Les 19 et 20 octobre 2026, Catherine Conconne a de nouveau interpellé le Gouvernement sur les conséquences des échouements de sargasses. Derrière le financement du ramassage se pose une autre question, celle des dégâts supportés par les habitants. Le Sénat a voté une mesure de prévention, mais leur indemnisation reste en débat.
Un réfrigérateur à remplacer, des tôles de toiture à renouveler, et une dépense supplémentaire pour une famille qui dispose de peu de moyens. C’est par ces conséquences très concrètes que Catherine Conconne a choisi de rappeler la situation des riverains exposés aux sargasses. « Il y a des milliers de gens qui souffrent énormément de ces échouements », dénonce la sénatrice de Martinique, qui regrette l’absence de réponse aux dommages subis par les ménages.
Ces dégâts matériels sont documentés. Dans son avis de septembre 2023, le Haut Conseil de la santé publique décrit la dégradation des habitats et la corrosion d’appareils domestiques, avec un coût potentiellement élevé pour les populations du littoral. Les émissions liées à la décomposition des algues affectent ainsi les conditions de vie et les biens des habitants, en plus des nuisances ressenties à proximité des échouements.
Une avancée limitée à la prévention
Le débat parlementaire du 19 octobre a toutefois produit une avancée. Le Sénat a adopté un amendement de Catherine Conconne prévoyant que le fonds Barnier puisse contribuer au financement d’études et de diagnostics expérimentaux destinés à prévenir les dommages provoqués par les échouements de sargasses.
Cette disposition figure dans une proposition de loi sur l’adaptation au changement climatique et les mécanismes d’assurance. Elle doit encore poursuivre son parcours parlementaire. Elle concerne la prévention et n’ouvre donc pas, à ce stade, un droit au remboursement des appareils ou des toitures endommagés.
Sur la reconnaissance au titre des catastrophes naturelles, les amendements visant à assouplir le critère d’intensité anormale n’ont pas abouti : Catherine Conconne a retiré le sien, tandis que le texte identique défendu par le sénateur de Guadeloupe Victorin Lurel a été rejeté. Le vote du 19 octobre ne constitue donc pas un classement des échouements de sargasses dans le régime CatNat.
Le précédent des algues vertes
Pour défendre une prise en charge accrue par l’État, Catherine Conconne invoque la Bretagne. La comparaison repose sur un dispositif bien réel. Le compte administratif 2024 de Saint-Brieuc Armor Agglomération indique que l’État finance la totalité des dépenses de ramassage et de transport des algues vertes, ainsi que la moitié de leur traitement.
Ce précédent, déjà décrit dans un rapport sénatorial de 2021 pour le ramassage et le traitement, porte sur les dépenses de gestion des algues. Il permet de poser la question du partage de la facture entre l’État et les collectivités. L’indemnisation des dommages aux logements et aux équipements constitue, elle, un autre dossier, qui exige sa propre réponse.
Un troisième plan encore en arbitrage
Le 20 octobre, Catherine Chabaud, ministre déléguée chargée de la mer et de la pêche, a répondu à la sénatrice. Elle a confirmé la préparation d’un plan Sargasses III pour la période 2026 à 2030, dont les mesures étaient encore en cours d’arbitrage. Piloté par le ministère des outre-mer, ce plan doit renforcer l’anticipation des arrivages, la collecte et le stockage, la valorisation, la prise en charge des impacts sanitaires et sociaux, ainsi que la coopération internationale.
La ministre a particulièrement insisté sur le ramassage rapide et la collecte en mer pour limiter les échouements et leurs conséquences. Elle n’a toutefois pas précisé, dans cette réponse, l’enveloppe globale du nouveau plan. L’attente dénoncée par Catherine Conconne porte donc autant sur les moyens disponibles que sur les orientations annoncées.
Le plan précédent, Sargasses II, avait été annoncé avec une enveloppe de 36 millions d’euros sur quatre ans, de 2022 à 2025, pour la Martinique, la Guadeloupe et les îles du Nord. Le prochain programme devra permettre aux acteurs de connaître les financements sur lesquels ils pourront compter et les opérations qu’ils pourront maintenir d’une année sur l’autre.
Un risque sanitaire inscrit dans la durée
La décomposition des sargasses libère notamment du sulfure d’hydrogène, ou H2S, et de l’ammoniac. L’Agence régionale de santé de Martinique rappelle que l’exposition au sulfure d’hydrogène peut provoquer des irritations des yeux et des voies respiratoires. Les personnes asthmatiques, les jeunes enfants et les femmes enceintes font partie des publics particulièrement sensibles.
Le bilan 2025 de Madininair montre la répétition des épisodes de pollution : pendant 218 jours de l’année, au moins un site du réseau de surveillance a enregistré un dépassement du seuil journalier de 1 ppm d’hydrogène sulfuré, soit une partie par million. Ce chiffre ne signifie pas que tous les quartiers ont été exposés pendant 218 jours. Il montre néanmoins la persistance des épisodes sur le territoire, avec des secteurs particulièrement concernés au François, au Robert et au Vauclin.
Les conséquences d’une exposition répétée sur le long terme restent insuffisamment documentées. Le projet SAGES, lancé en Martinique le 29 juin 2026, doit précisément améliorer ces connaissances. Coordonné par l’Irset-Inserm avec Santé publique France, il associe notamment Madininair et plusieurs partenaires sanitaires et scientifiques. Prévu sur quatre ans, il doit mieux caractériser les émissions et l’exposition des populations, étudier notamment l’état de santé perçu des populations exposées et aider à construire des mesures de prévention.
Prévoir aussi la vie des riverains
Pour la Martinique, cette succession d’épisodes pose une question d’aménagement autant que de gestion quotidienne. Le Haut Conseil de la santé publique souligne les difficultés à demander aux habitants de s’éloigner lorsque leur domicile, leur activité professionnelle et leurs ressources se trouvent sur le littoral. La protection suppose des solutions concrètes, adaptées aux conditions de vie des personnes concernées.
C’est sur ces résultats que la réponse publique pourra être appréciée : la régularité de la collecte, la réduction des expositions et la protection effective des ménages. L’adoption d’une mesure de prévention au Sénat ouvre une possibilité, encore à concrétiser. Pour les familles qui doivent déjà remplacer un équipement ou réparer leur logement, la question de la prise en charge des dégâts demeure.
Catherine Conconne a annoncé qu’elle continuerait à porter cette demande :
« À chaque fois que l’occasion se présentera, je reviendrai vous parler du problème des sargasses. »
Philippe PIED




