Arrivé de sa Savoie natale en 1967, Jean-Pierre Fiard avait fait de la Martinique son champ d’investigation. Le botaniste s’est éteint la semaine dernière, à 83 ans. Madeleine Jouy de Grandmaison, ancienne eurodéputée et vice-présidente du CBN, se souvient d’un compagnon de travail et de découverte.
Elle s’en souviendra comme d’un formidable compagnon sans faille. Jean-Pierre Fiard était un illustre botaniste dont le terrain de jeu était la Martinique. Il s’est éteint la semaine dernière à l’âge de 83 ans. Madeleine Jouy de Grandmaison se remémore le botaniste et enseignant. C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’ils se rencontrent. Il est professeur de philosophie. Elle est professeur de sciences naturelles. Une véritable fraternité noue les deux esprits.
Jean-Pierre Fiard arrive de sa Savoie natale en 1967. « Il est émerveillé par la nature martiniquaise. En plus il était un photographe hors pair. La Martinique a été pour lui un champ d’investigation. » Du nord au sud, il a sillonné le territoire. Des épaisses forêts du nord à la Savane des pétrifications. « Il a été aux Trois-Îlets. Grand-Rivière – Prêcheur l’a passionné. » Le courant passe entre Madeleine Jouy de Grandmaison et Jean-Pierre Fiard. Autour de ce noyau dur, vient se greffer un vrai petit groupe avec Gérard Chauvin, professeur de géographie, le Guadeloupéen Portecop qui a fait des études de sciences naturelles avec Madeleine Jouy de Grandmaison, Lucienne Maurice entre autres.
Des temps propices au développement de la botanique
Les temps étaient propices au développement de la botanique selon l’ancienne eurodéputée : « Le cadre officiel se prêtait beaucoup à cela parce que les sciences de la vie et de la Terre étaient rentrées dans les programmes scolaires. » Le groupe de Jean-Pierre Fiard s’en donne à cœur joie.« Nous avons découvert la Martinique des volcans, des forêts. » Un hommage avait été rendu à Jean-Pierre Fiard à la Maison des volcans de son vivant. Le botaniste avait joué un rôle clef dans l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco de la Montagne Pelée et des pitons du Carbet. « Il a écrit le plaidoyer pour le classement d’un point de vue botanique. »
Madeleine Jouy de Grandmaison poursuit : « Je l’ai fréquenté dans la nature, dans ma maison. Il a connu mon mari et mes enfants. Il était pratiquement de notre famille. » Il a été un compagnon de travail et de découverte pour la Martiniquaise. « Il a partagé mon existence de passionnée de la nature. » Jean-Pierre Fiard était également présent auprès de la femme politique lorsque les galeries de géologies puis de botaniques sont devenues muséum d’histoire naturelle « qui pourrit aujourd’hui dans le parc floral depuis des années ». De la galerie est sorti le conservatoire botanique devenu le CBN dont Madeleine Jouy de Grandmaison est la vice-présidente aujourd’hui.

Bien plus qu’un amateur, Jean-Pierre Fiard avait passé en 1994, une thèse de doctorat en botanique sur les forêts du nord de la Pelée et des édifices volcaniques du piton du mont Conil et du morne Sibérie. Ses mérites ont d’ailleurs été reconnus par Aimé Césaire, raconte Madeleine Jouy de Grandmaison. « C’est un pilier. C’est quelqu’un qui a mis à la disposition du Martiniquais ses connaissances. »
« Un héritage à fructifier »
« On a perdu un homme qui aimait la Martinique, qui a facilité la prise en compte de la Martinique dans sa partie vivante et végétale par ses habitants. Nous souhaitons que cet héritage soit fructifié et soit porté à la connaissance de nos jeunes. Mes contemporains ont vécu l’expérience Fiard. » Un homme vigoureux qui, il y a trois ans encore se rendait régulièrement sur le terrain. « On va chercher à ce qu’un coin de forêt à Fort-de-France porte son nom. » La femme politique souhaite que l’on garde un souvenir vivace de Jean-Pierre Fiard. « Il s’est mis à la disposition de la Martinique. Ce serait bien qu’on ne l’oublie pas parce qu’il a été de ceux qui ont construit la Martinique vigilante quant à ses trésors naturels. Il était dans la marche du temps. Il n’a pas inventé le concept de développement durable mais c’est un passeur. C’est aux gens qui gouvernent de s’embarquer et d’attraper la balle. »
Laurianne Nomel





