« Nous avons beaucoup plus de réussites que d’échecs. »
Étienne Desplanques, préfet de la Martinique.

Trouver un emploi, apprendre le français, se loger et accompagner ses enfants : l’intégration se construit dans le quotidien. Lancée le 5 octobre 2026 à l’hôtel La Valmenière, la Semaine nationale de l’intégration met ces enjeux au premier plan. Une convention de partenariat pour 2026-2029 doit renforcer l’insertion professionnelle des étrangers en situation régulière, avec une attention particulière portée à environ 200 personnes récemment admises au séjour.
Les étrangers en situation régulière représentent environ 2 % de la population martiniquaise, selon le chiffre avancé par Étienne Desplanques. Le préfet écarte l’idée d’une vague migratoire et défend la possibilité d’un accompagnement individualisé. L’effort annoncé concerne notamment les personnes ayant obtenu un premier titre de séjour en 2025 ou 2026 et signé un contrat d’intégration républicaine, le CIR. Une précision importante : ces quelque 200 signataires ne sont pas tous des demandeurs d’emploi. Le groupe rassemble des situations différentes, notamment des bénéficiaires de l’asile et des personnes arrivées pour rejoindre leur famille ou travailler.

L’envie de travailler ne suffit pas toujours
« Ces personnes ont une appétence pour l’emploi qui est assez forte. »
Yannick Decompois, directeur de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités de Martinique.

La convention signée entre les services de l’État, France Travail et l’Office français de l’immigration et de l’intégration, l’OFII, doit mieux coordonner l’accompagnement et rapprocher les candidats des entreprises. Yannick Decompois rappelle que certains étrangers sont précisément arrivés à la demande d’employeurs qui ne trouvaient pas de candidats localement. Parmi les secteurs confrontés à des difficultés de recrutement, il cite la restauration, le tourisme, l’agriculture et le BTP. Mais une offre ne suffit pas lorsque le transport, la garde des enfants ou le logement empêchent de prendre un poste. À ces difficultés peuvent s’ajouter une maîtrise insuffisante du français ou des qualifications acquises à l’étranger qui ne sont pas reconnues.
La création d’entreprise constitue une autre possibilité. Yannick Decompois évoque le Projet initiative-jeune, le PIJ, qui associe aide financière et accompagnement du projet : les jeunes étrangers en situation régulière peuvent y accéder sous réserve de remplir les conditions du dispositif. Interrogé également sur les contrôles de l’inspection du travail, il rappelle que l’emploi irrégulier engage la responsabilité de l’employeur, auquel peuvent être imposées des pénalités et une mise en conformité.
Apprendre la langue, accompagner toute la famille
« Elles ont la volonté de travailler, elles ont la volonté d’envoyer leurs enfants à l’école. »
Oriane-Jill Aoust, directrice territoriale de l’OFII aux Antilles.

Compétent en Martinique, en Guadeloupe, à Saint-Martin et à Saint-Barthélemy, l’OFII accompagne les étrangers primo-arrivants qui souhaitent s’installer durablement. Le contrat d’intégration républicaine repose sur des engagements réciproques : respecter les valeurs et les institutions françaises, avec, en contrepartie, un parcours proposé par l’État. Oriane-Jill Aoust décrit des formations linguistiques, en présentiel ou à distance selon les besoins, visant le niveau A2, ainsi que quatre jours de formation civique consacrés aux institutions, aux droits et aux devoirs. Elle évoque également une certification des connaissances dans le parcours d’accès à une carte de séjour pluriannuelle.
La directrice insiste sur le courage de personnes qui poursuivent leurs démarches malgré les obstacles. Pour Étienne Desplanques, l’accompagnement doit aussi prendre en compte la santé, le logement et la scolarité. Certains bénéficiaires de l’asile ont vécu des traumatismes, notamment en Haïti, qui nécessitent un soutien adapté. Chez les enfants, les difficultés en français doivent être repérées rapidement pour permettre à l’Éducation nationale d’intervenir. L’intégration des parents et celle de la génération suivante se préparent ensemble.
L’accueil commence aussi devant la préfecture
Interrogé sur les personnes attendant parfois au soleil devant la préfecture, Étienne Desplanques met en avant le développement des rendez-vous depuis plus d’un an, à la place du principe du premier arrivé, premier servi. Cette organisation aurait, selon lui, sensiblement réduit les files d’attente. Il rappelle que les personnes en situation régulière comme irrégulière peuvent déposer une demande de titre, sans préjuger de la décision rendue. L’amélioration de l’accueil reste un travail quotidien, à concilier avec le temps nécessaire à l’instruction des dossiers.
Cette cinquième Semaine de l’intégration mobilise aussi les missions locales, la Croix-Rouge, D’Antilles et D’Ailleurs, l’Adie, C’LANCER, l’ALCA et Plaisir d’Apprendre. Village de l’intégration, ateliers sur l’emploi et l’inclusion financière, témoignages, stands d’information et intervention d’un sociologue composent le programme annoncé. Derrière cette mobilisation, l’enjeu est de rendre les dispositifs accessibles et de relier les démarches administratives aux besoins concrets des personnes accompagnées.
Roland Dorival & Philippe Pied







