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Général William Vaquette, commandant de la Gendarmerie : « Au quotidien les gens me disent que la Martinique ce n’est pas cette violence… »

Général William Vaquette, commandant de la Gendarmerie : « Au quotidien les gens me disent que la Martinique ce n’est pas cette violence… »
décembre 11
21:20 2022

Vous trouverez ici une bonne partie de l’interview du Général Willian Vaquette, Commandant en chef de la Gendarmerie de Martinique, les nons abonnés à Antilla, pourront consulter l’intégralité de celle-ci  dans le magazine en vente semaine prochaine. Les abonnés l’auront dès ce soir. Une interview très éclaicissante sur le rôle important, voir primordial qu’a la Gendarmerie à la Martinique. Si seulement ils pouvaient avoir un peu plus de moyens ! Bravo et Merci Général à vous et vos Hommes et Femmes. Philippe PIED

« Au quotidien les gens me disent que la Martinique ce n’est pas cette violence… »

Si la présence des gendarmes nous est certes familière dans nos quotidiens respectifs, que savons-nous précisément de leurs rôle et missions ? C’est à cette interrogation centrale que répond dans ces lignes le Général William Vaquette, le commandant (depuis un an et des poussières) de la Gendarmerie de Martinique. Un entretien également frappé du sceau – comment pourrait-il en être autrement ? – de ces réalités particulièrement anxiogènes de circulation d’armes à feu. Et d’un nombre d’homicides qui ne cesse d’alarmer sous nos cieux… . Objectifs, ‘’feuille de route’’ et priorités d’un dirigeant par ailleurs féru d’Histoire et « dépositaire de la mémoire de la Gendarmerie ».

ANTILLA : Comment pourriez-vous présenter ce qu’est la Gendarmerie ?

Général William VAQUETTE : Tout d’abord la gendarmerie est une force militaire : c’est en tant que militaires que nous faisons notre métier. Il n’y a pas dans les forces armées de syndicat(s), comme dans la magistrature ou la police nationale : cette interdiction constitutionnalisée vise à garantir la neutralité des armées et à tenir les militaires en dehors des luttes politiques et sociales. Les gendarmes sont des militaires, et à ce titre sont soumis à la loi portant statut général des militaires. Ce statut exige en toutes circonstances esprit de sacrifice, discipline, disponibilité, loyalisme et neutralité. C’est pour cette raison que la loi interdit l’existence de groupements professionnels militaires à caractère syndical, ainsi que l’adhésion des militaires en activité de service à de tels groupements. En contrepartie, le Code de la Défense fait expressément obligation au chef, donc à la hiérarchie de la Gendarmerie, de veiller aux intérêts de ses subordonnés sans que ces derniers aient à les défendre par une action revendicatrice.  Ainsi, comme tous les agents publics les militaires de la gendarmerie sont privés de droits et de libertés, et ont plus de devoirs et sujétions au nom de l’intérêt général qui l’emporte sur l’intérêt individuel. Quand plus rien ne fonctionne, la structure militaire doit fonctionner. Tout est donc tourné vers l’intérêt supérieur de l’Etat ; ce qui se traduit dans le statut général militaire qui nous à oblige à donner notre vie pour la patrie.

Qu’implique ce statut militaire dans le quotidien des gendarmes ?

Un gendarme est déterminé par son temps de récupération et non par son temps de travail, car il est disponible tout le temps et en tout lieu. Concrètement cela veut dire que nous habitons sur notre lieu de travail et que nous travaillons sur notre lieu de vie : nous sommes donc casernés, de façon à apporter une réponse et capacité de montée en puissance immédiates. Voilà la singularité du modèle militaire par rapport aux autres forces de sécurité : quand le téléphone sonne ça réveille aussi la famille, et quand des casernes sont parfois attaquées ce sont aussi les logements des familles qui sont attaqués. C’est donc un engagement personnel et familial qui va au-delà de l’engagement professionnel : nous faisons quelque chose de plus grand que nous. Les Gens d’armes ont plus de huit siècles d’Histoire, ce qui est une singularité dans le monde sécuritaire contemporain. C’est donc en militaires que nous remplissons nos missions de sécurité, c’est à dire sans syndicat, sans droit de retrait en cas de danger ou sans cogestion mixte paritaire.

