La baisse démographique transforme l’économie, les services publics et l’équilibre social du territoire. La Martinique comptait officiellement 358 818 habitants au 1er janvier 2026. Elle a perdu environ 25 400 habitants en dix ans. Cette diminution, longtemps provoquée principalement par le départ des jeunes adultes, est désormais aggravée par un déficit naturel. En 2025, 2 920 enfants sont nés tandis que 3 732 personnes sont décédées. Le territoire a donc enregistré 812 décès de plus que de naissances.
Les chiffres officiels décrivent une diminution structurelle.
La fécondité est tombée à 1,56 enfant par femme. Dans le même temps, la population des femmes âgées de 20 à 40 ans, dont dépend largement le nombre futur de naissances, a diminué de 38 % depuis 2000. Les départs des jeunes adultes ne sont pas compensés par des arrivées équivalentes. La Martinique entre ainsi dans un cercle démographique préoccupant. La diminution du nombre de jeunes adultes réduit les naissances. La baisse des naissances accélère ensuite la contraction de la population et diminue progressivement le nombre d’actifs susceptibles de travailler, d’entreprendre et de financer les services collectifs.
Une population plus âgée
Les personnes âgées de 60 ans ou plus représentent déjà 35,7 % des habitants, proportion la plus élevée de France, tandis que les moins de 25 ans ne constituent plus que 24,1 % de la population. La Martinique compte désormais 133 personnes âgées de 65 ans ou plus pour 100 jeunes de moins de 20 ans.
Si les tendances actuelles se prolongeaient, la Martinique compterait environ 286 000 habitants en 2042 et 212 000 en 2070. À cette date, 42 % de la population aurait au moins 65 ans et l’âge médian atteindrait 58 ans. Un Martiniquais sur deux aurait donc plus de 58 ans. Le territoire ne connaît pas simplement une baisse du nombre de ses habitants. Il subit une transformation profonde de sa structure, avec moins d’enfants, moins de jeunes adultes et moins d’actifs, mais davantage de personnes âgées et potentiellement dépendantes.
Des conséquences dans tous les domaines
Il est tiré comme conclusion que évolution affectera l’ensemble de la société martiniquaise. Les écoles accueilleront moins d’élèves, ce qui entraînera des fermetures de classes et une concentration des établissements. Les entreprises rencontreront davantage de difficultés pour recruter, transmettre les compétences et renouveler leurs dirigeants. La consommation intérieure diminuera et fragilisera le commerce, la construction, les services ainsi que les recettes des collectivités.
Certains logements resteront vacants alors que les besoins en habitations adaptées aux personnes âgées augmenteront. Les dépenses de santé, d’aide à domicile, de prise en charge de la dépendance et de transport spécialisé progresseront. Un nombre plus réduit d’actifs devra contribuer au financement des services nécessaires à une population vieillissante. Les communes qui perdent le plus d’habitants risquent de voir leurs commerces, leurs équipements et leurs services publics se contracter.
L’enjeu est donc à la fois économique, social, territorial et politique. Une population moins nombreuse et plus âgée ne peut conserver durablement la même organisation scolaire, sanitaire, commerciale et administrative. Les infrastructures devront être adaptées, mais cette adaptation ne devra pas se réduire à une politique de fermeture. Elle devra également rechercher les moyens de retenir les jeunes, de favoriser leur retour, d’accueillir de nouveaux actifs et de rendre possible la naissance et l’éducation des enfants en Martinique.
Population officielle et population réellement présente
Pour prendre de bonnes décisions, il faut cependant savoir précisément qui vit en Martinique. Le chiffre officiel mesure la population résidente habituelle. Il inclut toute personne dont la résidence principale se situe sur le territoire, quelle que soit son origine ou sa situation administrative. Il décrit moins directement les mouvements permanents entre la Martinique et l’extérieur, notamment les départs pour les études ou l’emploi, les retours temporaires, les installations de personnes venues de l’Hexagone, les résidences multiples, les séjours prolongés et le tourisme.
Il convient donc de distinguer la population résidente de la population moyenne présente. La première permet de mesurer l’évolution démographique de long terme. La seconde correspond au nombre moyen de personnes physiquement présentes sur le territoire au cours d’un mois ou d’une année. Elle peut être temporairement supérieure à la population résidente pendant les périodes touristiques ou lors du retour des familles. Elle peut aussi révéler qu’une partie des personnes officiellement rattachées au territoire y séjourne peu. Ces deux mesures ne se contredisent pas. Elles répondent à des questions différentes et doivent être utilisées ensemble.
Une estimation régulière de la population présente
Une estimation mensuelle – par exemple – pourrait reposer principalement sur les données anonymisées de téléphonie mobile. Le nombre de terminaux détectés devrait être corrigé afin de tenir compte des personnes possédant plusieurs téléphones, de celles qui n’en ont pas, des cartes professionnelles, des objets connectés et des visiteurs utilisant l’itinérance.
Cette première estimation serait rapprochée des entrées et des sorties enregistrées par l’aéroport et les ports. Elle serait également comparée aux consommations d’eau et d’électricité, à la production de déchets, au trafic routier, aux ventes de carburant, au nombre de cartes bancaires distinctes utilisées localement, aux nuitées touristiques ainsi qu’à la fréquentation scolaire, universitaire et médicale.
Le nombre de véhicules immatriculés, la consommation globale ou la masse monétaire ne permettraient pas, isolément, de compter les habitants. Ces indicateurs dépendent aussi du niveau de vie, de l’activité des entreprises, du tourisme et des comportements de consommation. Leur utilité réside dans leur croisement et dans la vérification de leur cohérence avec les autres sources.
Une enquête représentative menée auprès de 3 000 à 5 000 ménages permettrait d’établir les coefficients de correction. Elle mesurerait notamment le nombre moyen de téléphones par personne, les absences prolongées, les résidences multiples, l’hébergement de visiteurs et les habitudes de consommation.
Un observatoire au service de la décision
Un Observatoire de la population résidente et présente pourrait réunir l’Insee, la Collectivité territoriale de Martinique, les communes, les opérateurs téléphoniques, l’aéroport, les ports et les principaux services publics. Il publierait chaque mois une estimation centrale accompagnée d’une marge d’incertitude et expliquerait les variations saisonnières observées.
Cette méthode ne remplacerait pas le recensement officiel. Elle le compléterait par un indicateur plus réactif, permettant de mieux dimensionner les écoles, les hôpitaux, les transports, les logements, les réseaux d’eau, les politiques de dépendance et les équipements publics.
Connaître la population réelle de la Martinique n’est pas une simple question statistique. C’est une condition pour déterminer combien de personnes vivent effectivement sur le territoire, quel est leur âge, quels sont leurs besoins et quelles activités économiques pourront encore être soutenues demain. Sans diagnostic démographique précis, la Martinique risque de continuer à organiser son avenir pour une population qui n’existe déjà plus sous la même forme.
Gérard Dorwling-Carter





