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Massacre du 17 octobre 1961 : quatre questions sur la « répression sanglante » par la police d’une manifestation d’Algériens

novembre 22
07:34 2021
Temps de lecture : 4 minutes

 

franceinfoF.

Des manifestants algériens arrêtés à Puteaux (Hauts-de-Seine), le 17 octobre 1961.  (FERNAND PARIZOT / AFP)
Des manifestants algériens arrêtés à Puteaux (Hauts-de-Seine), le 17 octobre 1961.  (FERNAND PARIZOT / AFP)

Emmanuel Macron assiste pour la première fois à une commémoration de cette journée où des dizaines d’Algériens ont trouvé la mort, tués par la police française sous l’autorité de Maurice Papon. 

C’est une journée chargée d’émotions. Emmanuel Macron est devenu, samedi 16 octobre, le premier président en exercice à participer à la journée de commémoration du 17 octobre 1961. Ce jour-là, une manifestation pacifique organisée par le Front de libération national (FLN) avait été brutalement réprimée par la police française, faisant au moins plusieurs dizaines de morts algériens à Paris et dans sa banlieue. Franceinfo répond à quatre questions autour de ces événements sanglants survenus il y a soixante ans. 

Dans quel contexte se déroule la manifestation ?

En octobre 1961, l’Algérie est toujours considérée comme un département français et la guerre, débutée en 1954, fait encore rage. C’est la fin de l’empire colonial français : en Afrique, « 17 pays sont devenus indépendants en 1960 »rappelait l’an dernier le journaliste Olivier Marbot sur le plateau de franceinfo. Une indépendance qui s’est souvent obtenue dans la violence, comme le soulignent les documentaires Décolonisations, du sang et des larmesréalisés par le cinéaste David Korn-Brzoza.

Un mois avant la manifestation sanglante du 17 octobre, cinq policiers français sont tués et une dizaine blessés lors d’un attentat perpétré par le Front national de libération (FLN). Maurice Papon, le préfet de police de l’époque, décide alors de suspendre les obsèques solennelles des officiers, craignant de devoir en effectuer « toutes les semaines », selon l’historien Emmanuel Blanchard, cité par Le Monde(article payant)« On peut imaginer l’esprit de vengeance que génère ce contexte », d’après lui. 

Que s’est-il passé le 17 octobre ?

Le FLN appelle à manifester dans les rues de Paris pour réclamer l’indépendance de l’Algérie et la fin du couvre-feu visant les « musulmans algériens » depuis le 5 octobre. « Il est demandé de la façon la plus pressante aux travailleurs musulmans algériens de s’abstenir de circuler la nuit dans les rues de Paris et de la banlieue parisienne, et plus particulièrement de 20h30 à 5h30 du matin », précise le communiqué de la préfecture de police de Paris. 

Entre 20 000 et 30 000 Algériens participent à cette manifestation. L’ordre est donné aux 10 000 policiers mobilisés d’empêcher les manifestants d’accéder au cœur de la capitale. Plusieurs d’entre eux sont donc postés aux ponts de Bezons, de Gennevilliers ou de Neuilly. Des bus de la RATP sont ainsi réquisitionnés pour procéder à près de 11 500 arrestations en fin d’après-midi.

La manifestation dégénère et de nombreux Algériens sont frappés avec des gourdins ou à coups de crosse par la police. Plusieurs d’entre eux sont même tués « par balle », précise Emmanuel Blanchard au Monde, puis jetés dans la Seine. Cette journée est qualifiée de « massacre » par de nombreux historiens. 

Comment a réagi l’Etat français ?

Aucune responsabilité n’a officiellement été reconnue. Maurice Papon, le préfet de police de l’époque, a été maintenu à son poste jusqu’en 1967, sans jamais être inquiété pour sa gestion du 17 octobre 1961. Le bilan officiel fait état de trois morts le lendemain, puis de sept quelques jours plus tard. Il est corrigé en 1991 pour la première fois par l’historien Jean-Luc Enaudi dans le livre La Bataille de Paris, 17 octobre 1961. Il évoque « au moins 200 morts » et 193 disparus.

En 2012, François Hollande entrouvre la voie à une reconnaissance de l’Etat dans un communiqué. « Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante-et-un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes », écrit alors le président socialiste.

Lors de la cérémonie de commémoration, Emmanuel Macron a respecté une minute de silence, avant de s’entretenir avec les proches des victimes, mais sans prononcer de discours. Le chef de l’Etat s’est exprimé dans communiqué : Emmanuel Macron affirme que « la France regarde toute son histoire avec luicidité et reconnaît les responsabilités clairement établies ». Selon lui, « les crimes commis cette nuit-là sous l’autorité de Maurice Papon [étaient] inexcusables pour la République ».

Comment vont les relations entre la France et l’Algérie ?

Cette commémoration intervient dans un contexte tendu entre Paris et Alger. L’ambassadeur algérien en France a ainsi été rappelé au début du mois d’octobre à la suite des propos d’Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat avait estimé qu’après l’indépendance de l’Algérie en 1962, le pays s’était construit sur « une rente mémorielle » entretenue par « le système politico-militaire ». Le président français avait également critiqué « une histoire officielle » selon lui « totalement réécrite » qui « ne s’appuie pas sur des vérités » mais sur « un discours qui repose sur une haine de la France ».

Fin septembre, la France a annoncé qu’elle allait diviser de moitié le nombre de visas octroyés au Maroc, à la Tunisie et à l’Algérie. En cause : le refus de ces trois pays de délivrer les laissez-passer consulaires nécessaires au retour des immigrés refoulés de France. Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, avait alors expliqué que l’attitude de ces pays « freine l’efficacité des reconduites effectives ».

A l’Elysée, on assure que « quel que soit l’état de nos relations avec l’Algérie et quelles que soient les positions des autorités algériennes sur la question, nous le faisons pour nous mêmes, pas pour des raisons franco-algériennes ». D’après la présidece, le chef de l’Etat souhaite avant tout « regarder l’histoire en face », comme il l’a fait au Rwanda en reconnaissant les « responsabilités » de la France dans le génocide des Tutsis de 1994.


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