Combien de forces la Gendarmerie compte-t-elle en Martinique ?

Nous sommes 600, y compris les personnels civils et de soutien. Nous avons précisément 400 gendarmes territoriaux répartis dans 21 brigades, pour nous occuper de 1000 km2 et 260.000 habitants – soit 70% de la population martiniquaise et 92 % du territoire – c’est-à-dire les superficies et populations des 32 territoires communaux sur 34 couverts par la Gendarmerie.

« En Martinique les forces de sécurité subissent cinq fois plus de violences qu’en France hexagonale » 

On entend fréquemment les autorités étatiques souligner que les crimes et délits sont plus violents en Martinique que dans l’Hexagone : confirmez-vous ces affirmations ?

Quand on regarde le nombre de crimes et délits rapporté à la population de Martinique, ce nombre nous place dans les 30 départements les plus criminogènes de France. Mais au-delà du constat arithmétique il faut considérer l’indice de gravité de l’infraction, et en Martinique tous les crimes et délits sont assortis de violences et d’usage d’armes. Il y a donc beaucoup plus de victimes graves, par conséquent des procédures plus lourdes, il faut beaucoup plus d’actes d’investigation, etc. Et quand on considère le nombre de tentatives d’homicides et de vols à main armée rapporté à la population martiniquaise, nous sommes le deuxième département le plus criminogène de France après la Guyane. Ici toutes les infractions sont assorties de circonstances aggravantes, à savoir des violences et l’usage d’armes. La violence est partout : la violence routière, intrafamiliale, criminelle et contre les forces de sécurité.

Hormis les homicides et vols à main armée, quels sont par exemple(s) les types d’infractions et de crimes commis en Martinique ?

La violence est aussi routière. Il y en a énormément, avec des personnes inconscientes qui roulent sans casques, font des slaloms voire des ‘’rodéos’’ etc., mais c’est aussi le cas dans plusieurs pays de la Caraïbe. En plus, les délinquants routiers viennent au ‘’contact’’ avec les forces de sécurité à chaque contrôle. Je tiens à souligner que la Gendarmerie doit rendre les mêmes services partout où elle se trouve. Ainsi elle rend en Martinique le même service qu’en métropole ; nous avons exactement la même organisation et les mêmes unités : des unités de sécurité routière, d’investigation, des brigades territoriales qui ici sont au nombre de 21, également 3 pelotons d’intervention, 35 militaires du GIGN – ce qui est énorme – avec des capacités de surveillance et d’observation, une brigade nautique, une section aérienne et un groupe d’investigation cynophile. Ceci sans oublier le renfort permanent de 74 militaires de la gendarmerie mobile, qui travaillent six jours sur sept pour assurer leur mission sur l’ensemble de la Martinique. Ici nous avons une moyenne de 150 mises en cause par semaine, avec interpellations et gardes à vue ; nous saisissons une arme un jour sur deux, et de la drogue tous les jours.

Pour quels types de délits ?

Beaucoup de violences, routières et criminelles. Et nous avons des voisins ‘’compliqués’’ : Sainte-Lucie, le Venezuela et la Colombie, premier producteur mondial de cocaïne. C’est pour cela que lors de sa récente venue en Martinique, monsieur le ministre de l’Intérieur a annoncé la création de 3 nouvelles brigades de gendarmerie et le renfort de 30 gendarmes ; également le renfort de l’OFAST (Office Anti-Stupéfiants) dont 4 gendarmes car c’est une unité interservices. Il y a aussi de la violence contre les forces de sécurité : chaque semaine un gendarme est blessé par un malfaiteur en Martinique. L’an dernier il y a eu 250 agressions physiques et verbales contre des gendarmes, faisant 35 blessé.e.s graves, et depuis le début de cette année 80 gendarmes ont été violenté.e.s, outragé.e.s et blessé.e.s. En Martinique les forces de sécurité subissent 5 fois plus de violences qu’en France hexagonale. La société dans laquelle nous vivons génère beaucoup de violence(s), tout comme notre environnement car nous sommes géographiquement une île d’Amérique centrale. L’île est volcanique et les comportements sont éruptifs dans un ‘’magma social’’ en état de précarité économique et déclin démographique. Dans l’environnement dans lequel nous vivons, le mode de régulation d’un conflit c’est la violence : la Martinique subit donc les mêmes maux que ses voisins.

