Pendant une semaine, j’ai relevé ce que publiaient sur mon profil LinkedIn les dirigeants, les fédérations et les institutions du territoire. Vingt-huit publications, dont onze de publicité. Ce qui reste dessine une Martinique qui trie, qui normalise et qui s’interroge sur la façon dont elle est représentée.

Les déchets, sujet numéro un des institutions
C’est la publication la plus lourde de la semaine. Serge Letchimy, président de la Collectivité Territoriale de Martinique, annonce avoir reçu José Crampel, président du Syndicat Martiniquais de Traitement et de Valorisation des Déchets (SMTVD), pour évoquer « la situation de la filière et les investissements nécessaires ». Il écrit vouloir sécuriser, sur toute la Martinique, la capacité à collecter, traiter et valoriser.
Une semaine plus tôt, Jean-Yves Bonnaire, secrétaire général de la Fédération régionale du BTP, publiait un texte intitulé « Une responsabilité transgénérationnelle ». Il y conditionne la réussite de son mandat à l’engagement du territoire « sur une trajectoire de gestion de ses déchets plus pérenne, plus vertueuse et soutenable dans la durée », en insistant sur le caractère collectif de la tâche.
Deux voix, l’une politique, l’autre professionnelle, sur le même sujet, à quelques jours d’intervalle. C’est le signal le plus net du corpus.
Le BTP parle normes et salons
Paul Quistin, directeur technique adjoint de CH2TC et ancien vice-président de l’Association française du génie parasismique, alerte sur les attestations sismiques exigées au dépôt du permis de construire. Produire une telle attestation « n’est pas un geste banal à la portée de tout le monde », écrit-il, rappelant que l’attestateur doit être formé à la construction parasismique. Dans un territoire classé en zone de sismicité forte, l’avertissement mérite d’être entendu.
Plus classiques, mais révélateurs du calendrier professionnel : SIAPOC annonce sa présence à Batimat 2026, et Lafarge Bétons Antilles consacre une vidéo au travail qui précède une livraison de béton prêt à l’emploi.
L’économie sociale sort ses chiffres
Raphaëlle Goma, directrice de France Active Martinique, extrait du rapport d’activité 2025 de la CRESS Martinique des données qui méritent d’être reprises : 13 800 emplois dans l’économie sociale et solidaire, 1 064 établissements, 71 % des emplois occupés par des femmes et 87 % d’associations.
Elle souligne l’écart avec l’Hexagone, où la féminisation atteint 66 % et la part associative 84 %. L’ESS martiniquaise est donc plus féminine et plus associative que la moyenne nationale.
Le patronat monte à Paris
Catherine Rodap, présidente du MEDEF Martinique et vice-présidente de la FEDOM, diffuse la vidéo de la question qu’elle a posée aux représentants des candidats à la présidentielle de 2027, au nom des entreprises martiniquaises. C’est la publication la plus commentée du corpus.
Dans le même mouvement, SOMES rend compte de sa présence à la Rencontre des Entrepreneurs de France, aux côtés du MEDEF Martinique, sous une bannière « Les Outre-mer, une chance pour les entreprises françaises ».
Fiscalité et comptabilité, le quotidien des entreprises
Contact-Entreprises pose une question simple : quelle commune affiche le taux de taxe foncière le plus élevé de Martinique ? Réponse, Case-Pilote en 2026, une seule commune ayant choisi de baisser son taux quand la grande majorité l’a maintenu.
Valérie-Anne Lauhon, présidente de l’Ordre des experts-comptables de la Martinique, appelle pour sa part à « garder le cap » sur la facturation électronique, à quelques jours de l’échéance.
L’image du territoire, entre distinctions et mécénat
Richès Karayib annonce quatre distinctions aux 37es CBU Media Awards, pour sa première participation, sur des productions consacrées au sport, à l’art, au patrimoine et à la musique caraïbe.
TEDxFortdeFrance assume une association inattendue : « Une raffinerie comme partenaire d’un festival d’idées ? La rencontre était improbable », écrit l’équipe à propos de la SARA. Et Martinique Luxury signale l’inauguration des Villas de la Baie, au Diamant.
Le dit, le non-dit, le à-vérifier
Le dit. Les déchets dominent la parole institutionnelle. Le BTP parle norme et salon plutôt que carnet de commandes. Le patronat porte sa voix vers Paris, à dix-huit mois d’une présidentielle.
Le non-dit. Aucune publication sur les prix, le pouvoir d’achat ou la vie chère. Rien sur l’eau. Rien sur le logement social. Aucune parole de salarié, d’usager ou de très petite entreprise : le fil professionnel est un fil de dirigeants.
Le à-vérifier. Quels investissements précis pour la filière déchets, et sur quel calendrier ? Combien d’attestations sismiques sont-elles produites chaque année en Martinique, et par qui ? Les 13 800 emplois de l’ESS progressent-ils ou stagnent-ils ? Autant de questions que ce relevé ne tranche pas, et que la rédaction se propose de suivre.
Notre méthode
Corpus constitué le 31 août 2026 sur le fil LinkedIn de mon compte personnel, en tri chronologique : 28 publications, dont 11 posts sponsorisés ou promotions de la plateforme, comptés mais écartés de l’analyse thématique. Les publications sont résumées et lienées vers leurs auteurs, jamais reproduites.
Ce relevé ne mesure pas l’économie martiniquaise. Il mesure ce que ses acteurs choisissent de rendre visible, dans un fil dépendant de mes abonnements personnels et de l’algorithme de la plateforme. Les silences relevés ci-dessus sont ceux de ce corpus, pas ceux du territoire.





