Le trésor martiniquais cherche encore sa filière
La Martinique possède des savoirs anciens sur les plantes médicinales et plusieurs décennies de recherche. Pourtant, entre le jardin créole et le produit vendu légalement, le chemin reste complexe. La proposition de CHM/MAIA autour du moringa et de l’hibiscus montre comment passer de projets dispersés à une véritable filière.
Des connaissances à transformer en production
Depuis les années 1980, le réseau TRAMIL étudie les usages traditionnels des plantes caribéennes. Le PARM dispose de laboratoires, d’une halle technologique et d’équipements d’éco-extraction. L’Université des Antilles, le CIRAD, INRAE, le CTEBioM, des associations et des entreprises complètent cet ensemble.
Une soixantaine d’espèces auraient déjà été étudiées, dont une dizaine présenterait un potentiel à court ou moyen terme. Le défi n’est donc plus seulement de connaître les plantes, mais d’organiser leur culture, leur transformation et leur commercialisation.
Le moringa comme plante pilote
CHM/MAIA propose de se positionner sur le maillon agricole : programmation des cultures, suivi des producteurs, collecte et fourniture régulière d’une matière végétale conforme.
Le moringa serait la première plante pilote. Ses feuilles peuvent être vendues fraîches ou séchées, réduites en poudre ou transformées en extraits. Ses graines fournissent une huile riche en acide oléique, utilisable dans l’alimentation ou la cosmétique. Mais il faut caractériser le moringa cultivé en Martinique : rendement, composition, stabilité, propriétés antioxydantes et innocuité.
L’hibiscus constituerait un second axe, notamment pour ses anthocyanes, ses polyphénols et son potentiel antioxydant.
Une chaîne à organiser
Le dispositif pourrait répartir clairement les fonctions. CHM/MAIA organiserait la production agricole. Le CTEBioM assurerait la caractérisation phytochimique, l’étude des actifs, la toxicologie et la recherche galénique. Le PARM prendrait en charge le séchage, le broyage, l’extraction, la pression des graines et les essais pilotes, avant le transfert à un opérateur industriel.
Cette organisation permettrait de construire une chaîne complète : production agricole, recherche scientifique, transformation pilote, débouchés alimentaires et cosmétiques, puis industrialisation.
Des règles encore à clarifier
Une même plante ne relève pas des mêmes règles selon qu’elle devient tisane, complément alimentaire, cosmétique ou médicament. Chaque produit exige donc un parcours réglementaire spécifique.
Un autre verrou concerne les aides agricoles. Le moringa peut relever de la diversification végétale, mais son éligibilité au POSEI en Martinique doit être formellement vérifiée.
La CTM pourrait saisir la DAAF et l’ODEADOM et, si nécessaire, demander son inscription explicite lors de la révision 2027.
La Martinique dispose ainsi des savoirs, des chercheurs et des équipements. Il lui reste à choisir quelques plantes prioritaires et à relier durablement la parcelle, le laboratoire, l’outil industriel et le marché. Gdc





