Sur les 627 analyses de l’eau traitée ou distribuée réalisées entre 2020 et 2025, 615 n’ont révélé aucune trace de chlorure de vinyle monomère.
Interrogée par Antilla, l’Agence régionale de santé (ARS) de Martinique fait le point sur le chlorure de vinyle monomère (CVM), un composé qui peut se libérer de vieilles canalisations en PVC. En six ans de contrôles, la norme n’a jamais été dépassée. Une douzaine d’échantillons en contenaient pourtant des traces, surtout dans le Nord.
Un sujet relancé à l’Assemblée nationale
Le 6 octobre 2026, la députée du Lot-et-Garonne Emeline Rey-Rinchet a interrogé le ministère de la Santé, par la question écrite n° 18699, sur la présence de CVM dans les réseaux d’eau potable. Certaines canalisations en PVC, notamment celles posées avant 1980, peuvent en relâcher dans l’eau. La question porte aussi sur l’aide aux collectivités qui devront remplacer ces tuyaux. Elle n’a pas encore reçu de réponse.
Antilla a demandé à l’ARS ce qu’il en est en Martinique. Le directeur général, Yves Servant, a répondu par un courrier daté du 29 octobre 2026.
Ce que peuvent libérer les vieux tuyaux
Le CVM sert à fabriquer le PVC. Le Centre international de recherche sur le cancer le classe parmi les agents cancérogènes certains pour l’homme, un classement fondé sur des expositions professionnelles, par inhalation et à fortes doses. Pour l’eau du robinet, le risque reste théorique, et aucun lien n’est établi à ce jour, précise l’ARS de Nouvelle-Aquitaine.
Les canalisations en PVC posées avant 1980 peuvent en contenir beaucoup plus que les récentes. Le CVM passe dans l’eau surtout quand elle stagne longtemps dans le tuyau, quand elle dépasse 15 °C, et en bout de réseau, là où l’on consomme peu. Les remèdes vont des purges, qui renouvellent l’eau, au remplacement des canalisations, la solution la plus durable mais la plus coûteuse.
1 110 analyses en six ans
Le contrôle sanitaire de l’eau du robinet relève de l’ARS, en application du Code de la santé publique. Le CVM y est recherché « de manière régulière sur l’ensemble des réseaux de distribution alimentant la population de Martinique », écrit son directeur général.
Entre 2020 et 2025, 1 110 analyses ont été faites, soit environ 200 par an, sur 185 points de surveillance. 116 de ces points se trouvent au robinet des consommateurs. Les prélèvements sont analysés par le laboratoire TERANA Drôme, qui mesure le CVM à partir de 0,05 microgramme par litre depuis 2022. Dans l’ensemble, les concentrations restent sous ce seuil.
Douze échantillons, dont 80 % dans le Nord
Sur les 627 analyses réalisées sur l’eau traitée ou distribuée, 615, soit 98 %, n’ont pas détecté de CVM.
Douze échantillons en contenaient ponctuellement, à 0,15 microgramme par litre en moyenne. Le plus élevé atteignait 0,36 microgramme par litre, pour une limite fixée à 0,50. Huit sur dix provenaient de réseaux de taille modérée du territoire de CAP Nord.
Aucun dépassement de cette limite n’a été observé sur la période.
« Pas un enjeu de santé publique »
L’ARS conclut que
« la présence de CVM dans l’eau distribuée en Martinique ne revêt pas un enjeu de santé publique au regard des connaissances actuelles ».
Selon elle, cette situation est :« probablement liée aux temps de séjour globalement faibles observés dans les réseaux de distribution » : l’eau reste peu de temps dans les tuyaux.
Les niveaux pourraient encore baisser : les contrats de progrès des intercommunalités prévoient de nombreux travaux de renouvellement des réseaux, qui devraient, selon l’ARS, réduire les concentrations de CVM qui pourraient subsister.
Philippe Pied
Photo : Shixart1985, Wikimedia Commons, licence CC BY 2.0.





