise, mais le pire reste à venir. Jean-Baptiste Souchier, PDG de Cofiloisirs, spécialisée dans les opérations de crédit, rappelle que la reprise des tournages s’est effectuée très vite, dès le 11 mai 2020 dans l’Hexagone. « Grâce à la mise en place du fonds assurantiel, le choc a été nettement mieux amorti en France que dans les autres pays européens », constate-t-il. Toutefois, la situation sanitaire s’est soldée par des interruptions de tournages et des surcoûts. Pourtant, le nombre de productions de longs-métrages ne ralentit pas vraiment depuis janvier. L’Ifcic reçoit chaque semaine un nombre important de projets et en finance toujours beaucoup.

Selon le CNC, le devis moyen des films a diminué en 2020 de 10 % par rapport à 2019 pour atteindre son plus bas niveau depuis plus de vingt-cinq ans

De nombreux films cofinancés par Cofiloisirs comme Suzanna Andler, de Benoît Jacquot, ou Bergman Island, de Mia Hansen-Love, étaient engagés avant la crise. Les financiers notent unanimement, depuis le début de l’année, une polarisation extrême dans le financement de la production de longs-métrages entre, d’une part, les films de 3 à 4 millions d’euros, de plus en plus nombreux, et, d’autre part, ceux financés par les grands groupes, à 10 millions et plus. Entre les deux, le fossé devient béant, faute d’investisseurs.

Selon le CNC, le devis moyen des films a diminué en 2020 de 10 % par rapport à 2019 pour atteindre son plus bas niveau depuis plus de vingt-cinq ans (3,39 millions d’euros). Le CNC a aussi constaté un coup de frein, somme toute assez modéré, du nombre de films produits en 2020 (− 20,6 %, soit 239 films), en raison de la suspension durant deux mois des tournages. Mais surtout, les investissements dans la production ont lourdement chuté, de 30 % en 2020 à 783,9 millions d’euros. Les producteurs sont au milieu du gué, entre des chaînes de télévision qui mettent moins d’argent dans le cinéma et les plates-formes comme Netflix ou Amazon Prime qui n’ont pas encore vraiment pris le relais.

Le PDG de Cofiloisirs s’attend à un ralentissement de la production car les distributeurs – qui commercialisent les films en salles – ne peuvent plus investir dans de nouveaux films. « Pris en tenaille entre les exploitants et les producteurs »,selon Karim Mouttalib, les distributeurs sont de loin le maillon le plus affaibli par la crise.

Concurrence féroce

Ils ont investi parfois massivement dans des films. « Les distributeurs, sur qui les producteurs basculent le risque du succès des films en salles, ont misé sur ces films avant la pandémie », explique Isabelle Terrel, directrice générale de Natixis Coficiné. Or, la conjoncture leur est particulièrement défavorable aujourd’hui pour récupérer leur investissement grâce aux entrées en salles. La concurrence s’annonce féroce avec le « mur » de 450 films accumulés depuis la fermeture des salles, fin octobre 2020. Pour les écluser, les salles vont accélérer leur rotation, réduis les possibilités de recettes des distributeurs. Ces derniers devront supporter des frais de publicité et de marketing accrus pour accrocher le public. Et la rentabilité sera amputée par la réduction des jauges jusqu’à fin juin.

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Après cette date, la compétition risque d’être très sévère avec les blockbusters et les très gros films français. Un tableau bien sombre qui incite Isabelle Terrel à demander la mise en place rapide d’un vrai plan de relance de la distribution indépendante, plus important que ce qui a déjà été fait par le CNC. A ses yeux, les distributeurs indépendants ont « un effet structurant dans la diversité des films ». Et s’ils sont trop fragilisés économiquement, ils n’investiront plus en production, ce qui risque de bloquer l’ensemble du système. Et se solder par une pénurie de films en 2022.

Depuis mars 2020, les pouvoirs publics ont déjà largement aidé le cinéma en lui apportant 322 millions d’euros. Roselyne Bachelot, la ministre de la culture, y a ajouté un nouveau coup de pouce de 80 millions mercredi 19 mai. Sans compter les accès au fonds de solidarité, PGE, chômage partiel et « année blanche » pour les intermittents. Le grand défi pour le secteur tient désormais à la vitesse à laquelle va s’effectuer la reprise. Et tous espèrent qu’un retour à une fréquentation annuelle de 213 millions de spectateurs, comme en 2019, ne soit pas un cap trop durablement inaccessible.


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