Mais les faits de violence(s) dont vous parlez existent aussi dans l’Hexagone, non ?

Oui mais comme ici tout est ‘’concentré’’ sur un petit territoire de 1100 km2, ça se voit davantage. Ce qui est bien est toujours mieux, mais ce qui est mal est souvent pire. Il y a un autre fléau en Martinique : les violences intrafamiliales et sexuelles, qui correspondent à un appel téléphonique sur deux vers la gendarmerie. C’est la raison pour laquelle nous venons de créer trois ‘’Maison de protection des familles’’ au plus près de la population, et que nous avons formé un réseau de spécialistes de lutte contre ces violences intrafamiliales.

« Quand la maison ‘’brûle’’, il faut avoir des extincteurs ! » 

Que vous « inspirent » ces renforts de gendarmerie relatifs à la Martinique ?

Nous allons changer de méthode. En effet ce n’est pas moi qui dirai aux élu.e.s où je vais implanter ces nouvelles brigades, mais avec le Préfet de la Martinique nous réunirons les maires et je leur présenterai, commune par commune, le diagnostic de sécurité ; je leur expliquerai quelles sont les forces en présence dont je dispose, ce que nous pouvons faire, et je leur demanderai où ils souhaitent voir ces brigades et ce qu’ils souhaitent les voir faire. Des brigades territoriales fixées sur un territoire ou des brigades mobiles ? Quelles missions leur donner ? Faut-il recréer des brigades équestres afin de pouvoir appréhender, dans les mornes, des individus cachés avec des armes et de la drogue ? Ne faut-il pas aussi des groupes cynophiles dans les communes ? Affecter des enquêteurs spécialisés par rapport à la délinquance particulière d’une commune ? Ces questions seront discutées avec les élu.e.s.

L’utilisation de drones pour de la surveillance, sera-t-elle l’une de ces questions ?

Nous avons des drones mais ne pouvons les utiliser car la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) nous interdit actuellement de les mettre en œuvre en sécurité publique : il est estimé que c’est attentatoire aux libertés individuelles. La jurisprudence pénale apporte beaucoup d’éléments de protection des droits individuels des personnes présumées d’avoir commis des crimes – ce qui est normal dans un Etat de droit où la liberté est la règle et la restriction l’exception -, mais nous avons de plus en plus besoin d’outils juridiques adaptés à l’environnement dégradé et criminogène de la Martinique. Et c’est ce qui a été fait. Lors du ‘’Beauvau de la Sécurité’’ le Garde des Sceaux a donné des directives nationales via une circulaire, donc des directives évidemment applicables en Martinique, afin de déférer systématiquement les gens qui agressent des policiers et des gendarmes. Car si la personne qui a agressé ou blessé est convoqué dans six mois par la Justice, et reste donc libre entretemps, on laisse s’installer un sentiment public d’impunité. A titre d’exemples, le Législateur a voté des lois nous permettant de procéder à des contrôles d’identité dans la ‘’bande’’ des 1 kilomètre sur le littoral, et nous permettant de verbaliser, en cas de ‘’rodéo urbain’’, sans caractériser l’infraction routière. Mais nous avons besoin d’autres outils juridiques, notamment cette possibilité de drones pour surveiller le littoral. Cela est toutefois compliqué et un casse-tête juridique pour le Législateur, car il lui faut trouver un équilibre entre libertés individuelles et sécurité pour qu’on puisse continuer à vivre dans un Etat de droit. Mais quand la maison ‘’brûle’’, il faut avoir des extincteurs !

« Les récentes annonces du ministre de l’Intérieur et du président du conseil exécutif de la CTM, avec un contrat territorial de sécurité et de prévention, sont sans précédent »

Fin de la première partie…

 

Propos recueillis par Mike Irasque et Philippe Pied – Article de Mike Irasque – Antilla©


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