Saint Lucia Times.
Par Keryn Nelson
Pendant trois jours, des représentants gouvernementaux, des dirigeants régionaux, des militants en faveur des réparations, des universitaires ainsi que des représentants des communautés africaines et caribéennes et de la diaspora mondiale se sont réunis à la Barbade. Le mouvement caribéen pour les réparations entend désormais transformer plusieurs décennies de plaidoyer en actions concrètes.
La troisième Conférence régionale de la CARICOM sur les réparations, organisée du 17 au 19 septembre au Wyndham Grand Barbados Sam Lord’s Castle, a rassemblé des personnalités régionales et internationales autour du thème : « La justice réparatrice, une lumière pour l’avenir ».
Cette conférence s’est tenue à un moment crucial pour le mouvement. Elle faisait suite à l’adoption, en mars, d’une résolution des Nations unies qualifiant la traite et l’asservissement racial des Africains de « crime le plus grave contre l’humanité », ainsi qu’à la récente pétition adressée par la Jamaïque au roi Charles III, lui demandant un examen juridique des questions liées à l’esclavage et à la responsabilité de la Grande-Bretagne en matière de réparations.
Mais si les arguments historiques en faveur des réparations ont été maintes fois exposés, les intervenants réunis à la Barbade ont souligné que le mouvement devait désormais concentrer ses efforts sur les actions à engager.
« Les dommages sont profonds »
L’un des temps forts de la conférence a été une table ronde avec Mia Mottley, Première ministre de la Barbade. Elle y a évoqué les effets persistants de l’esclavage et du colonialisme, ainsi que les raisons pour lesquelles la région continue de réclamer une justice réparatrice.
« Les dommages sont profonds, tant sur le plan psychologique qu’économique. Ils sont bien réels. »
Mia Mottley a déclaré que la Barbade et les autres îles de la Caraïbe continuaient de subir les conséquences d’une époque où la force constituait la principale source de pouvoir.
Elle a notamment insisté sur les séquelles psychologiques qui continuent de façonner les comportements face au travail.
« Nous luttons aujourd’hui contre les conséquences de ce que nous appelons la mentalité de la soumission, selon laquelle les gens ne travaillent que lorsqu’une personne les surveille comme le ferait un contremaître. »
Elle a également souligné les conséquences durables du colonialisme sur l’accès à la terre à la Barbade et sur les résultats scolaires en Jamaïque.
Répondant aux critiques et aux résistances que suscite le mouvement pour les réparations, Mia Mottley a tenu à préciser que son objectif n’était pas de provoquer la ruine financière de ceux auxquels il est demandé de répondre des préjudices historiques.
« Nous ne souhaitons ruiner personne, mais nous aspirons à la justice. »
Les déclarations de Mia Mottley interviennent alors que la question des réparations bénéficie d’un regain d’attention internationale, notamment autour des différentes voies juridiques et diplomatiques qui s’offrent aux pays de la Caraïbe.
« Nous demeurons la région la plus colonisée au monde »
Sir Hilary Beckles, président de la Commission des réparations de la CARICOM, a lui aussi profité de la conférence pour insister sur la nécessité de mieux faire comprendre au public les objectifs du mouvement, tout en maintenant la dynamique engagée autour de sa stratégie.
Sir Hilary Beckles, président de la Commission des réparations de la CARICOM. (Photo : capture d’écran de la conférence)
Selon lui, la Caraïbe continue de vivre avec de nombreux vestiges de son passé colonial.
« Nous demeurons la région la plus colonisée au monde. Dans tout notre archipel, il existe encore des colonies », a-t-il déclaré.
Sir Hilary Beckles a reconnu la persistance de certains doutes et désaccords au sein du mouvement. Il estime néanmoins qu’une occasion historique se présente aujourd’hui de faire progresser sa stratégie.
« Il existe encore des divisions, mais nous devons nous appuyer sur l’énergie qui se manifeste aujourd’hui et déployer notre stratégie. Savoir gérer ce moment est désormais impératif. »
Cette nouvelle mobilisation s’inscrit dans le prolongement de la résolution adoptée en mars par les Nations unies. Porté par le Ghana, le texte a recueilli 123 voix favorables, trois voix contre et 52 abstentions. Il appelle à la mise en place de mécanismes de réparation et insiste sur l’importance de la recherche, de l’éducation, de la guérison et de la justice.
Du dialogue à l’action
Avant même l’ouverture de la conférence, son président, Rodney Grant, avait souligné la nécessité d’adopter une démarche davantage tournée vers l’action.
« Nous avons besoin d’un document final orienté vers l’action et fondé sur le plan en dix points de la CARICOM — plus précisément sur sa version révisée, qui évoque une nouvelle période de prise de conscience », a-t-il déclaré.
Ce plan révisé en dix points était au cœur des objectifs de la conférence. Selon la CARICOM, la rencontre devait fournir des orientations concrètes pour sa mise en œuvre et permettre de transformer la dynamique politique et internationale actuelle en initiatives juridiques et institutionnelles effectives.
La conférence a également insisté sur la nécessité d’élargir le mouvement au-delà des gouvernements et des commissions chargées des réparations.
Les dirigeants régionaux ont appelé à une participation accrue de la population et invité les citoyens à faire entendre leur voix. Selon eux, le mouvement doit être en mesure de démontrer la force du soutien populaire en faveur de la justice réparatrice.
Le message était clair : la prochaine étape ne pourra reposer uniquement sur les gouvernements de la région et sur les organismes déjà engagés dans la lutte pour les réparations.





