Dans sa livraison du 3 septembre 2026, l’hebdomadaire Justice consacre ses colonnes à l’un des sujets les plus déterminants pour l’avenir du pays : la reprise des délibérations sur l’évolution institutionnelle de la Martinique, relancée par les travaux du Congrès des élus. Sous la signature de Michel Branchi l’organe historique du Parti Communiste Martiniquais s’attache à déconstruire les argumentaires récemment diffusés dans les tribunes de la presse locale. L’auteur y pointe du doigt la résurgence d’un vieil écueil de l’histoire politique antillaise : la tentation récurrente d’opposer le pragmatisme économique et social à la conquête de réelles prérogatives institutionnelles.
La fausse dichotomie entre le statut juridique et le panier de la ménagère
Le premier front ouvert par l’auteur vise directement la tribune de Jean-Luc Marc, parue dans Antilla sous le titre « Quand la Martinique se réveillera » dans Antilla. Ce dernier y exhortait à dépasser les réflexes statutaires traditionnels, avançant qu’aucun changement institutionnel ne suffira, à lui seul, à remplir les assiettes, créer des emplois ou retenir une jeunesse contrainte à l’exil. Tout en reconnaissant la pertinence des problématiques soulevées (souveraineté alimentaire, santé publique, transport, lutte contre la vie chère), Michel Branchi met en lumière ce qu’il estime être l’inconsistance fondamentale d’une telle posture.
Pour le chroniqueur de Justice, écarter l’institutionnel au profit d’un catalogue de bonnes intentions économiques relève de l’illusion pure et simple.
Aucune politique structurelle de lutte contre la vie chère, aucune réorientation foncière en faveur de l’agriculture vivrière, aucun levier pour soutenir l’industrie locale face à la concurrence des importations ne peuvent voir le jour sans la détention préalable de pouvoirs décisionnels, fiscaux et réglementaires. Ces compétences indispensables demeurent aujourd’hui l’apanage de l’État central. En dépolitisant les enjeux économiques et en imputant les difficultés locales au seul comportement des gouvernants antillais, ces analyses réduisent la crise à une défaillance morale individuelle, occultant la nature profondément systémique et postcoloniale des blocages.
L’impératif démocratique : bâtir la confiance sans bloquer l’autonomie
Le second volet de l’article examine l’appel d’un collectif d’une quinzaine de personnalités publié conjointement dans Antilla et France-Antilles, s’interrogeant sur la possibilité de construire l’autonomie dans un climat de défiance civique et d’abstention massive. Tout en relevant la tonalité parfois défaitiste de cette interpellation, Michel Branchi en accueille favorablement les axes constructifs. Contrairement aux réflexes paternalistes qui imposent des préalables paralysants avant toute avancée institutionnelle, les signataires de la tribune invitent à un inventaire rigoureux des responsabilités déjà exercées par les collectivités locales, notamment dans la gestion de l’eau, des déchets et des transports.
Cet examen critique n’est pas un obstacle, mais une étape indispensable.
L’éditorialiste rappelle opportunément que cet effort d’évaluation s’inscrit dans la continuité directe des réflexions fondatrices de la gauche martiniquaise, depuis la Convention du Morne-Rouge de 1971 jusqu’aux travaux contemporains du Congrès des élus et du Cesecem. L’adhésion à l’autonomie démocratique et populaire est née précisément du constat de rupture avec les illusions d’une promesse républicaine assimilatrice incapable de garantir l’égalité réelle.
Vers une responsabilité collective éclairée





